Gilbert Rozon est reconnu non coupable de viol et d'attentat à la pudeur

GILBERT ROZON

Gilbert Rozon est reconnu non coupable des accusations de viol et d'attentat à la pudeur qui pesaient contre lui au terme de son procès au Palais de justice de Montréal.

La juge Mélanie Hébert de la Cour du Québec a lu sa décision pendant plus d'une heure. Elle a indiqué que l'acquittement du fondateur de Juste pour rire ne signifie pas qu'elle n'a pas cru la plaignante, mais plutôt que la version de Gilbert Rozon a soulevé un doute raisonnable, même si elle est moins plausible.

Les événements qui étaient reprochés à Gilbert Rozon remontaient aux années 1980 dans les Laurentides.

Le tribunal a aussi affirmé que le témoignage de la plaignante était crédible et sans contradictions, malgré ses trous de mémoire. 

Durant le procès, la présumée victime et Rozon avaient présenté deux versions complètement contradictoires.

Par ailleurs, la plaignante a demandé au tribunal de lever l'ordonnance de non-publication sur son identité. On peut maintenant vous dévoiler qu'il s'agit d'Annick Charette, âgée de 60 ans. Elle parle d'un jour sombre pour toutes les victimes d'agressions sexuelles au Québec.

« Le mardi 15 décembre restera un jour sombre pour toutes les victimes d’agression sexuelle au Québec. Je suis un autre exemple des limites du système de justice en matière de violences sexuelles. 

Je déplore profondément que les mythes et les stéréotypes d’une autre époque, qui ont largement étayé les arguments de la défense, aient pu trouver écho auprès de la cour. C’est un message bien négatif qu’envoie la justice aux victimes.

Un autre de mes constats aura été que le système judiciaire actuel ne met pas les victimes d’abus à caractère sexuel et leur bien-être au cœur de ses démarches. L’encourageant vent de changement que l’on ressent dans notre société ne se traduit malheureusement pas encore dans le parcours d’une victime dans le système de justice.

Ce système établit des attentes élevées au chapitre de la performance de la victime à travers le processus, et surtout à travers son premier témoignage. Il est indéniablement nécessaire que les victimes soient mieux accompagnées et informées, et ce, même avant de faire une première déclaration à la police. Les ressources financières et humaines manquent au sein des organismes de terrain comme le réseau des CAVAC et Juripop qui font un travail capital.

Bien que je sois reconnaissante que les inspecteurs et procureurs qui m’ont accompagnée tout au long de cette croisade l’aient fait avec beaucoup de sollicitude, ce processus représente une tempête dans un univers inconnu qui ravive les traumatismes vécus et génère un fort sentiment d’impuissance. Plus que jamais aujourd’hui, j’ai espoir que d’autres options seront bientôt offertes aux victimes pour les aider dans leur processus de guérison, que ce soit par la médiation, la thérapie, la justice réparatrice ou la création d’un tribunal spécialisé.

En ce qui a trait aux milieux de la culture et des médias, ils doivent impérativement continuer l’important examen de conscience entamé. Les mentalités et les façons de faire doivent encore évoluer pour s’assurer d’offrir à tous ses travailleurs un milieu de travail sécuritaire, sans harcèlement ni violence. Ayant travaillé toute ma carrière dans ces milieux et aujourd’hui, en tant que secrétaire générale de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC), je ne peux que constater que cette bataille n’est pas encore gagnée.

Je tiens à remercier la FNCC, en particulier sa présidente Pascale St-Onge, et Télé-Québec pour leur soutien indéfectible dans ce long parcours et je salue le cran des Courageuses qui, en dénonçant publiquement, ont amené des centaines de victimes à libérer leur parole. Elles m’auront permis d’aller jusqu’au bout.

Finalement, à toutes les victimes, j’aimerais vous dire ceci ; n’ayez pas honte. La culpabilité que vous ressentez ne vous appartient pas. Malgré la déception d’aujourd’hui, je vous invite à dénoncer, peut-être qu’ainsi, les choses commenceront à changer. »

Au début de 2020, la Cour d'appel du Québec avait donné raison, dans une décision partagée, au Fondateur de Juste pour rire et a rejeté la demande d'action collective intentée par les Courageuses. La vingtaine de femmes, dont la comédienne Patricia Tulasne, réclamaient jusqu'à 10 millions de dollars à celui qu'elles accusent d'être un prédateur sexuel.