Les autobus scolaires électriques prennent d'assaut nos routes

Voiture électrique ou hybride, recours au covoiturage ou transport actif, la population québécoise est de plus en plus soucieuse de diminuer son empreinte environnementale lors de ses déplacements. Il s'avère que c'est aussi le cas des entreprises de transport scolaire, où la météo ne freine pas les plus motivés. Regard sur la situation.


En Abitibi-Témiscamingue, trois autobus scolaires 100 % électriques sillonnent maintenant les routes matin et soir pour transporter sécuritairement des centaines d'élèves à l'école. Ils sont conçus au Québec par la compagnie électrique Lion, à St-Jérôme. Un seul de ces bus équivaut à retirer 5 voitures de la route et à éliminer 23 tonnes de gaz à effet de serre (GES).

Le dernier, à Rouyn-Noranda, a été acquis par Transport scolaire RN, en octobre 2018. Son directeur général, Gilles Pomerleau, voulait tout simplement faire sa part pour l'environnement.

« On diminue notre empreinte écologique, c'est ça qui est le plus intéressant, et puis au niveau de la pollution et puis du bruit aussi, parce que c'est un véhicule qui est beaucoup moins bruyant que nos véhicules standards, diesel. »

- Gilles Pomerleau

Il peut parcourir 75 km matin et soir avec le véhicule, avec une recharge entre les deux.

Un autobus scolaire 100% électrique du Groupe Autobus Maheux en recharge, branché sensiblement comme un véhicule régulier.

Audrey Folliot, Bell Média. Un autobus scolaire 100% électrique du Groupe Autobus Maheux en recharge, branché sensiblement comme un véhicule régulier.

Le directeur général de Transport scolaire RN aimerait acquérir d'autres véhicules identiques en 2019 ou 2020. Jusqu'à maintenant, tout se passe bien et Gilles Pomerleau n'a que de bons commentaires des utilisateurs.

« Ils sont très satisfaits. Le premier commentaire, c'est qu'il y a très peu de bruit. Comme résultat, les enfants sont plus calmes, c'est moins bruyant à l'intérieur de l'autobus, donc c'est apprécié. »

- Gilles Pomerleau

L'autobus est tellement silencieux qu'un son semblable à celui qu'on entend dans le métro de Montréal retentit à l'extérieur pour alerter les gens de sa présence. Vous pouvez l'entendre dans cette vidéo.

Autobus Maheux, précurseur en région

L'entreprise rouynorandienne Autobus Maheux n'a pas eu peur de se lancer dans le vide en faisant l'acquisition du huitième autobus entièrement électrique conçu par Lion, à l'automne 2016, le premier en région.

Il y a eu des pépins, mais en général, c'est très satisfaisant selon le directeur de la division Rouyn-Noranda/Témiscamingue et des technologies de l'information pour le Groupe Autobus Maheux, Yannick Goupil.

« On est quand même agréablement surpris, parce qu'on s'attendait d'avoir des problèmes ici et là et on en a eu. Des problèmes de chargeurs, des problèmes de chauffage auxiliaire, des petits pépins, mais somme toute, côté autonomie qui nous était garantie, ç'a vraiment bien été. »

- Yannick Goupil

La conduite est aussi agréable. Depuis, un deuxième a été acheté en 2017. Avec ces acquisitions, Autobus Maheux voulait être précurseur dans la région et semer l'idée dans la tête des autres transporteurs, ce qui a fonctionné vu l'achat de Transport scolaire RN.

Les deux autobus électriques d'Autobus Maheux. Ces véhicules sont facilement identifiables, avec leur pare-chocs bleu.

Ugo Barrette. Les deux autobus électriques d'Autobus Maheux. Ces véhicules sont facilement identifiables, avec leur pare-chocs bleu.

Yannick Goupil croit que les autobus scolaires électriques sont l'avenir de l'industrie. Autobus Maheux songe à remplacer, petit à petit, ses autobus scolaires en fin de vie par des autobus scolaires 100 % électriques.

À Amos, Autobus Plante ne ferme pas la porte à acquérir un autobus électrique un jour.

« Lorsque le véhicule est sorti, il y avait plusieurs incertitudes reliées aux véhicules électriques. Maintenant que quelques transporteurs ont testé le véhicule et qu'il s'est grandement amélioré, autant côté mécanique que monétaire, il devient plus intéressant d'acquérir un véhicule de la sorte. Présentement, nous ne sommes pas dans le processus d'achat, mais quand le temps viendra, acheter un véhicule qui est meilleur pour l'environnement sera grandement étudié. »

- Philippe Plante, président

Justement, quand est-il des performances hivernales d'un tel véhicule, alors qu'on sait que la température peut facilement atteindre les -40 en Abitibi-Témiscamingue?

Le vice-président marketing et communications de la compagnie électrique Lion, Patrick Gervais, explique que les batteries ont été conçues avec un système de chauffage et de refroidissement. « Elles ne sont pas affectées par la température. C'est un maximum de 5 % de perte d'autonomie, qu'il fasse très très chaud, ou très très froid », explique-t-il.

Pas encore rentable

Malgré les économies de consommation et les effets positifs sur l'environnement, ces autobus coûtent environ 325 000 $, soit trois fois plus cher qu'un autobus scolaire régulier au diesel. Heureusement, par divers programmes, le gouvernement subventionne l'achat du véhicule et l'installation de bornes.

Difficile de dire toutefois que c'est une option rentable, mais c'est un investissement à long terme.

« Vous savez, un autobus conventionnel, ça passe à peu près 7 000 litres de carburant par année. On peut facilement imaginer que ça coûte plus de 10 000 $ par année en carburant. Si vous gardez un autobus scolaire 12 ou 13 ans, vous pouvez imaginer que, quand vous achetez un véhicule électrique, malgré la différence de coût, c'est comme si vous achetiez du carburant d'avance. Ce sera rentable [d'en acheter un] éventuellement. »

- Yannick Goupil

Ces autobus scolaires électriques sont de plus en plus populaires. La Compagnie Électrique Lion en a distribué 200 en Amérique du Nord et une soixantaine circulent sur les routes du Québec. Patrick Gervais ne doute pas que l'engouement ne fera que croître et l'entreprise est prête à répondre à la demande.

« Nous, on est capable de produire 1 000 véhicules par année, alors on incite les transporteurs à se procurer des autobus scolaires électriques, parce qu'on croit que c'est un véhicule qui va vraiment améliorer la vie des gens. Ç'a un impact positif sur toute la société en bout de ligne », conclut-il.