Les inspirations de Robert Nelson : de Schtroumpf Party 2 à Wu-Tang Clan

Pour entendre Robert Nelson, notre artiste Rap Keb du mois de juin, écoute Rap Keb

Avec Nul n’est roé son royaume, son premier album solo paru plus tôt ce printemps, Robert Nelson alias Ogden fait preuve d’une brillante polyvalence au micro. Grand mélomane, le rappeur d’Alaclair Ensemble nous dévoile une partie de son foisonnant bagage musical.

 

La musique qui jouait à la maison quand t’étais très jeune?

Mes parents écoutaient surtout de la musique traditionnelle bosniaque et des hits pop rock de leur jeunesse. Je pense tout particulièrement à Indexi, qu’on peut considérer comme les Beatles yougoslaves. Mais bon, au-delà de ça, mes parents étaient pas de grands mélomanes. C’est un peu out of nowhere que moi, je sois devenu musicien et que mon frère soit un excellent bassiste. Mon intérêt pour la musique s’est donc surtout amorcé à la fin du primaire grâce à mes découvertes personnelles.

 

Ton idole d’enfance?

Je pense qu’au primaire, j’étais pas encore assez imprégné de musique pour avoir une idole spécifique. Par contre, j’écoutais vraiment beaucoup de Nirvana. Mes deux cousins étaient des musiciens et ils m’ont fait découvrir beaucoup de vieux rock. L’album Nevermind m’a vraiment marqué.

 

Premier album acheté?

Dans un ordre dont je me souviens pas vraiment, il y a eu Nevermind de Nirvana, Ixnay on the Hombre de The Offspring, Tragic Kingdom de No Doubt et l’album de Moist avec la toune Resurrection (Creature). Je dois aussi avouer que l’un des albums que j’ai rock le plus, c’est Schtroumpf Party 2! (rires) J’aimerais absolument qu’on le mentionne dans l’article.

 

Ce qui t’a éveillé au rap?

Le premier album de rap que j’ai acheté, c’est le premier de Dubmatique, mais ça m’a pas amené ailleurs tout de suite. Je dirais que c’est vraiment en secondaire 2 que ça s’est passé lorsque mon frère aîné, qui écoutait pas mal juste du punk et du ska, s’est mis à écouter du rap, et principalement l’album Où je vis de Shurik’n. Sincèrement, c’est cet album-là qui m’a donné envie d’écouter plus de rap, mais aussi d’en faire. C’était à l’époque où je répondais «écrivain» lorsqu’on me demandait ce que je voulais faire plus tard dans la vie. Et, là, d’un seul coup, je découvrais un style de musique qui mettait l’accent sur les mots. Soudainement, je me rendais compte que la plupart des textes des autres tounes pop ou rock que j’avais entendues dans ma vie étaient superficiels. Il y avait parfois des bonnes images, des bonnes idées, des bons messages, mais souvent, les rimes étaient pauvres. Je pense autant à Bob Dylan qu’aux Rolling Stones ou aux Beatles quand je dis ça. Avec Shurik’n, et ensuite avec IAM et mon éveil au rap américain, je voyais que c’était possible de faire des textes vraiment sophistiqués en musique.

 

Un spectacle mémorable auquel tu as assisté durant ton adolescence?

Je dirais KNLO! Avant de le connaître en personne, j’étais un grand fan de son shit et, à 15 ans, je suis allé voir son lancement illégalement dans un bar avec les cartes de mon frère. C’était un show pour le lancement de sa première mixtape en 2003.

 

Clip le plus marquant à vie?

Pète la coche de Sans Pression, Yvon Krevé et DJ Shortcut! Le clip est resté longtemps en rotation forte à MusiquePlus, et sa diffusion coïncidait avec le moment où je commençais à écouter beaucoup de rap québécois.

 

Ta chanson préférée?

C’est super tough comme question, mais une qui m’a marqué il y a longtemps et à laquelle je reviens très souvent, c’est Je joue de la guitare de Jean Leloup. Je lui fais d’ailleurs un clin d’oeil dans le refrain d’une chanson de mon album (Lucioles). Il touche à des choses sublimes là-dessus, mais de façon vraiment décomplexée. C’est une toune super spirituelle, mais en même temps, juste assez tata! C’est dur de mettre Leloup dans une case, car il mélange constamment des trucs drôles et profonds. En fait, sa musique me fait penser à ce qui se passe dans la vie en général. Je m’inspire un peu de cette démarche dans ma musique d’ailleurs.

 

Le classique des classiques?

36 Chambers de Wu-Tang Clan. À mon avis, c’est le meilleur album de rap jamais fait. Il a tellement bien vieilli! Je réécoute parfois d’autres classiques des années 1990, et ça me fait pas le même effet. Même s’ils sont très bons, je les trouve un peu naïfs. Je pense notamment à Illmatic de Nas, qui contient beaucoup de trucs maladroitement cutes d’un jeune rappeur très dope qui débute. J’adore cet album-là, mais je le trouve moins intouchable que 36 Chambers. C’est un disque tellement original en plus! Si t’écoutes ce que le monde faisait au début des années 1990, c’est vraiment un OVNI absolu. Imagine: on est en 1993, et y’a un groupe qui arrive avec son imagerie vedge de moines Shaolin dans un clan asiatique. Il y aurait tellement eu de raisons de se dire en cours de route : «GUYS, on arrête ça!» Mais non, ils l’ont fait pareil… C’est fou!

 

La musique qui t’obsède ces jours-ci?

Harry Manx. C’est un bluesman canadien qui fait du blues sitar avec certaines touches de country et de folk. C’est sans aucun doute l’artiste que j’ai le plus écouté dans les deux dernières années pour la simple et bonne raison qu’il est constante rotation dans mon auto. Pour vrai, il a les meilleures lyrics au monde. Il me fait le même effet qu’un bon punch line de rappeur dans un battle rap. T’écoutes attentivement ses paroles et t’as pas le choix de constater qu’il tue tout chaque fois. C’est vraiment lui, mon rappeur préféré.

 

En dehors de la musique, qui considères-tu comme une personne inspirante?

Je connais beaucoup de monde inspirant, mais si j’avais à en choisir un vite de même, je dirais mon ami Samir, avec qui j’ai créé le balado La voix du bas. C’est un gars qui s’intéresse beaucoup aux écosystèmes, à la préservation de la nature, à la permaculture, à la survie en forêt. Pour vrai, il est super inspirant, et je me sens choyé de le connaître.

 

Lancement de Nul n’est roé en son royaume : à L’Anti de Québec ce samedi et à L’Astral le 14 juin (dans le cadre des Francos de Montréal).