Un sinistré de Sainte-Marthe-sur-le-Lac lance un cri du coeur

Un sinistré de Sainte-Marthe-sur-le-Lac qui se dit victime d'injustice lance un cri du coeur au premier ministre du Québec.

Christian Hardy, dont la résidence a été inondée lorsque la digue a cédé il y a 3 semaines, a fait parvenir une lettre à François Legault et à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

L'homme affirme être «ruiné, anéanti et épuisé». Il croit avoir été victime d'une «fausse représentation voire d’une imposture qui a duré plus de 40 ans». Selon lui, la zone inondable de Sainte-Marthe-sur-le-Lac a été effacée des cartes hydrographiques, à la suite de la construction de la digue dans les années 1970.

On nous a fait croire faussement pendant tout ce temps que nous achetions et que nous bâtissions nos propriétés sur un territoire sans risque d’inondation. -Extrait de la lettre de Christian Hardy​

M. Hardy croit que le niveau de l’eau du Lac des Deux Montagnes n'a jamais surpassé la digue. Il jette plutôt le blâme sur une «défaillance de la digue» qui selon lui est la cause des inondations qui ont forcé l'évacuation de près de 6000 personnes. Environ 2 500 bâtiments ont été inondés d'un coup lors de la rupture de la digue le 27 avril dernier. 

Par ailleurs, La Presse rapporte qu'un projet de développement de 16 immeubles pourrait être construit sur le site de l'ancienne marina de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, lui aussi inondé il y a 3 semaines. Les élus municipaux ont approuvé un changement de zonage, il y a un an, sans faire d'étude d'impact environnemental ni de consultations publiques. 90 appartements doivent être construits.  L'entrepreneur dit avoir toutes les autorisations nécessaires pour effectuer les travaux. Une bonne partie du village des Laurentides pourrait devenir zone inondable avec la nouvelle cartographie. 

 

Voici la lettre de Christian Hardy :

L’INJUSTICE PORTÉE PAR LES SINISTRÉS DE SAINTE-MARTHE-SUR-LE-LAC

Comme des milliers de citoyens de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, je me suis éreinté au cours des derniers jours à arracher tout ce que l’eau a imprégné et à assécher, la gorge nouée, les quelques fragments de vie que j’espère sauver. Même si l’eau s’est retirée, elle s’est incrustée dans nos esprits laissant dans son sillage un goût d’amertume et de profonde injustice.

En 2012 j’ai pourtant acheté une propriété à Sainte-Marthe-sur-le-Lac dont le certificat de localisation stipulait noir sur blanc qu’elle n’était pas située à l’intérieur « d’une zone inondable cartographiée en vertu de la Convention Canada-Québec ». Comment se fait-il, que sept ans plus tard, j’ai été contraint à me déplacer en chaloupe pendant douze jours pour accoster sur le perron de ma résidence et que les débris de la moitié de ma maison jonchent ma rue comme ceux de centaines de mes voisins?

Ce n’est aucunement la crue des eaux du Lac des Deux-Montagnes qui en est la cause. Le niveau de l’eau n’a jamais surpassé la digue permanente érigée par la municipalité, dans les années 1970, pour faire office de rempart contre les crues printanières. C’est plutôt la défaillance de cette digue qui en est la cause directe. Cette digue s’est lâchement éventrée le 27 avril dernier, laissant s’engouffrer des torrents d’eau dans plus du tiers des résidences de la ville de Sainte-Marthe-sur-le-Lac et noyant, par la même occasion, mon sous-sol sous près de six pieds d’eau souillée et infecte.

Je me retrouve donc, comme tout près de 6000 citoyens de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, ruiné, anéanti et épuisé, mais surtout animé d’un sentiment d’une profonde injustice. Car au-delà des pertes causées par l’inondation, nous sommes d’abord et avant tout victimes d’une fausse représentation voire d’une imposture qui a duré plus de 40 ans. On nous a fait croire faussement pendant tout ce temps que nous achetions et que nous bâtissions nos propriétés sur un territoire sans risque d’inondation.

Suivant la construction de la digue dans les années 1970 et avec l’assentiment du gouvernement, la zone inondable de Sainte-Marthe-sur-le-Lac a tout simplement été effacée des cartes hydrographiques. À grand coups de pelle, le développement domiciliaire pouvait donc battre son plein sous l’égide d’une instance municipale avide de remplir ses coffres de taxes foncières. Négligeant au passage, par excès de confiance ou par pur aveuglement, l’entretien de cette digue, ce prétendu « contrefort infaillible », ce « Titanic insubmersible », et ce, malgré que des rapports d’expertises soulignaient déjà, depuis 2009, que cette infrastructure était à risque.

Mais voilà qu’aujourd’hui, devant l’ampleur des dommages subis à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, nos décideurs sont forcés à l’humilité et à reconsidérer leur approche en matière d’identification des zones à risque d’inondation. C’est dans ce contexte que des experts de la Communauté métropolitaine de Montréal, mandatés par Québec, ont laissé entendre qu’il fallait rectifier les aberrations du passé en réintégrant toute la partie sud de Sainte-Marthe-sur-le-Lac dans la cartographie des zones inondables.

À la lumière des récents évènements, cette décision m’apparaît sensée et prudente. Ce qui est toutefois odieux et d’une injustice éhontée, c’est de faire porter uniquement sur le dos des sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac tout le poids d’une telle modification. Les sinistrés n’ont pas, au surplus de leurs malheurs et de leurs pertes, à subir tous les impacts considérables sur leur vie qu’entraînerait un tel changement de zonage. La valeur de nos pertes immobilières n’en serait que plus significativement affectée, notre capacité à vendre nos résidences anéantie et nos primes d’assurances grimperaient en flèche.

Le programme d’aide financière du ministère de la sécurité publique dédié aux sinistrés ne tient aucunement compte de cette réalité. En l’absence d’une indemnisation raisonnable pour nous permettre de nous relocaliser, nous sommes contraints, par défaut, à courber l’échine sous le poids de toutes ces injustices, à rénover nos résidences, et à demeurer hantés par la crainte de subir à nouveau une inondation.

Comment peut-on condamner le tiers de la population d’une ville, qui a déjà le genou au sol, à un sort aussi triste et misérable?

Je lance ainsi un cri du cœur au premier ministre, M. Legault, d’enrayer les injustices que nous subissons actuellement et de reconsidérer l’aide financière accordée aux sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac afin de nous offrir un dédommagement qui tient compte de notre réalité.

Christian Hardy
Sinistré de Sainte-Marthe-sur-le-Lac