Couvre-feu et nouvelles mesures sanitaires reçoivent un accueil mitigé

élèves école

Les réactions aux nouvelles mesures annoncées hier par le gouvernement Legault sont mitigées. Les enseignants saluent le retour à l'école, mais demandent plus de mesures, alors que les élus des régions éloignées déplorent le mur-à-mur du couvre-feu de quatre semaines. Tour d'horizon.

 

RETOUR À L'ÉCOLE

Les syndicats d'enseignants se réjouissent du retour à l'école dans les deux prochaines semaines. Les élèves du primaire reprendront les cours en présentiel le 11 janvier comme prévu, et ceux du secondaire, le 18 janvier, selon le modèle hybride d'avant le congé des Fêtes.

Ils demandent toutefois au gouvernement de mieux anticiper la situation lorsque possible, pour permettre aux profs de planifier en conséquence.

La Fédération autonome de l'enseignement (FAE) demande depuis des mois des précisions sur les évaluations et les savoirs essentiels à transmettre, en vain. Son président, Sylvain Mallette, craint une multiplication des échecs, surtout chez les étudiants en difficulté.

« Dès le printemps dernier, on a interpellé le ministre pour qu'il travaille sur les programmes et qu'il identifie les savoirs essentiels et qu'on convienne de ce qu'on était pour évaluer. En octobre, on a proposé des solutions parce qu'on doit rattraper des retards que certains élèves ont accumulés. On est en janvier et il n'y a rien de fait. [...] Il y aura des échecs. À partir du moment où on dit aux profs, faites comme s'il n'y avait pas de pandémie et enseignez tous les contenus, il ne faut pas s'étonner. »

- Sylvain Mallette, président FAE

La FAE proposait notamment qu'au primaire, le temps normalement consacré à l'enseignement de cours comme éthique et culture religieuse soit utilisé pour faire de la récupération. Le syndicat aimerait aussi un accès prioritaire à la vaccination pour les enseignants des classes spécialisées, pour qui la distanciation avec les élèves est parfois plus compliquée en raison de leurs besoins, si des doses sont disponibles.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ajoute qu'il faudrait des mesures pour garantir la qualité de l'air dans les établissements, vu que la COVID-19 se transmet beaucoup par aérosols.

« On a besoin de tout sauf de l'improvisation de la part du ministre de l'Éducation. Le masque, c'est une mesure, mais il faut de l'aération. Est-ce qu'on a besoin de purificateurs d'air? On a besoin de transparence. »

- Sonia Éthier, présidente CSQ

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, présentera demain un état des lieux sur la ventilation. Il doit également dévoiler son plan pour soutenir les élèves et le personnel dans leur retour en classe.

 

PETITE ENFANCE

De son côté, la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ) exige aussi un accès prioritaire au vaccin pour ses éducatrices, alors que les services de garde demeurent ouverts.

Le syndicat indique que ses membres sont épuisés par la surcharge de travail, en plus d'avoir à composer avec une hausse des cas de COVID-19.

La FIPEQ a de multiples autres demandes, comme un recensement officiel des cas, des masques conformes et une prime COVID pour les intervenantes.

 

DES ÉLUS DÉÇUS

Sur la scène politique, le député péquiste de Matane-Matapédia est déçu de la décision du gouvernement Legault d'appliquer ses nouvelles consignes dans l'ensemble du Québec.

Pascal Bérubé comprend la frustration de plusieurs résidents du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie, de la Côte-Nord et de l'Abitibi-Témiscamingue, où le nombre de cas de COVID-19 est faible.

Il croit que les efforts des gens des régions pour contrôler la pandémie ne sont pas vraiment reconnus et déplore un manque de cohérence dans les décisions.

« Ça prenait une approche qui tient compte des réalités régionales. Le gouvernement a voulu appliquer les mêmes mesures partout. Il faudra vivre avec. [...] C'est très difficile d'expliquer à des gens qu'ils ne peuvent pas visiter leurs proches qui sont parfois dans la même ville, mais qu'ils peuvent voir tous les proches qu'ils veulent en Floride... »

- Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia

Le député proposait également des contrôles routiers à l'entrée ouest du Bas-Saint-Laurent, une option qui n'a pas été retenue par les autres élus.

Le maire de Rimouski réagit de manière plus nuancée et appelle plutôt à la solidarité.

Marc Parent se réjouit également que le gouvernement Legault ait choisi de briser les possibilités de rassemblements en imposant un couvre-feu, plutôt que de s’attaquer à l’éducation ou aux activités économiques.

« Au Bas-Saint-Laurent, on est en train de reprendre le dessus, mais le fait que c'est une ligne directrice pour la totalité du territoire québécois, c'est plus facile à comprendre. Je pense qu'on est tous dans le même bateau et qu'on doit se serrer les coudes. »

- Marc Parent, maire de Rimouski

 

AUTRES RÉACTIONS

Parmi les autres réactions, l'Association de la construction du Québec et Manufacturiers et Exportateurs du Québec sont pour leur part soulagés que leurs activités puissent se poursuivre, sans quoi l'économie en aurait souffert, selon eux.

Le Conseil canadien du commerce de détail, lui, se réjouit de la permission de la collecte en bordure de rue pour les commerces non essentiels, qui encouragera l'achat local.

Enfin, à Montréal, la Société de transport de Montréal (STM) reverra son offre de service avec l'annonce du couvre-feu, mais promet que les travailleurs essentiels pourront continuer d'utiliser le transport en commun entre 20h et 5h le matin.

 

- Avec la collaboration de Martin Brassard, journaliste Bell Média Rimouski