L'Abitibi-Témiscamingue n'a plus confiance en NAV Canada

Plusieurs élus, transporteurs aériens et acteurs socioéconomiques de l'Abitibi-Témiscamingue n'ont plus confiance en NAV CANADA.

L'entreprise veut couper les services consultatifs de vol entre 22h et 6h à l'aéroport de Rouyn-Noranda et les remplacer par un Système automatisé d'observations météorologiques (AWOS).

Alors que le processus de consultations publiques doit se terminer à la fin du mois, l'entreprise tient des rencontres d'informations chez nous pour présenter cette proposition.

C'est inacceptable pour la mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, qui parle d'une «conclusion écrite à l'avance ».

« C'est biaisé. On ne lâchera pas. Ce n'est pas vrai qu'on va encore une fois enlever à la région un service essentiel. Les pilotes, les transporteurs nous disent que ce n'est pas fiable à 100 %  ce qu'on [NAV CANADA ]veut faire, nous disent que la sécurité est en danger, nous disent que ça va avoir de graves impacts économiques. On les croit sur parole. »

- Diane Dallaire

Pourtant, un comité consultatif avait recommandé le maintien des services par le passé.

Rouyn-Noranda a envoyé plusieurs lettres au ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, pour faire valoir sa position. La Ville n'a jamais eu d'accusé réception.

Un système pas toujours fiable

De son côté, NAV CANADA assure avoir mené une étude de deux ans qui a conclu que la présence humaine n'est pas nécessaire à la sécurité et à l'efficacité des opérations aériennes chez nous.

Plusieurs les transporteurs aériens régionaux démentent fermement cette information, jugeant l'étude incomplète et le système automatisé (AWOS) non fiable.

Par exemple, ils indiquent que l'AWOS pourrait voir du brouillard là où il est situé, mais qu'il pourrait ne pas y en avoir sur la piste à ce moment, et vice-versa.

Le directeur des opérations chez Propair, Anthony Lebailly, estime que Rouyn-Noranda deviendrait un trou noir de sécurité 8h par jour si les services sont coupés la nuit.

« On augmente la non-présence de personnel de support pour aider les pilotes, pour voir s'il y a un accident, détecter l'accident rapidement. Si la piste devient contaminée par une pluie verglaçante, l'AWOS ne sera peut-être pas capable de le donner [l'information] alors que l'oeil humain, la personne qui est à la Station d'information de vol peut la donner très rapidement au pilote. Pour nous, au niveau sécurité, c'est un bris énorme. »

- Anthony Lebailly

Audrey Folliot, Bell Média. Anthony Lebailly est directeur des opérations chez Propair.

Les transporteurs s'inquiètent aussi des risques augmentés d'impact entre un avion et un véhicule sur la piste, notamment. Ça compliquera aussi les transports médicaux par avion.

Si les pilotes n'ont pas l'information juste en pleine nuit, ils auront le choix de se rendre soit à Montréal ou à Timmins, ce qui augmentera les coûts pour les transporteurs et les clients.

Selon les transporteurs, ça peut mener à des retards et des annulations de vols, des retards d'employés au travail dans le Nord, du gaz gaspillé et autres.

Pas assez de mouvements, dit NAV CANADA

Du côté de NAV CANADA, on dit que c'est une question de réduction des coûts et de trafic aérien insuffisant. L'entreprise assure que la sécurité ne sera pas compromise.

La gestionnaire générale pour la région d'information de vol de Montréal pour NAV CANADA, Lyne Moreau.

« À Rouyn-Noranda, c'est trois mouvements par nuit. Ça ne justifie pas l'exploitation d'une Station d'information de vol. Ces vols-là peuvent quand même atterrir et décoller, donc pour le développement économique, l'accès à l'aéroport demeure inchangé. Si on pensait qu'il y avait un risque à la sécurité, on ne ferait pas cette proposition-là. On a 91 aéroports au Canada où on a le système AWOS. C'est un système qui est éprouvé. »

- Lyne Moreau

Lyne Moreau nous dit que la décision n'est pas encore définitivement prise. Pourtant, une séance d'information publique complète est consacrée au bien-fondé de la réduction proposée des services.

Audrey Folliot, Bell Média. NAV CANADA présentait notamment un comparatif des services ailleurs.

Ces services de nuit coûtent 250 000 $ par année à NAV CANADA, soit les salaires des employés.

Ce montant est assumé par les transporteurs aériens, qui sont prêts à continuer de payer pour en bénéficier malgré le désir de l'entreprise de le couper.

La Conférence des préfets de l'Abitibi-Témiscaminge demande aussi le maintien des services, alors qu'une mobilisation semblable est prévue à Val-d'Or mardi.

La députée néodémocrate d'Abitibi-Témiscamingue, Christine Moore, suit aussi le dossier et tente depuis des mois d'obtenir une rencontre avec le ministre Garneau, sans succès.