Mieux évaluer les risques d’inondations côtières pour protéger les installations

Dans le nord du Pays de Galles, les habitants du petit village côtier de Fairbourne risquent d’être les premiers « réfugiés climatiques » du Royaume-Uni. Les autorités affirment que d’ici 2054, il ne serait plus durable d’y maintenir des défenses contre les inondations en raison de l’élévation plus rapide du niveau de la mer et des tempêtes plus fréquentes et extrêmes causées par le changement climatique.  (Kirsty Wigglesworth | The Associated Press)

Les estimations actuelles du risque d’inondation côtière sont biaisées et devraient être revues pour prendre en compte des niveaux de mer record, estiment des chercheurs québécois et français.

La nouvelle méthodologie qu'ils proposent aurait un impact important sur la gestion du risque et sur la protection des installations côtières, notamment en ce qui concerne les centrales nucléaires côtières de plusieurs pays.

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Le niveau marin est composé de la marée prédite et de ce qu'on appelle «la surcote», à savoir le dépassement «anormal» du niveau de la mer. Si un dépassement de quelques centimètres sera sans conséquence, il n'en va évidemment pas de même pour une surcote exceptionnelle qui peut se produire en moyenne tous les 1000 ans.

Toutefois, soulignent les chercheurs, les données enregistrées par les marégraphes en certains endroits portent uniquement sur une trentaine d'années, ce qui rend essentiellement impossible d'estimer un niveau de surcote de 1000 ans. Ils proposent donc d'ajouter les données historiques ― en d'autres mots, les niveaux de mer record qui se trouvent dans les archives ― afin d'augmenter la durée d'observation.

«Habituellement, on va essayer d'estimer une surcote avec des méthodes statistiques, donc on utilise les données enregistrées par les marégraphes seulement, mais ces données peuvent s'étendre sur 30 ans ou même moins selon les régions», a précisé l'auteure principale de l'étude, Laurie Saint-Criq, qui a réalisé ces travaux dans le cadre d'un doctorat en cotutelle France-Québec entre l'IRSN et l'INRS.

En France, par exemple, les règles stipulent que les centrales nucléaires doivent être protégées d'un niveau de la mer qui additionne un niveau de marée maximum (en tenant compte de l'évolution du niveau moyen de la mer) et de la surcote millénale.

La nouveauté de ces travaux réside dans le fait qu'on peut intégrer toutes les sources d'informations disponibles et avoir une estimation la plus précise possible du risque, ont dit les chercheurs de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et de l'Université Gustave Eiffel.

La méthodologie développée permet aussi de corriger les biais d'anciennes approches, ajoutent-ils.

«L'idée, c'est d'introduire des données historiques, c'est-à-dire des données qui n'ont pas été enregistrées par les marégraphes, mais qu'on peut retrouver dans les archives», a dit Mme Saint-Criq.

L'importance de s'intéresser au niveau de mer historique, explique-t-elle, tient au fait qu'une surcote importante qui se produit à marée modérée pourra passer inaperçue, du moins dans les archives. Les chercheurs lancent donc l'hypothèse qu'on puisse récupérer `tous les niveaux de mer' en s'intéressant au niveau de mer historique.

Le réchauffement planétaire augmente enfin le risque d'intensité et de fréquence des surcotes importantes, préviennent les chercheurs.

Les conclusions de cette étude ont récemment été publiées dans la revue scientifique Water Resources Research.