Des Québécois veulent des actions contre l'érosion causée par le trafic maritime

Des passants observent la carcasse d'une baleine à bosse sur les rives du Saint-Laurent à Verchères en juin 2020. (Paul Chiasson | La Presse canadienne)

Chaque année, Angélique Beauchemin, âgée de 100 ans, voit une nouvelle portion de son terrain s'effondrer dans le fleuve Saint-Laurent.

De la fenêtre de sa maison de Verchères, elle regarde les vagues créées par le passage des navires venir gruger les parois rocheuses au pied de sa propriété et lentement avaler une nouvelle partie des berges.

La partie la plus élevée de son terrain, explique la dame, s'enfonce d'un pouce ou deux par année alors qu'elle s'incline de plus en plus vers le fleuve. Bien qu'elle ne soit pas une scientifique, Mme Beauchemin confie que sa plus grande crainte est de voir un jour un glissement de terrain emporter la petite maison blanche qu'elle habite depuis des décennies.

«Tout pourrait partir», a-t-elle laissé tomber lors d'un récent entretien.

Malgré son âge, la dame a fait la difficile marche le long de la pente qui descend au bord du fleuve, coiffée d'un chapeau de paille, avec l'aide d'une canne. Une fois en bas, elle pointe vers divers endroits où l'eau a creusé de petites baies dans le littoral depuis sa plus récente visite.

«C'est encore pire que c'était, s'inquiète-t-elle. Ce n'est pas rassurant.»

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Angélique Beauchemin fait partie d'un groupe de riverains le long de la rive sud qui presse le gouvernement fédéral d'agir pour contrer les effets de l'érosion due au trafic maritime. Selon eux, l'érosion affecte la faune, la flore et cause des dommages à leur propriété.

La présidente d'un comité citoyen fondé en 2019, Micheline Lagarde, exhibe de vieux reportages décrivant des infrastructures anti-érosion érigées le long du fleuve par le gouvernement fédéral dans les décennies 1960 et 1970.

Malheureusement, le programme fédéral qui assurait l'entretien de ces barrières a été éliminé en 1997. Depuis, raconte Mme Lagarde, les murets n'ont fait que tomber en morceaux.

Elle dénonce le fait que personne ne veut prendre la responsabilité de ce qui se passe pendant que les riverains continuent de voir leur terrain se faire avaler par le fleuve.

Après des années de représentations auprès des élus locaux, le comité citoyen s'est mobilisé pour augmenter la pression sur le gouvernement. Mme Lagarde explique qu'il est pratiquement impossible pour les propriétaires riverains d'entretenir eux-mêmes les murs anti-érosion.

L'opération nécessiterait l'embauche d'ingénieurs et d'entrepreneurs spécialisés et coûterait entre 5000 $ et 6000 $ par mètre.

Une action collective au nom des résidents de Varennes, de Verchères et de Contrecœur a été lancée contre le gouvernement fédéral. Les demandeurs réclament 50 millions $ en compensation pour l'accélération de l'érosion de leurs propriétés causée par les navires.

La poursuite n'a pas encore été entendue sur le fond par la cour.

Transport Canada a répondu par écrit qu'il était au courant du problème et qu'il surveillait la situation de près avec l'aide de partenaires.

Le ministère dit avoir déjà pris des mesures pour limiter les effets du passage des navires en diffusant des avis de navigation selon le niveau de l'eau, en surveillant la vitesse des navires et en implantant des mesures volontaires de réduction de la vitesse.

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