La Suisse interdit de bouillir le homard sans l'assommer

La Suisse a présenté aujourd'hui un vaste réglement pour améliorer le bien-être des animaux.

L'une de ces nouvelles règles retient particulièrement l'attention des gourmands du monde entier. 

À compter du premier mars, il sera interdit de plonger les crustacés directement dans l'eau bouillante. Il faudra d'abord les étourdir, afin de limiter leur souffrance. Deux méthodes seront autorisées : l'électrocution, ou la "destruction mécanique du cerveau".

Les poissonniers ne pourront plus remettre les homards vivants dans des sacs de glace. Avant de plonger à la casserole, leurs conditions de transport et de conservation devront imiter leur milieu naturel, soit l'eau froide salée.

Le gouvernement Suisse s'appuie sur une récente étude de l'Association suisse des vétérinaires cantonaux, qui stipule que la complexité du système nerveux des crustacés serait suffisante pour qu'ils puissent ressentir de la souffrance.

Cette association milite également contre la vente de homards vivants, puisqu'ils ne seraient pas conservés dans des conditions acceptables par les distributeurs.

Mais cette conclusion n'est pas partagée par l'ensemble de la communauté scientifique, qui cherche depuis longtemps une réponse à cette question.

LE HOMARD SOUFFRE-T-IL DANS L'EAU BOUILLANTE?

Voici la réponse courte : On ne le sait pas vraiment, et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Pourquoi est-ce si complexe à déterminer?

Les homards sont des animaux invertébrés, qui ont un système nerveux très différents de celui des êtres vertébrés. Devant un tel flou, plusieurs organisations peuvent commander des études et interpréter leurs conclusions pour favoriser leurs intérêts. Par exemple, les gouvernements ou des entreprises pour protéger leur industrie de la pêche, ou des groupes de défense des animaux.

Une récente étude canadienne, commandée par le Sénat, concluait qu'on ne peut se projeter dans la conscience d'un animal, donc on ne peut avoir la certitude qu'il ressente de la douleur.

Mais une expérimentation américaine datant de 2014 ouvre des pistes intéressantes. En bref, les chercheurs ont conclu que les invertébrés avaient des réflexes semblables à ceux des vertébrés lorsqu'ils sont exposés à des situations potentiellement souffrantes. Il reste maintenant à comprendre si ces réflexes se traduisent en souffrance dans leurs systèmes nerveux, au même titre que dans le nôtre.

Il est donc impossible d'affirmer, avec certitude, que les invertébrés souffrent lorsqu'ils sont plongés dans l'eau bouillante. Mais nous ne sommes pas plus certains du contraire.