La famille de Daphné Huard-Boudreault indemnisée 3 ans après le meurtre

Daphne Boudreault

Les parents et la belle-mère de Daphné Huard-Boudreault, assassinée il y a trois ans par son ex-conjoint à Mont-Saint-Hilaire en Montérégie, seront finalement indemnisés. C'est une petite victoire pour d'autres potentielles familles qui se retrouveraient dans la même situation.

 

La famille de la jeune femme de 18 ans a enfin obtenu le statut de victime d'acte criminel après une longue bataille juridique. Trois décisions différentes rendues dernièrement par le Tribunal administratif du Québec élargissent la notion de victime au sens de la loi.

Depuis les horribles événements de mars 2017, le père de Daphné, Éric Boudreault, sa mère Mélanie Huard et la conjointe du père, Claudine Halde, avaient tenté à plusieurs reprises d'être indemnisés par le programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). Cela leur avait été maintes fois refusé puisqu'ils n'étaient pas présents quand l'ex-conjoint de la jeune femme, Anthony Pratte-Lops, l'a poignardé à 15 reprises.

Toutefois, le père, la mère et la belle-mère de Daphné s'étaient rendus sur place après le drame. En plus de s'être faits arracher leur fille, ils doivent maintenant vivre avec le traumatisme d'avoir vu sa dépouille sur civière avant qu'elle ne soit amenée en ambulance.

Le Tribunal leur a finalement donné raison. Tous trois sont donc admissibles à un remboursement intégral de leurs frais de thérapie, tant pour le passé que pour l'avenir. Les importantes pertes de revenu accumulées ou à venir seront également compensées si de nouveaux arrêts de travail sont nécessaires. Une rente à vie pour les séquelles permanentes leur sera versée au terme du processus thérapeutique.

Un combat loin d'être terminé

En entrevue avec Bell Média, le père de Daphné, Éric Boudreault, s'est dit satisfait de la décision, mais déplore d'avoir eu à se battre tout en faisant son deuil. Le premier ministre devrait annoncer aujourd'hui que Sonia Lebel sera remplacée par Simon Jolin-Barrette comme ministre de la Justice, et le père endeuillé espère qu'il agisse rapidement pour réformer l'IVAC, le programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels.

« C'est difficile d'être content parce que tout ça découle quand même de la perte de notre fille, par contre, on est fiers du combat qu'on a mené. Pendant ces trois années-là, on n'a pas eu d'aide et on s'est appauvri malgré qu'on n'a pas demandé ce qui nous est arrivé. [...] J'espère qu'ils vont arrêter de parler et qu'il vont agir. Je pense qu'ils ont tout entre les mains pour agir. Chaque minute qu'ils attendent de plus, ce sont des familles qui souffrent et qui ne sont pas capables de faire leur deuil. »

Éric Boudreault, père de Daphné

L'avocat au dossier depuis le début, Me Marc Bellemarre, s'est également dit satisfait de la décision, mais a aussi déploré la lourdeur et la lenteur des démarches. Il a mentionné, par voie de communiqué, « que la procureure générale et le ministère de la Justice sont complices du dénigrement systématique des victimes de la part de l'IVAC, et ce de multiples façons ».

« Les plaies sont encore vives. Je dors mal, je n'ai jamais récupéré mon sommeil d'antan. Les cauchemars et les flashbacks meublent mon quotidien, la peur et l'anxiété ne me quittent pas. Ce combat contre l'IVAC a compliqué mon deuil. »

- Mélanie Huard, mère de Daphné (par voie de communiqué)

Faire plus de prévention

Le père de Daphné, Éric Boudreault, est heureux de cette victoire mais n'a pas terminé de se battre pour davantage de prévention sur la violence conjugale.

Par ailleurs, même s'il n'a rien contre la bonification de la formation des policiers, une des mesures recommandées par la coroner, il estime qu'en situation de violence conjugale, il faut intervenir différemment. Éric Boudreault avait d'ailleurs fait ses propositions à un comité d'experts gouvernemental sur la question.

« Quand il y a une intervention policière et qu'il y a des personnes en situation de vulnérabilité, elles doivent être évaluées et surtout prises en charge par un expert dont c'est le métier. C'est beaucoup demander à un policier d'être psychologue, intervenant social... »

- Éric Boudreault, père de la victime

Rappelons que le meurtrier, Anthony Pratte-Lops, a été condamné l'an dernier à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 18 ans.

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