Le sénateur Boisvenu s'oppose au changement de nom des criminels

Pierre-Hugues Boisvenu

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu veut interdire les changements de nom pour les criminels reconnus coupables de crimes violents.

 

Il reprend son combat à cet égard à la suite de la récente libération conditionnelle de l’assassin de Shanna Poissant, tuée en 2005 à Hemmingford, en Montérégie.

Kurt Lauder a changé de nom pour Viktor Alexander Vaderstrom durant son incarcération. Il était inscrit à vie au registre des criminels que possèdent les policiers (le Centre de renseignements policiers du Québec), mais son nouveau nom ne l’est pas, ce que déplore le sénateur.

Pierre-Hugues Boisvenu, dont la fille Julie a été assassinée par un criminel récidiviste en 2002 en Estrie, estime que changer d’identité est un privilège qui ne doit pas primer sur la sécurité des gens.

« Cet individu-là pourrait, demain matin, être en bris de probation. Les policiers, avec le nouveau nom avec lequel il se présenterait, ce serait une page vierge dans le registre des crimes commis au Canada, parce qu’il a changé de nom. Lorsqu’on permet à un criminel de changer de nom, on met la société en danger. C’est une façon pour ces gens-là de se camoufler dans l’anonymat dans la société et souvent, c’est dans ces circonstances-là qu’ils vont récidiver. »

- Pierre-Hugues Boisvenu, sénateur

Il relancera le Directeur de l'état civil pour qu’une disposition soit ajoutée parmi les raisons d'un refus de changement de nom. Le sénateur prévoit envoyer sa lettre demain.

Réduire les violences conjugales

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu a plusieurs projets pour 2021. Il déposera notamment, en mars prochain, un projet de loi privé pour réduire la violence familiale et les meurtres au Canada.

Il souhaite que les sentences soient plus sévères et plus longues envers ces criminels, pour inciter les femmes à dénoncer.

De plus, en étant envoyés dans une prison fédérale plutôt que provinciale, les coupables auraient accès à des programmes d’aide et auraient un meilleur espoir de réhabilitation à leur sortie, a-t-il ajouté en entrevue.

« J’ai un problème à envoyer des gens dans une prison où il n’y a aucune mesure de réhabilitation, pour moi, c’est carrément des efforts perdus. Il faut donner des sentences plus longues parce que lorsque vous envoyez un criminel dans un pénitencier fédéral, il a droit à des services, il a droit à des programmes, il y a des évaluations de son niveau de dangerosité, ce qu’on ne fait pas quand on envoie des individus dans les prisons. Là, il n’y a presque aucun programme. »

- Pierre-Hugues Boisvenu

L’ordonnance de garder la paix sera aussi plus sévère dans les cas de violence conjugale, si le projet de loi est adopté. Le sénateur veut aussi introduire le bracelet électronique pour les accusés et les coupables, ce que Québec serait ouvert à faire, mais juste pour les coupables.

Depuis juin 2019, la loi a été modifiée pour renverser le fardeau de la preuve pour les conjoints ou ex-conjoints violents récidivistes. Dorénavant, ces derniers doivent prouver qu’ils ne sont plus dangereux s’ils veulent retrouver leur liberté, plutôt que ce soit à la Couronne de le faire.

Le sénateur Boisvenu souhaite une nouvelle modification comme il l’avait proposée à l’époque, pour que le fardeau soit renversé pour tous les conjoints ou ex-conjoints violents, récidivistes ou non aux yeux de la justice.

« Il faut reconnaître dans tous les cas, lorsqu’il y a une dénonciation, qu’on est face à un récidiviste. Lorsqu’une femme dénonce son conjoint ou ex-conjoint, elle le dénonce après multiples épisodes, pas après le premier épisode de violence. Il faut donc que dans tous les cas, l’individu doive faire la preuve qu’il n’est pas dangereux, sans quoi il demeure incarcéré. C’est souvent entre la dénonciation et le procès ou l’enquête préliminaire que le conjoint va assassiner sa conjointe, c’est ce qu’on constate selon les statistiques. »

- Sénateur Boisvenu

Enfin, selon le projet de loi, si le juge estime qu’un individu coupable d’une première infraction a un fort potentiel de réhabilitation, il pourrait être envoyé un an en thérapie plutôt qu’en prison.

Le document est actuellement en rédaction, avec la collaboration d'une dizaine de femmes qui ont presque toutes été victimes de tentatives de meurtres. Une centaine d'autres ont été consultées.

Huit des 10 ministres provinciaux de la Justice, dont Simon Jolin-Barrette au Québec, ont été consultés et seraient en faveur du projet de loi, selon le sénateur.

Une pétition nationale sur la question doit être déposée au même moment que le projet de loi, possiblement autour de la Journée internationale des femmes, le 8 mars.

Pour la réhabilitation, mais pas à tout prix

Malgré ce que certains pourraient croire, Pierre-Hugues Boisvenu assure croire en la réhabilitation des criminels, mais un peu moins quand il s’agit de multirécidivistes ou d’auteurs de violences sexuelles ou de meurtres.

Le meurtrier de sa fille Julie, Hugo Bernier, sera admissible à faire une demande de libération conditionnelle en 2022, après 20 ans de détention. Selon les informations qu’il a recueillies, le sénateur estime qu’il a peu progressé et que son potentiel de réhabilitation est mince.

«  Je suis informé tous les six mois de son attitude en prison. Au moment où je vous parle, ce n’est pas un individu qui représente beaucoup de potentiel de réhabilitation. Il n’a presque pas suivi de programmes, les programmes qu’il a suivis, il les a tous échoués. J’ai l’information privilégiée qu’il s’adonne encore à des attitudes criminogènes en prison. Son attitude me laisse croire qu’il n’a pas progressé beaucoup. »

- Pierre-Hugues Boisvenu

Monsieur Boisvenu compte bien participer à l’audience et s’opposer à sa demande de libération s’il juge qu’il n’est pas complètement réhabilité. «  Mon seul souci, s’il fait cette demande-là, c’est de m’assurer qu’il n’y ait pas d’autres Julie Boisvenu, » conclut-il.