La conférence de Montréal sur le sida se termine sur une note positive

Plus de 9000 personnes devaient y assister en personne, et 2000 autres se sont inscrites pour participer en ligne. (Graham Hughes | La Presse canadienne)

L'organisateur montréalais de la 24e conférence internationale sur le sida affirme que l'événement a contribué à mettre en évidence les énormes progrès réalisés dans la recherche sur le VIH et les technologies de traitement.

Le docteur Jean-Pierre Routy, président local de la conférence internationale, estime que la plus grande percée de cette 24e édition aura été la recherche qui montre qu'une seule injection d'un médicament antirétroviral de longue durée peut empêcher les gens de contracter une infection par le VIH pendant deux mois, plutôt que de prendre des comprimés tous les jours.

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D'autres recherches présentées durant la conférence de cinq jours, qui a pris fin mardi, démontrent qu'une cure est possible pour guérir le VIH et que des progrès ont été faits en ce sens, bien que ceux-ci prennent du temps, a souligné M. Routy.

«Les avancées dans la connaissance sont énormes, a-t-il mentionné en entrevue mardi. Elles n'ont pas mené à des traitements aujourd'hui, mais on s'approche.»

Alors que l'événement tirait à sa fin, les conférenciers ont souvent fait référence aux problèmes de visa et aux refus d'entrer au Canada qui ont empêché des centaines de délégués d'assister à la conférence de Montréal, incluant des employés de l'International AIDS Society, l'organisme qui rassemble les experts mondiaux du SIDA et qui organisait la conférence.

Le professeur Routy s'est dit «déçu» du gouvernement du Canada, mais il s'est tout de même réjoui que des personnes de 172 pays étaient présentes à l'événement. Une majorité de participants provenait de pays en développement.

Mais Tinashe Rufurwadzo, directeur des programmes, de la gestion et de la gouvernance chez «Y+ Global», une organisation internationale de jeunes séropositifs, dresse un bilan doux-amer de cette conférence «AIDS 2022».

Il admet que les participants ont pu avoir des rencontres qui n'auraient peut-être pas été possibles autrement, comme avec des représentants du gouvernement et des dirigeants pharmaceutiques. Mais il déplore que de nombreuses voix n'aient pas été entendues à cause des problèmes de visas.

Plus de 9000 personnes devaient y assister en personne, et 2000 autres se sont inscrites pour participer en ligne.

Ceux qui étaient sur place ont pu rencontrer des représentants gouvernementaux et des dirigeants d'entreprises pharmaceutiques, des contacts qui sont autrement presque impossibles pour les jeunes militants.

«Le seul endroit où l'on peut les rejoindre c'est ici, quand ont prend un café après les séances. C'est là que les gens sont facilement accessibles», observe M. Rufurwadzo.

Pour ce qui est des participants en ligne, même si l'événement se déroulait en formule hybride l'accès n'était pas évident pour tout le monde. M. Rufurwadzo fait remarquer que le coût prohibitif des données dans plusieurs pays d'Afrique ne permet pas à tout le monde de participer pleinement aux échanges.

Faire bouger le Canada

Jean-Pierre Routy tient aussi à mentionner que la conférence a permis de faire pression sur le Canada pour faire bouger les choses.

Lundi, le gouvernement fédéral a annoncé un engagement de 17,9 millions $ pour améliorer l'accès à des tests d'autodépistage du VIH dans les régions éloignées et parmi les communautés difficilement accessibles.

«Cet argent est bienvenu et il va directement vers les faiblesses de notre système. C'est un bel effort du Canada, même si cela survient un peu tard, a commenté M. Routy. Ce qui compte, c'est que les choses changent et que cette conférence mène à des changements de mentalité.»

Environ la moitié de la somme promise par Ottawa sera dédiée à la distribution de tests d'autodépistage. Comme les gens qui connaissent leur statut infectieux peuvent avoir accès à des traitements pour se protéger et pour prévenir la transmission du virus à leurs partenaires, il s'agit d'un pas dans la bonne direction.

D'autres intervenants auprès des personnes atteintes du VIH s'interrogent sur la manière dont les trousses de dépistage seront distribuées. Ils s'inquiètent aussi du soutien qui sera offert aux personnes qui obtiendront un résultat positif. La charge émotive d'une telle nouvelle peut être particulièrement lourde à supporter.

Ils espèrent aussi voir le dépistage du VIH devenir une pratique normalisée. Plusieurs craignent que des jeunes se voient montrer la porte par leurs parents si ceux-ci découvrent qu'ils ont en leur possession une trousse d'autodépistage.

Des manifestants présents pour le mot de clôture du ministre fédéral de la Santé Jean-Yves Duclos ont d'ailleurs critiqué le manque de financement pour les soins de suivi.

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