Des touristes veulent être vaccinés contre la variole simienne à Montréal

Brian Maci (de dos) était l'un des nombreux New-Yorkais à vouloir une dose dans une clinique extérieure installée dans le Village gai de Montréal. (Graham Hughes | La Presse canadienne)

Des touristes se sont placés dans une file d'attente dans l'espoir d'obtenir une dose de vaccin contre la variole simienne à Montréal.

Brian Maci était l'un des nombreux New-Yorkais à vouloir une dose dans une clinique extérieure installée dans le Village gai de Montréal. L'homme, qui passait déjà ses vacances dans la Métropole, a tenté sa chance parce qu'il avait été incapable d'obtenir un rendez-vous chez lui.

«C'est comme tenter d'acheter des billets pour un concert», explique M. Maci en parlant du processus à New York pour obtenir un vaccin.

DOSSIER | Variole simienne

À New York, il a tenté d'obtenir un rendez-vous par internet dès que le processus s'est ouvert. Après plusieurs tentatives, il a appris qu'il n'y en avait plus de disponible.

Une fois à Montréal, alors qu'il assistait à un spectacle de drag-queens, il a entendu un avis annonçant que des vaccins étaient disponibles dans la Métropole, y compris pour des touristes.

Un couple de vacanciers new-yorkais a raconté une histoire semblable sur la difficulté d'obtenir un rendez-vous dans la Grosse Pomme.

«J'ai tenté de m'inscrire, mais j'ai été expulsé du système cinq ou six fois avant d'apprendre qu'il n'y en avait plus de rendez-vous disponible, mentionne Brad qui refuse de donner son nom de famille. Nous avons été capables de venir ici et obtenir un vaccin sans obtenir de rendez-vous. Le service a été incroyable.»

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La Ville de Montréal offre le vaccin à tous hommes ayant eu des relations sexuelles avec d'autres hommes ainsi qu'à ceux qui ont été exposés à la maladie.

Samedi, une dizaine de travailleurs de la santé s'affairaient sous des tentes rose et bleues installées sur la rue Sainte-Catherine. Ils renseignaient ceux qui s'y arrêtaient pour s'informer sur le vaccin. On demandait aux résidants québécois leur carte d'assurance-maladie et aux touristes une pièce d'identité.

Le Dr Michael Libman, un expert en maladies infectieuses de l'Université McGill, dit que d'offrir aussi le vaccin à des touristes est totalement logique. Il juge que c'est la bonne méthode pour arrêter la propagation de la variole simienne. «Le principal problème n'est pas la propagation locale, ce sont les gens qui propagent la maladie de ville en ville.»

Urgence de santé publique

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale en raison de la propagation de la maladie sur la surface du globe. La maladie est actuellement présente dans plus de 70 pays.

Cette désignation d'urgence de santé publique constitue le plus haut niveau d'alerte de l'OMS, mais cela ne veut pas nécessairement dire que la maladie concernée est très contagieuse ou mortelle.

Des désignations semblables ont été accolées au virus du Zika en Amérique latine en 2016; aux efforts pour éradiquer la polio; à l'actuelle pandémie de COVID-19; et à l'apparition du virus Ebola en 2014 en Afrique de l'Ouest.

Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a pris la décision de déclarer l'urgence de santé publique malgré l'absence de consensus parmi les experts de son comité d'urgence. Il dit avoir agi comme arbitre pour trancher dans un débat partagé. C'est la première fois qu'un patron de l'OMS prend une telle décision sans l'appui explicite d'un comité d'experts.

Bien que la variole simienne soit présente dans certaines régions de l'Afrique centrale et de l'Afrique de l'Ouest depuis des décennies, elle s'est maintenant répandue bien au-delà du continent et affecte beaucoup plus de gens depuis le début de l'éclosion en mai dernier.

Les autorités de santé ont détecté des dizaines de foyers épidémiques en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs sur la planète.

Au Canada, on recensait 681 cas confirmés de variole simienne en date de vendredi, dont 331 au Québec, selon les données de l'Agence de santé publique du Canada. Les cas ont doublé depuis le 1er juillet et l'on a recensé une première infection chez une femme et un premier cas en Saskatchewan.

Le gouvernement du Québec a indiqué par courriel, vendredi, que la variole simienne demeure «relativement contrôlée» malgré la croissance du nombre de cas.

La province a dit ne pas connaître le nombre exact de doses, sur les 13 000 doses de vaccin administrées, qui ont été injectées à des touristes.

Pour le Dr Libman, la déclaration de l'OMS se veut un appel à passer à l'action pour les gouvernements afin d'endiguer l'épidémie.

Il précise que si la maladie s'est principalement transmise parmi des hommes ayant eu des relations sexuelles avec d'autres hommes, tout le monde peut l'attraper en ayant un contact prolongé avec une personnes infectée. Des gouttelettes respiratoires, des contacts avec des lésions cutanées, des fluides corporels ou même des vêtements ou des draps infectés pourraient mener à une contamination.

La plupart des hommes qui attendaient de recevoir un vaccin ne se disaient pas inquiets.

«Pour moi, c'est plus une question de prévention, mais on ne sait jamais», dit Mario Thouin, un résidant de Drummondville.

Isaiah Hagerman hésitait à se faire vacciner, mais l'annonce de l'OMS l'a convaincu d'aller de l'avant. «Si quelqu'un avait tenté de me donner une brochure, il y a une semaine, je n'y aurais même pas porté attention.»