La Ville de Repentigny devra payer 38 400$ pour profilage racial

La Ville de Repentigny doit payer 38 400$ à un résident victime de profilage racial. C'est le montant fixé par la Commission des droits de la personnnes et des droits de la jeunesse (CDPDJ) pour dédommager Leslie Blot.

Le 22 juillet 2017, l'homme noir gonflait des jeux devant chez lui en vue d'une fête de famille. M. Blot était assis sur le siège passager d'un véhicule lorsqu'il a été interpelé par deux policiers municipaux. Après plusieurs passages, les patrouilleurs ont jugé que la «plaque ne venait pas d'ici». La voiture était immatriculée à Laval.

M. Blot, habitué à des interpellations abusives, filme la scène avec son cellulaire (voir vidéo ci-jointe). Comme il proteste, les patrouilleurs procèdent à son arrestation, tout en lui foulant une cheville en enfilant les menottes. La policière réussit finalement à s'emparer de l'appareil pour effacer les preuves vidéo, mais celles-ci ont été automatiquement sauvegardées dans le nuage informatique de l'appareil. 

«Fort heureusement que nous avions ces preuves. Sans cela, il aurait été plus compliqué de prouver l'intervention policière abusive» 

Fo Niemi, directeur général du CRARR

Les quatre constats d'infraction que M. Blot a reçu ont finalement été annulés en août 2018. Il n'a pas eu à défrayer les quelque 750 $ pour ne pas avoir fourni les papiers d'assurances, son certificat d'immatriculation et ses pièces d'identité en plus d'avoir injurié un policier. 

La CDPDJ a conclu au profilage racial à la suite de la plainte déposée par le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR).  Le règlement propose à la Ville et aux agents un dédommagement matériel, moral et punitif pour atteinte aux droits de M. Blot.  Plusieurs mesures correctives et préventives sont également suggérées, dont une formation, un registre des données concernant les personnes interpellées ainsi qu'une politique sur la saisie de téléphones cellulaires et de caméras. 

Repentigny a jusqu'au 16 juillet pour accepter ces propositions. Si la Ville les rejette, le dossier sera transféré au Tribunal des droits de la personne.  Comme le règlement est toujours en cours d'analyse, la municipalité s'est refusée à tout commentaire.

Un autre

Il s'agit du quatrième dossier de profilage mené par le CRARR contre Repentigny, en cours. 

«Le message aux résidents et dirigeants de Repentigny est simple: la facture monte, car
le profilage racial est non seulement illégal, mais aussi coûteux. Si on tient compte seulement des frais d'avocat et judiciaires
pour ces cas devant le Tribunal, on parle facilement d'un quart de million de dollars d'ici
trois ans, sans compter d'autres décisions à venir»

Fo Niemi, directeur général du CRARR

Le CRARR s'occupe actuellement de neuf autres plaintes de profilage racial déposées au nom de jeunes noirs qui ont fait l'objet de nombreuses interpellations policières dans cette
municipalité. Souvent, les administrations municipales et les services de police se tournent vers le Tribunal afin d'éventuellement voir leur dossier rejeté à cause des délais.

Dans le cas de M. Blot, la cause pourrait être entendue en 2022.