Plaidoiries de Félix Pagé et de la Couronne

Les plaidoiries de Félix Pagé sont terminées au palais de justice de Drummondville. L'accusé, qui se représente seul, a plaidé pour lui pendant près de 2 heures.

Pagé est accusé du meurtre non prémédité et d'outrage au cadavre de Roland Baker. L'homme de 60 ans, originaire du Nouveau-Brunswick, a été retrouvé sans vie le 23 mai dans sa résidence de la rue Plamondon à Drummondville. La victime a été tuée puis démembrée et cachée au sous-sol de la maison, dans un réfrigérateur.

Dans ses plaidoiries, qui ne constituent pas une preuve, Pagé a tenté de démontrer son innocence aux jurés. Il a notamment remis en doute le travail entourant l'enquête policière notamment le fait qu'il soit le seul et l'unique suspect dans cette affaire.

Félix Pagé a aussi remis en question l'absence d'empreintes lui appartenant à plusieurs endroits, entre autres, sur les armes du crime (bâton de baseball, scie...) et sur l'enveloppe de plastique entourant le corps de la victime.

Au cours des plaidoiries, Pagé a remis en doute le témoignage de plusieurs témoins, dont des policiers et des experts. Il a affirmé avoir trouvé plusieurs interrogatoires difficiles qualifiant les témoins de "fermés".

Il a aussi rappelé aux membres du jury que des experts ont affirmé que les tâches relevées sur son corps, au moment de son arrestation, pouvaient être autre chose que du sang, comme des matières ferreuses, terreuses ou végétales ou des traces de produits ménagers, de peinture, de solvant ou de teinture.

Félix a aussi relu devant le Tribunal une partie du rapport d'autopsie de Roland Baker, affirmant :

"Blessure par arme blanche, mais pas d'expertise sur les couteaux. Il est où le couteau qui a fait ça? Il est où cet ostie de couteau-là?" [...] En résumé, vous avez la victime sans ADN de l'accusé et un accusé dans ADN de la victime. [...] "

La famille de Roland Baker était présente dans la salle d'audience, et ce, depuis le 1er jour du procès.

 

Éric Beaupré, Vingt55

 

 

La Procureur de la Couronne Me Magalie Bernier a présenté ses arguments hier (jeudi) lors des plaidoiries au procès de Félix Pagé.

Me Bernier avance que le témoignage de l'accusé contient plusieurs éléments invraisemblables, farfelus et cousu de fils blancs.

Elle estime qu'il est impossible que la victime, Roland Baker, se soit présenter chez Félix Pagé le 22 mai 2017 pour lui demander de faire des travaux de démolition à sa résidence, et ce, sans préciser la nature des travaux et l'endroit précis de ceux-ci.

Elle croit également invraisemblable que M. Baker est laissé, le soir même, ses clés de voiture et de maison à Félix Pagé sans lui donner rendez-vous pour les travaux, sans lui mentionner s'il serait à la maison ou non et sans convenir du moment où il récupèrerait ses clés d'auto pour aller travailler le lendemain.

Elle a aussi demandé aux jurés de réfléchir au comportement de Félix Pagé qui devait avant tout faire une estimation des travaux, mais qui s'est plutôt lancé, au petit matin du 23 mai 2017, dans une vaste démolition, et ce, sans avoir parlé des travaux avec la victime ni du montant possible de la facture.

Elle a également mis l'accent sur le fait que les travaux de démolition de Félix Pagé se concentraient à l'étage de la maison de Roland Baker, là où l'événement sanglant a eu lieu.

Dans ses plaidoiries, la Couronne soutient que l'enquête démontre aussi qu'il y a eu des opérations de nettoyage notamment dans la salle de bain de la victime. Du sang dilué a notamment été retrouvé dans l'évier et dans la douche. Un test au « luminol » démontre aussi qu'il y a eu du nettoyage à plusieurs endroits à l'étage et au rez-de-chaussée de la maison de Roland Baker.

Me Bernier a aussi mis en lumière que l'enquête policière démontre que Roland Baker a été actif sur le Web entre 16h44 et 20h04 le 22 mai 2017. Selon l'enquête, Félix Pagé à envoyer un message texte à son ex-conjointe à 20h49 pour lui dire "Je m'en viens" et à 20h51 pour lui dire "J'ai le char" [NDLR : Félix Pagé devait se rendre à L'Épiphanie afin de ramener son ex-conjointe à Drummondville] La Couronne prétend que M. Baker serait décédé entre 20h04 et 20h49.

Me Bernier soulève aussi que l'enquête policière ne démontre aucune entrée par effraction au domicile de M. Baker sur la rue Plamondon à Drummondville. Elle rappelle que Félix Pagé était la dernière personne à avoir en main les clés de maison de la victime.

Me Bernier s'interroge aussi à savoir pourquoi retrouve-t-on l'empreinte de Félix Pagé sur un bout d'adhésif, qui contient aussi l'ADN de Roland Baker, caché avec les autres objets ayant servi à tuer et démembrer la victime? [NDLR : des vêtements, un bâton de baseball, une scie et une plante ont notamment été retrouvé caché dans une couverture au pied du frigidaire où le corps de M. Baker a été retrouvé.]

Elle précise aussi que l'enquête révèle la présence d'empreintes de Félix Pagé à plusieurs endroits dans la résidence notamment sur une vis servant à fermer le réfrigérateur ainsi que des traces de pas. Des traces de sang ont aussi été relevées sur une languette et un bout de botte de Félix Pagé ainsi qu'à l'intérieur des bottes et sur les semelles.

L'autopsie du corps de Roland Baker révèle des lésions par arme coupante et tranchante. Il a été poignardé à plusieurs reprises. L'examen révèle aussi des lacérations à la tête et des fractures qui seraient la cause première du décès. Le corps de Roland Baker présentait aussi des plaies de défense. La victime a été décapitée et démembrée post-mortem.

La Couronne prétend que l'une des plaies retrouvé sur Félix Pagé, sur son torse, n'aurait pas été causé par une altercation avec son ex-conjointe, mais bien par celle avec la victime.

Roland Baker, 60 ans est originaire du Nouveau-Brunswick. Installé à Drummondville, il travaillait chez Laser Inox à St-Germain-de-Grantham. Une collègue de travail inquiète de ne pas le voir au travail à contacter les policiers le 23 mai 2017 pour signaler sa disparition.  Le corps de la victime a été retrouvé par les policiers, au sous-sol, dans un réfrigérateur.

Le juge Alexandre Boucher donnera aujourd'hui (vendredi) c'est directives au jury concernant l'accusation de meurtre non prémédité et d'outrage à un cadavre qui pèse contre Félix Pagé.

Les jurées devraient revenir en Cour lundi au palais de justice de Drummondville pour amorcer ses délibérations.