TDAH : le Québec médicamente-t-il trop ses enfants ?

Une cinquantaine de pédiatres et médecins québécois dénoncent la surutilisation de médicaments pour traiter les symptômes s'apparentant au trouble de déficit de l'attention chez les enfants.

La consommation de psychostimulants, tel que le Ritalin est trois fois plus élevée au Québec qu'au Canada et jusqu'à 40 fois plus élevée si l'on se compare aux Européens, indique le pédiatre de Saguenay Charles Morin.

Les médecins se basent sur des chiffres de l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux pour établir leur conclusion. Le premier tableau indique en pourcentage (%) le nombre de jeunes au Québec qui utilisent des médicaments pour le TDAH.

  2006-2007 2012-2013 2013-2014 2014-2015
Total 2,7  4,9 5,3 5,8
0-5 ans 0,8 0,9 0,9 1,0
6-9 ans 7,7 10,3 10,4 10,7
10-12 ans 8,3 13,1 13,6 14,0
13-17 ans 3,4 8,2 9,1 9,9
18-25 ans 0,4 2,1 2,6 3,2

 

Le deuxième tableau indique (%) que les Québécois utilisent beaucoup plus les médicaments pour le TDAH que le reste du Canada. 

  6-9 ans 10-12 ans 13-17 ans 18-25 ans
Québec 3,98 13,97 14,5 5,36
Canada sans Qc 1,71 5,08 4,3 2,48

 

Le Dr Morin signe avec ses collègues une lettre pour inciter le gouvernement à revoir la démarche québécoise de diagnostic auprès des enfants :

«Je ne peux pas prendre une prise de sang chez l'enfant et dire, tu as le TDAH. Ça se diagnostique par un questionnaire, qui est le même partout au Canada, sauf que selon notre culture, notre éducation et nos perceptions, on va répondre différemment au questionnaire. Personnellement, j'ai vu très souvent dans ma carrière, le même questionnaire remis au professeur et aux parents qui donnent des réponses totalement différentes. Le même questionnaire donné au papa et à la maman avec des réponses différentes. Donc, il y a beaucoup de subjectivité dans ça et la perception d'un enfant agité ou turbulent peut être complètement différente d'une famille à une autre.»

Les médecins font cette sortie publique pour inciter le gouvernement à revoir les pratiques afin de faire diminuer la consommation de médicaments.

«On s'attend à ce qu'un médicament règle un peu tout alors que ce n'est pas ça la solution.» - Le pédiatre Charles Morin

Le docteur Morin s'inclut dans les pédiatres qui ont probablement donné un médicament à un enfant qui n'en avait pas nécessairement besoin. Il ajoute que le milieu de la santé doit faire équipe avec le milieu de l'éducation pour améliorer la démarche auprès des jeunes. Il faut selon lui apprendre à mieux différencier un jeune qui est turbulent et qui a un trouble de l'attention à un autre qui vit une période de turbulence et qui est moins attentif.