Agressions sexuelles: demande d'un recours collectif déposée contre le Diocèse de Trois-Rivières

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Une demande d'action collective contre le Diocèse de Trois-Rivières a été déposée vendredi pour des agressions sexuelles commises entre 1940 et aujourd'hui. C'est le cabinet Arseneault Dufresne Wee Avocats qui a déposé la requête, à Trois-Rivières.

Le dossier vise l'abbé Bernard St-Onge, qui avait plaidé coupable à 12 chefs d'accusation en 1991, puis fait de la prison. Trois victimes sont pour le moment impliquées dans le dossier, mais d'autres devraient s'ajouter selon les avocats. Une indemnisation de 600 000 $ par victime, soit le maximum autorisé pour ce type de requête, est souhaitée par le cabinet d'avocat.

L'une des trois victimes dans la requête est l'animateur radio Dominic Maurais. Le Shawiniganais avait d'ailleurs dénoncé son agresseur, Bernard St-Onge, au début des années 90.

Dans le document déposé à la Cour suprême, on peut lire les affirmations suivantes, quant aux agressions subies par M. Maurais alors qu'il n'était qu'un enfant.

« Le Demandeur avait une grande estime et une totale confiance envers l’abbé St-Onge. Un jour, ce dernier a invité le Demandeur, alors âgé de 10 ou 11 ans, à aller faire une sieste chez lui. Le jeune garçon s’est allongé sur le lit de l’abbé et celui-ci est venu le rejoindre. C'est alors que l'homme a pris la main du Demandeur et l’a introduite dans ses sous-vêtements afin qu'il caresse son pénis en érection. L’abbé St-Onge lui disait : « Ça fait du bien, j’ai une hernie ». Le jeune homme était traumatisé, figé devant les gestes de l’abbé St-Onge. »

Dominic Maurais a livré un témoignage touchant, vendredi, concernant cette étape qui s'amorce pour obtenir réparation.

« être agressé sexuellement est une épreuve terrible, qu'aucune personne, et surtout, qu'aucun enfant ne devrait avoir à vivre. On porte toujours les traces de ces agressions. C'était un homme qui avait la confiance entière de mes parents, qui me laissaient partir avec lui. Pire, mes parents ont subi de l'intimidation de l'Église pour ne pas porter plainte. »

Bell Média / Dominic Maurais

M. Maurais a ajouté que le Diocèse de Trois-Rivières aurait dû protéger les victimes, plutôt que l'agresseur.

« Le Diocèse a laissé notre agresseur au contact des enfants. Il a tenté de camoufler les agressions. Le Diocèse a été complice. Je crois encore en la justice. »

Dix autres recours collectifs sont en cours par le même cabinet d'avocat, Arseneault Dufresses Wee. Ce 11e dossier reflète à quel point la crise est présente depuis longtemps dans les institutions religieuses de la province, selon Alain Arseneault, l'un des avocats derrière cette requête.

« Ce sont des prédateurs sexuels. Combien de gens ont vécu des vies difficiles à cause de ça ? Dans les organisations religieuses, plus souvent qu'autrement, c'est contre des enfants, surtout des garçons. »

M. Arseneault soutient également qu'en moyenne, une seule victime pour 10 agressés dénoncera. Il ajoute qu'un dossier peut prendre jusqu'à deux ans pour se régler, s'il y a une collaboration de l'organisation visée, sans quoi le processus peut s'étirer sur plusieurs années avant de connaitre un dénouement.

Réaction du Diocèse de Trois-Rivières

L'organisation religieuse visée par la demande de recours collectif a réagit par voie de communiqué, vendredi après-midi. 

« Le Diocèse de Trois-Rivières prend acte de la demande qui vient d’être déposée, et prend cela au sérieux. Il va collaborer avec la justice tout au long du processus », commente Mélanie Charron, coordonnatrice de la pastorale d’ensemble et des communications. « Le Diocèse de Trois-Rivières n’émettra aucun autre commentaire puisque le processus judiciaire est en cours », ajoute-t-on.

Le Diocèse de Trois-Rivières dit aussi avoir mis en place des mesures pour la prévention des abus, l’accueil et l’accompagnement des victimes, et la collaboration avec les instances judiciaires et civiles.

« Plus récemment, le personnel pastoral et les personnes laïques en responsabilité sont introduits à une formation qu’ils doivent tous et toutes suivre avec le Centre canadien de protection de l’enfance par leur programme Priorité jeunesse, programme pour la prévention des abus pédosexuels », indique-t-on dans le communiqué.