Le tireur de la Mosquée de Québec devra passer au moins 40 ans derrière les barreaux

L'auteur de la tuerie à la mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, est condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans pour le meurtre de 6 personnes.

Le juge François Huot lui a imposé des peines concurrentes de 25 ans pour les 5 premiers meurtres, puis il a additionné une peine de 15 ans pour le sixième meurtre. Alexandre Bissonnette, 29 ans, pourra donc faire une demande de libération à la Commission des libérations conditionnelles à l'âge de 67 ans.

C'est la peine la plus sévère au Québec depuis l'abolition de la peine de mort en 1976. Selon le juge François Huot, Bissonnette était motivé par une haine viscérale des musulmans. Pour prendre sa décision, il a notamment pris en compte le fait que le crime était hautement prémédité, le nombre de victimes, le lieu de l'infraction, la vulnérabilité des victimes, le jeune âge de 4 victimes (enfants), le degré de violence et le caractère gratuit.

Le juge a passé une bonne partie de la journée à lire sa décision. Il a eu des mots très durs envers le jeune homme de 29 ans dans son jugement de près de 250 pages. Il a qualifié son attaque de «meurtrière, sournoise et préméditée qui a causé une déchirure dans notre tissue social». Il a ensuite ajouté que «le mal n'a pas eu le dernier mot».

Plus tôt cet après-midi, il a qualifié de «déraisonnable» la proposition de la Couronne, qui réclamait jusqu'à 150 ans de prison puisque l’incarcération aurait dépassé l’espérance de vie de l'accusé. Le juge assurait toutefois que ce serait plus que la peine de 25 ans réclamée par la défense.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales n'exclut pas la possibilité de porter le jugement en appel.

«Nous pensons aux veuves, aux proches éplorés et à toute la communauté touchée. Il s'agit d'un jugement étoffé qui nécessitera une analyse en profondeur afin d'évaluer la possibilité de porter le jugement en appel.» -Me Thomas Jacques, du DPCP

Salle comble et vives émotions

Le verdict a été rendu dans la plus grande salle du Palais de justice de Québec qui peut accueillir jusqu'à 250 personnes. Elle était pleine à craquer. Une salle de débordement a donc été ouverte. Toutes les personnes présentes devaient se soumettre à une fouille en arrivant au Palais de justice ce matin. Des blessés de l'attaque, plusieurs proches des victimes ainsi que des membres de la communauté musulmane étaient sur place.

D'entrée de jeu, le juge François Huot a averti les gens présents dans la salle d'audience d'être respectueux. Le juge a détaillé, minute par minute, la tragédie. L'émotion était palpable. Une veuve a même dû sortir de la salle avec sa fille. Les parents d'Alexandre Bissonnette étaient présents, ils ont fixé le sol une bonne partie de la journée. En après-midi, le juge a demandé à Alexandre Bissonnette de sortir du box des accusés et de le regarder. Le magistrat l'a averti qu'il s'apprêtait à recevoir une peine exemplaire.

Déception au sein de la communauté musulmane

La communauté musulmane s'est dite déçue et surprise de la décision du juge.

Aymen Derbali, qui est devenu tétraplégique après avoir été atteint de sept balles le soir de l'attaque, tenait à assister au prononcé de la sentence.

«La journée a été longue et la sentence a été longue... Je suis très déçu et surpris à un tel point que j'ai failli m'évanouir. J'aurais aimé que justice soit rendue à toutes les victimes, à ceux qui sont décédés, et que la sentence ait été à la hauteur du crime perpétré.» -Aymen Derbali

Le président de la mosquée de Québec, Boufeldja Benabdallah, a quant à lui expliqué que la communauté musulmane a senti «qu’il y a eu beaucoup plus d’expression de dignité du meurtrier qui a dominé toute la dignité de ceux qui ont perdu les leurs.»

Un témoin de la tuerie a aussi pris la parole à la sortie de la salle d'audience. Ahmed Cheddadi a dit craindre que lorsque Alexandre Bissonnette sortira de prison, il puisse croiser le fils ou la fille d'une des victimes «dans un supermarché» par exemple.

RAPPEL DES FAITS

Bissonnette a abattu froidement 6 personnes en plus de faire 5 blessés le soir du 29 janvier 2017 à la Mosquée de Québec. Il prévoyait utiliser une carabine semi-automatique VZ58, mais son arme s'est enrayée. C'est pourquoi il s'est rabattu sur un pistolet Glock de 9 mm pour commettre son crime. 

L'accusé a plaidé coupable le 28 mars dernier pour éviter un procès aux familles des victimes. La journée même, il s'est excusé dans une lettre qualifiant son geste "d'impardonnable". Le jeune de 29 ans, qui vivait chez ses parents se trouvait dans un état "très anxieux et instable" dans les jours précédents la tragédie. Son médecin lui avait prescrit un nouvel antidépresseur, l'Apo-Paroxétine, dans les jours précédant le drame.

Les victimes sont: 

- Azzedine Soufiane, 57 ans
- Ibrahima Barry, 39 ans
- Mamadou Tanou Barry, 42 ans
- Khaled Belkacemi, 60 ans
- Abdelkrim Hassane, 41 ans
- Aboubaker Thabti, 44 ans