La série 13 Raisons est-elle dangereuse pour les jeunes?

La série "13 Raisons" de Netflix a réussi son pari : faire parler du suicide. Mais à quel prix?

Les intervenants du milieu tiennent à avertir les parents et les enseignants : n'utilisez pas cette série comme moyen de prévention. L'intention de ses créateurs est noble, mais sans le vouloir, elle peut glorifier le suicide pour les jeunes à risque.

QU'EST-CE QUI SE PASSE DANS CETTE SÉRIE ?

Hannah, une jeune étudiante à l'école secondaire, s'enlève la vie. Dans une série de 13 cassettes, elle explique les 13 raisons qui, de son point de vue, l'ont mené jusque là.

Les 13 raisons sont liées à 13 personnages. Animée par un désir de vengeance, elle décrit les épreuves qu'elle a traversées : intimidation, agression sexuelle, inaction du personnel de soutien scolaire...

Et surtout, son suicide est montré de manière explicite.

L'intention des créateurs, telle qu'exprimée dans un supplément de la série, est d'ouvrir le débat sur le suicide et de ne pas cacher la vérité aux jeunes.

QUEL EST LE PROBLÈME AVEC "13 RAISONS" ?

Mais aller aussi loin dans une problématique aussi complexe n'est pas sans conséquence. Présenter le suicide comme une solution peut pousser des personnes à risque à commettre l'irréparable. Il s'agit de l'effet Werther, documenté par le sociologue américain David Philipps.

Le risque est qu'un jeune en détresse s'identifie au personnage principal et percoive le suicide comme une solution à ses problèmes.

"Le suicide est un problème multifactoriel. Quand on s'enlève la vie, on souffre d'abord et avant tout d'un problème de santé mentale. Mais cette problématique n'est jamais abordée dans la série." - Jérôme Gaudreault, directeur de l'AQPS.

L'Association québécoise de prévention du suicide a d'ailleurs publié un guide à l'intention des journalistes lorsqu'ils doivent aborder le suicide, afin de minimiser les risques.

Le danger d'imitation est malheureusement très présent. Aux États-Unis, des centres de prévention du suicide rapportent plusieurs tentatives qui pourraient être liées à "13 Raisons".

Chez nous aussi, les organismes remarquent un "effet 13 Raisons" chez les jeunes à risque. M. Gaudreault a regardé la série, et a contacté plusieurs centres de prévention du suicide au Québec. Plusieurs jeunes en détresse les ont contactés, mais aussi, des travailleurs en milieu scolaire qui s'inquiétaient de la popularité de la série.

QUE FAIRE FACE À UN JEUNE QUI NOUS EN PARLE ?

La première attitude à prendre est d'être à l'écoute, sans juger. Entrer dans un mode dialogue, selon M. Gaudreault. "Demandez au jeune comment il a réagi, qu'est-ce qu'il retient de cette série?"

Si vous sentez le jeune fragile, n'hésitez pas à lui demander s'il a déjà pensé ou s'il pense au suicide. Dans ce cas, accompagnez-le vers les bonnes ressources, en commençant par le 1-866-APPELLE, ou Tel-Jeunes au 1-800-263-2266.

Il est aussi important de leur rappeler qu'il s'agit d'une fiction, que certaines situations ne correspondent pas nécessairement à la réalité. Jérôme Gaudreault a été particulièrement agacé par l'inaction de l'intervenant à l'école de Hannah, le personnage principal. "Les intervenants scolaires sont très sensibles au suicide et savent comment aider" ajoute-t-il.

Également, il n'est pas nécessaire d'attendre que le jeune nous en parle. On peut ouvrir la conversation en lui demandant s'il a regardé "13 Raisons".

LE SUICIDE N'EST PAS UNE OPTION

Dans ce témoignage touchant, un père qui a perdu son fils par suicide raconte la souffrance que le geste de son fils a causée.