Un couple johannais poursuit une médecin pour son bébé mort par erreur

médecin spécialiste

Un couple de Saint-Jean-sur-Richelieu poursuit une obstétricienne pour plus de 142 000 $ après que son erreur médicale ait causé la mort de leur futur bébé, en septembre 2019. Celle-ci persistait à tort à déclarer leur foetus mort, alors qu'il ne l'était pas. La requête introductive d'instance, dont nous avons obtenu copie, a été déposée vendredi au palais de justice.

 

Sabrina Robert a appris à l'été 2019 qu'elle était finalement enceinte, après deux ans et demi à de tentatives infructueuses pour concevoir avec son conjoint, Christian Nankivell. En août, elle passe un premier examen gynécologique, où elle apprend que sa grossesse suit son cours sans complication. Elle apprend toutefois qu'elle a un petit utérus, ce qui complique certains tests.

Elle se présente ensuite à l'hôpital du Haut-Richelieu le 6 septembre 2019 pour passer une échographie de datation du premier trimestre. C'est la Dre Dominique Aubin, qu'ils poursuivent, qui l'a réalisée. L'obstétricienne n'est pas parvenue à entendre le coeur du foetus ni à obtenir une image de celui-ci, ce jour-là. Elle a donc demandé à Mme Robert de subir une prise de sang pour confirmer qu'elle était bien enceinte.

Malgré le taux d'hormones élevé indiquant que c'était le cas, Dre Aubin a conclu ce jour-là que le foetus était mort à six semaines de grossesse et n'a pas accepté de faire d'examens supplémentaires, notamment l'échographie endovaginale, plus précise. L'obstétricienne recommande alors un curetage le lendemain, et la jeune mère cède, se fiant à l'opinion du médecin.

Sabrina Robert déplore l'attitude de Dre Aubin et espère obtenir justice.

« Il n'y a eu aucun autre examen, elle était très froide aussi, très bête. Elle me disait toujours, êtes-vous sure d'être enceinte, êtes-vous sure d'être enceinte? Elle me disait que ça ne donnait rien [de faire d'autres tests]. J'étais vraiment ébranlée, et la seule réponse qu'elle a su me donner, c'est " au moins vous pourrez en avoir un autre, vous le savez maintenant. »

- Sabrina Robert

En plus d'avoir à vivre avec la perte de leur enfant, Mme Robert et son conjoint ont appris après le curetage, qui s'est très mal déroulé, que leur futur bébé avait plutôt 11 semaines. Il était également bien vivant au moment de l'intervention.

Le 7 septembre 2019, vers 9h05, la demanderesse subit effectivement ledit curetage sous les soins de Dre Amélie Larente à l'Hôpital du Haut-Richelieu. Or, au réveil de la demanderesse, Dre Larente annonce aux demandeurs que tout porte à croire que leur bébé avait en fait onze semaines, et qu'il était bien vivant au fond de l'utérus lors du curetage, n'étant donc pas arrêté à six semaines.

En effet, Dre Larente explique que les débris du curetage comprenaient des bras, des jambes et un thorax, ce qui n'est compatible qu'avec un foetus de onze semaines et plus. [...] De plus, Dre Larente explique que la demanderesse a souffert d'une hémorragie dès les premières minutes de son opération, ayant perdu un litre de sang en fin de compte, ce qui aurait également suscité des doutes chez Dre Larente. Ainsi, ce serait ce curetage qui aurait causé le décès du foetus.

- Extrait de la requête déposée par les demandeurs

Le Collège des médecins refuse la plainte

Le syndic du Collège des médecins a fait enquête sur la situation après que Mme Robert et M Nankivell aient déposé une plainte. Il a conclu que Dre Aubin avait commis une faute, mais n'a pas retenu de plainte contre elle. L'avocat du couple ne comprend pas et demande une révision.

« C'est inconcevable. Lorsque le Collège des médecins vient dire qu'un médecin a commis une faute et lui suggère de modifier ses pratiques, lorsque le médecin admet de lui-même qu'il a commis une faute, qu'est-ce qu'il faut pour que le Collège retienne une sanction disciplinaire? Pour moi, ils ont failli à leur obligation de protection du public. [...] On se pose la question également, combien il y a eu de victimes similaires au Québec [en raison d'échographies endovaginales non réalisées]. Ça devrait être une norme obligatoire dans tous les hôpitaux à 12 semaines et moins. »

- Me Jimmy Lambert, avocat au dossier

Sabrina Robert et son conjoint subissent encore les impacts psychologiques et financiers de cet événement traumatisant. Elle indique d'ailleurs avoir reçu des témoignages d'autres couples ayant eu une mauvaise expérience avec Dre Aubin. Cette dernière lui a écrit une lettre d'excuses, mais ce n'est pas suffisant.

« Dépression, choc post-traumatique. J'ai vu des psychologues, des psychiatres, j'ai de la médication toujours à prendre. [...] Je n'ai pas voulu la rencontrer. Elle m'a écrit une lettre disant que si elle pouvait revenir en arrière, elle le ferait et qu'elle est consciente d'avoir fait son erreur, mais je veux juste qu'elle soit punie pour ce qu'elle a fait. »

- Sabrina Robert

L'Hôpital du Haut-Richelieu aurait depuis révisé ses pratiques pour que toutes les échographies au premier trimestre soient complétées par des images endovaginales lorsque le cœur ne peut être identifié.

Dre Dominique Aubin a 15 jours pour répondre à la requête.

Infolettres Boom 104.1 - 106.5

Contenu en rafale, promotions exclusives, concours et bien plus encore !