Guerre en Syrie : comment en sommes-nous arrivés là?

Les images terrifiantes des victimes de l'attaque chimique de mardi contre la ville de Khan Cheikhoun ont de nouveau braqué les projecteurs sur la Syrie.

La tragédie a fait au mois 74 morts, dont une trentaine d'enfants.

Le régime de Bachar Al-Assad est accusé de ce crime, illégal selon le droit international, qui proscrit l'utilisation d'armes chimiques depuis 1992. Al-Assad s'en défend, appuyé par son allié indéfectible, le président russe Vladimir Poutine.

Après avoir vivement dénoncé l'attaque, les États-Unis ont mis leurs menaces à exécution, en menant les premières frappes directes contre le régime de Bachar Al-Assad. Hier soir, 59 missiles ont frappé la base aérienne qui abriterait les armes chimiques.

Le principal allié d'Al-Assad, le président russe Vladimir Poutine, dénonce ce qu'il qualifie d'agression illégale et affirme que les relations déjà tendues entre son pays et les États-Unis sont affectées.

On ne parle pas de guerre mondiale en Syrie, mais le triste potentiel est là, vu le nombre importants d'acteurs impliqués. Depuis 2011, le conflit a fait plus de 400 000 morts et plus de cinq millions de réfugiés.

COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS LÀ?

Bien avant le printemps arabe de 2011, la Syrie était en proie à une guerre civile, opposant le gouvernement chiite aux rebelles sunnites, deux branches de l'Islam.

Le conflit s'est intensifié en 2011, en plein coeur du printemps arabe. Bachar Al-assad ne veut pas perdre le pouvoir et bombarde les manifestants qui demandent sa démission.

La communauté internationale réagit contre lui. Les États-Unis, le Canada et plusieurs pays européens soutiennent les rebelles pour tenter de renverser le dictateur.

Mais l'armée de Bachar Al-Assad peut compter sur de puissants alliés : la Russie, la Chine et l'Iran, qui lui fournissent également une aide matérielle.

Pourquoi l'Iran? Car le gouvernement iranien est également de confession chiite, et refuse de voir l'allié Al-Assad tomber.

Pourquoi la Russie et la Chine? Pour ces deux pays, la Syrie est d'important client d'armements militaires. De plus, sa position géographique leurs offre un accès commercial à la Mer Méditerranée.

Le président russe, Vladimir Poutine, a renforcé son soutien à Bachar Al-Assad, après avoir vu le renversement de Mouammar Kadhafi en Libye opéré par les forces de l'OTAN en 2011. Il craint de perdre cette position stratégique pour son pays.

On craint ainsi une escalade de tension entre les puissances de l'ouest, supportant les rebelles, et les puissances de l'est supportant Al-Assad.

QUI BOMBARDE QUI SUR LE TERRAIN?

Bachar Al-assad bombarde les rebelles, qui incluent le groupe armé État islamique.

La Russie l'aide en bombardant le groupe armé État islamique.

La Coalition internationale bombarde aussi le groupe armé État islamique.

Des pays impliqués dans la Coalition internationale soutiennent les rebelles matériellement. L'attaque américaine d'hier est la première attaque occidentale directe contre Bachar Al-Assad.

Pour l'instant, la réaction russe n'est que diplomatique. Elle exige une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU pour dénoncer l'attaque américaine. Le Conseil est cependant déjà divisé ; incapable de s'entendre pour dénoncer l'attaque chimique attribuée à Al-Assad.

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ BLOQUÉ

Présentement, plusieurs pays du Conseil de sécurité de l'ONU veulent déclencher une enquête sur le dernier bombarderment chimique en Syrie, et du même coup, condamner ouvertement le régime Al-Assad.

Mais la Russie, qui est membre permanent du conseil, a un droit de véto, a l'intention de les bloquer.

Le Conseil de sécurité se compose de 15 membres, dont 5 membres permanents : Chine, États-Unis d'Amérique, Fédération de Russie, France et Royaume-Uni, et 10 membres élus par l'Assemblée générale pour un mandat de deux ans.

Il a été créé à la suite de la deuxième guerre mondiale, pour en éviter une troisième.

QUAND UNE GUERRE DEVIENT-ELLE MONDIALE?

La définition d'une guerre mondiale est simple : des pays entrent en guerre contre d'autres pays.

Plusieurs guerres sont menées par des coalitions, avec un sans support du Conseil de sécurité de l'ONU, et visent un seul pays. Elles sont souvent nommées "missions". Par exemple, la plus récente guerre en Afghanistan.

Mais la guerre devient mondiale lorsqu'un nombre pluriel de pays ripostent à l'agression.