Abattage de cerfs à Longueuil, la mairesse Sylvie Parent menacée de mort

La mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, a reçu des menaces en lien avec l'abattage d'une quinzaine de cerfs au parc Michel-Chartrand.

La mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, a reçu des menaces de mort en lien avec l'abattage d'une quinzaine de cerfs au parc Michel-Chartrand.

 

La police de Longueuil précise qu'il n'y a pas eu d'arrestation dans ce dossier, du moins pas pour l'instant. L'attachée de presse de la mairesse, Alexandra Lapierre, a indiqué que cette dernière n'accorderait pas d'entrevue sur le sujet puisque l'enquête ne fait que commencer. De son côté, l'opposition à la Ville a vivement dénoncé ces menaces, qu'elle a qualifié d'inacceptables.

La Ville de Longueuil a annoncé plus tôt cette semaine son intention de réduire le nombre de cerfs de moitié pour conserver la biodiversité du parc, très fréquenté par les familles. Une quinzaine de bêtes seront capturées puis euthanasiées d'ici la fin du mois, une décision qui soulève les passions.

La députée indépendante de Marie-Victorin, Catherine Fournier, suggère pour sa part d'introduire le coyote de façon contrôlée. Elle déplore que la Ville n'ait pas consulté la population dans ce dossier.

Deux pétitions circulent, déjà signées par plus de 40 000 personnes. Une première souhaite forcer l'administration Parent à faire marche arrière et à considérer relocaliser les cerfs. Un autre document demandant la même chose circule aussi. Une manifestation est également prévue samedi au parc Michel-Chartrand.

LA VILLE NE RECULERA PAS

Malgré la levée de boucliers, Longueuil ira de l'avant avec l'euthanasie des cerfs. 

La Ville confirme que l'opération se déroulera comme prévu à la fin novembre et qu'il n'est pas question d'introduire de coyotes ou encore de les transférer dans un refuge.

Un porte-parole de la municipalité indique que Longueuil n'a pas l'autorisation du ministère de la Faune pour déplacer les bêtes et qu'elle n'a pas non plus l'intention de faire une demande en ce sens.

Elle estime qu'un tel déplacement pourrait occasionner du stress aux cerfs et contribuer à propager de possibles maladies ailleurs au Québec.

Le Centre Refuge Nymous de Sainte-Béatrix, dans Lanaudière, du Miller Zoo et de la Ferme 5 Étoiles de Sacré-Coeur se disaient prêts à accueillir les chevreuils.

« Ça prend vraiment une volonté du ministère de la Faune. On aimerait bien être capable d'en ramasser quelques-uns. Ce n'est pas facile, mais ça se fait sous la surveillance d'un vétérinaire qui peut injecter une sédation. Il y a des agents qui sont habilités, ils ont une formation. Je sais qu'il y a d'autres refuges qui pourraient peut-être participer. »

- Jacques Lessard, propriétaire

L'organisme Sauvetage Animal Rescue se disait même prêt à offrir gratuitement à la Ville ses services de capture et de relocalisation des chevreuils.

UN PROBLÈME QUI AURAIT PU ÊTRE ÉVITÉ?

La Ville de Longueuil aurait possiblement contribué au problème en nourrissant les chevreuils l'hiver seulement pendant une vingtaine d'années. Par courriel, elle nous indique qu'effectivement, elle a mené des activités de nourrissage « selon les informations et les connaissances disponibles à l'époque. [...] Cette pratique ponctuelle visait à trouver un équilibre entre la sécurité des citoyens, la sécurité des animaux et les dommages constatés. »

Le but était d'éviter qu'ils aillent chercher de la nourriture ailleurs, ce qui aurait pu causer des accidents de circulation, car le parc est situé entre les villes de Longueuil et de Boucherville. Cela aurait aussi pu causer des dommages aux propriétés riveraines.

À la recommandation du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, la Ville a réduit cette pratique dès 2015 et l'a complètement arrêtée en 2017.

UNE OPÉRATION QUI SERA RÉPÉTÉE?

Des experts croient qu'à court terme, la décision de la Ville de capturer les chevreuils pour ensuite les euthanasier et distribuer la viande à Moisson Rive-Sud est la meilleure, si on ajoute à cela le contexte de pandémie. Par ailleurs, il faudrait s'attendre à ce que ce genre d'opération se répète si rien ne change.

Le biologiste et professeur en écologie animale à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Martin-Hugues St-Laurent, estime que la disparition du loup et du coyote en milieu périurbain a fait en sorte que la population augmente. Il croit que les villes auraient dû en réintégrer graduellement.

Le fait que certains nourrissent les cerfs peut aussi créer des maladies chez eux, en plus d'avoir un effet sur leur présence plus importante.

« Les plus grands responsables, est-ce que ce sont la Ville de Longueuil et les riverains qui ont nourri les cerfs, ou est-ce qu'au contraire, ce sont les gens qui ont éradiqué les grands prédateurs? C'est de voir comment on va se sortir de là. Le seul bémol que j'apporte, c'est qu'il ne faut pas laisser croire à la population qu'on va faire cette opération-là qu'une seule fois, parce que ce qui a mené les densités de cerfs à ce niveau-là est encore présent. »

- Martin-Hugues St-Laurent, biologiste et professeur à l'UQAR

Selon lui, de déplacer un cerf dans un autre habitat est difficile compte tenu des maladies qu'il peut transmettre. Également, il ajoute que les animaux déplacés survivront parfois moins longtemps en raison du stress de la capture et du transport.

 

- Avec la collaboration d'Étienne Phénix, de Marie-Pier Boucher et de Jean-François Desaulniers, respectivement journalistes Bell Média Montréal et Montérégie.