Fierté et défis d'une transgenre en 2018

En cette Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie, Khate Lessard croit qu'il reste encore beaucoup de sensibilisation à faire.

La jeune transgenre est née Cédrick, il y a 22 ans, à Amos en Abitibi-Témiscamingue.

Elle était le petit garçon qui se déguisait tout le temps et jouait avec les Barbies de sa soeur, mais pour elle, c'était normal.

« Je ne me suis pas posé de questions nécessairement, c'était juste ma petite réalité à moi et je ne la contais pas. Dans la tête d'un enfant, tu n'as pas encore nécessairement tous les préjugés que les gens ont dans la vie, tu es jeune, tu t'amuses. Ce n'est pas quelque chose qui me mettait de la pression. Je faisais mes petites choses à moi et c'était correct comme ça. »

Devenir une femme

Il y a près d'un an, Khate Lessard a entamé sa transition pour devenir une femme.

La décision ne s'est pas prise du jour au lendemain. Alors qu'elle étudiait à Montréal en communications, Khate a découvert le club Chez Mado, où elle a travaillé quelques fins de semaine.

Mais son emploi d'alors dans un magasin de vêtements de la rue Sainte-Catherine a été la révélation qui l'a mené à prendre la grande décision. Et le plus dur était à venir, en parler à ses parents.

 

Processus difficile

Mal informée à ce moment-là sur ce que ça impliquait en termes de rendez-vous et de suivis, la jeune transsexuelle avoue que tout le processus aurait surement été plus facile à Montréal.

Après quelques délais, elle a trouvé les ressources nécessaires et entamé l'hormonothérapie, mais les débuts n'ont pas été de tout repos, alors qu'elle avait « les hormones dans le tapis ». 

Khate a quand même entamé les démarches pour subir très prochainement la « grande opération », la vaginoplastie.

« Personellement, j'ai trouvé que c'était important pour moi, pour ma façon de vivre ma vie. Je pense que mon corps a besoin de l'opération, parce qu'il y a des choses qui ne "fittent" plus, ça vient me déranger. Oui, ça me fait peur, mais j'ai quand même espoir pour après. Je pense que ça va aller mieux et que je vais vivre mieux après ça. »

Consciente qu'elle n'était probablement pas la seule dans cette situation, Khate a décidé de parler ouvertement de sa transition sur sa chaine YouTube.

« Au début, j'ai vraiment hésité, j'avais peur juste de changer ma photo de profil Facebook, vraiment, j'en suais. Je ne savais pas ce serait quoi les réactions, ce que le monde allait dire. Finalement, j'ai eu de super bons commentaires et les gens m'ont appuyé beaucoup, à ma grande surprise. Ça m'a donné la force de commencer une chaine YouTube et de parler de ma transition, dans quoi je m'embarquais. »

Elle donne aussi des conférences dans les écoles pour sensibiliser les jeunes.

Commentaires transphobes

Malgré l'appui important qu'elle reçoit tous les jours, l'intimidation fait aussi partie de sa réalité.

Le mois dernier, un internaute a publié sa photo sur un groupe fermé sur Facebook, où des gens lui ont adressé des propos transphobes, haineux et dégradants, allant même jusqu'à l'appeler.

Khate avait déjà été victime d'intimidation, mais cette fois, elle a porté plainte à la police.

 

La jeune transsexuelle a toutefois été un peu désabusée par le système. Khate est allée voir les policiers d'Amos pour porter plainte, et ne s'est pas du tout sentie prise au sérieux.

Les agents qu'elle a rencontrés semblaient bien mal outillés pour aider les minorités sexuelles.

Malgré cette situation, celle qui travaille actuellement comme préposée aux bénéficiaires se sent acceptée en Abitibi-Témiscamingue.

Elle n'exclut toutefois pas de retourner à Montréal, alors que son rêve demeure de travailler dans les médias traditionnels.

Si elle atteint son but et fait de la télévision, elle deviendra une des premières - sinon la première - transgenres au petit écran.

Voici une vidéo publiée par Khate Lessard sur YouTube dans le cadre de la Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie. Oreilles chastes s'abstenir.

Vous êtes victime d'intimidation et vous avez besoin d'aide? Vous pouvez joindre gratuitement Tel-Jeunes au 1-800-263-2266 ou encore Interligne (anciennement Gai-Écoute) au 1-888-505-1010.