Drame familial à Pointe-aux-Trembles: début d'une enquête publique

(Graham Hughes | La Presse canadienne)

La coroner en chef, Me Pascale Descary, a ordonné une enquête publique portant sur les décès de Dahia Khellaf et de ses deux enfants Adam et Aksil, ainsi que de son mari Nabil Yssaad, survenus en décembre 2019 à Pointe-aux-Trembles.

La mère et les enfants auraient été victimes d'un «familicide» dans un contexte de violence conjugale. Cette enquête permettrait de mettre en lumière les circonstances de ces quatre décès.

Le coroner Me Alain Manseau a remis son rapport sur l'enquête de ces décès mardi.

Le 10 décembre 2019, M. Nabil Yssaad s'est suicidé dans un lieu public à Saint-Charles-Borromée. Le coroner a envoyé le Service de police de la Ville de Montréal, via la Sûreté du Québec de Joliette, pour annoncer le décès à la famille. Sans réponse de leur part, des policiers sont finalement entrés dans la maison de l'épouse de la victime, Dahia Khellaf, le lendemain.

Sur place, ils ont découvert «dans le lit de la chambre des maîtres, sous une couverture, le corps inerte et sans vie de Mme Khellaf» et les corps «inertes et sans vie» de ses deux jeunes enfants à ses côtés.

Dans son rapport, le coroner Me Manseau indique que Mme Khellaf et ses enfants «sont probablement assassinés pendant leur sommeil tard le soir du 9 décembre 2019 ou dans la nuit du 10 décembre et dans un intervalle rapproché». Il n'y a eu aucune trace d'effraction, de bagarre ou de marque de défense sur les corps. Ils auraient été étranglés par des fils de branchement d'appareils électriques. Il a ajouté que les corps ont été «disposés minutieusement et de façon théâtrale dans le même lit après leur assassinat».

Le père se serait suicidé après avoir commis ces trois meurtres. Rappelons qu'il avait perdu la garde de ses enfants quelques jours auparavant et avait déjà proféré des menaces de mort envers sa femme à plusieurs reprises. 

Un drame qui a échappé à la société 

Victime de la violence de son mari et le soupçonnant d'être atteint de troubles mentaux, Mme Khellaf essayé de faire de nombreuses démarches auprès de spécialistes, médecins, policiers et au système judiciaire pour l'arrêter et le soigner.

«Cette femme a fait confiance à un médecin, aux policiers, à un intervenant, à un thérapeute, à des procureurs, à un civiliste et à des juges pour la protéger et la sortir du cycle de violence conjugale, mais … c’est toute la société qui a échoué à protéger cette femme et sa famille. Ce n’est point la faute des intervenants, car le système n’est pas fait pour empêcher une telle tragédie. C’est donc l’affaire de toute la société et c’est à elle qu’il appartient de se donner les outils nécessaires pour endiguer le fléau de la violence conjugale homicide», a écrit le coroner dans son rapport.

Il estime que ce familicide soulève un problème sociétal et un manque de coordination entre les différentes équipes pour traiter des cas de violence conjugale.

«Ce familicide met en lumière l’inadéquation de l’intervention «en silo» des divers intervenants en matière de violence conjugale. [...] Pour constituer un véritable filet de protection ou de sécurité pour une victime de violence conjugale, il faut instaurer une concertation dans les interventions où chaque maillon est lié aux autres dans le respect de leurs pouvoirs et mission», a mentionné Me Manseau.

D'ailleurs, il a fait quelques recommandations auprès des diverses institutions pour agir plus rapidement et protéger les personnes victimes.

La réaction du DPCP

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui participe «activement» à la création d'un tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et conjugale, a notamment réagi à ce rapport alarmant.

«Nous ne cessons de faire évoluer nos pratiques et de bonifier la formation de nos procureurs dans la recherche d'un équilibre délicat entre la protection des victimes, le respect de leurs besoins et la compréhension de leur situation. [...] Ce rapport ne doit pas tenir nos efforts et ceux de nos partenaires pour améliorer le sort des victimes de violence conjugale alors que des victimes prennent publiquement la parole à visage découvert pour en encourager d'autres à s'engager sur le parcours judiciaire, soulignant d'ailleurs le soutien et l'accompagnement offerts par nos procureurs», a déclaré Me Patrick Michel.

Le DPCP estime que «les interventions et les vérifications requises auprès de la victime, ainsi que le traitement judiciaire du dossier ont été faits dans le respect de leurs directives et du droit applicable».

Me Descary va désigner un coroner enquêteur pour s'occuper des audiences et de l'enquête en général.