Parcs Canada et des manifestants coopèrent pour sensibiliser à l'itinérance

(Fred Thornhill | La Presse canadienne)

Alors que Parcs Canada entamait samedi son activité d'initiation au camping sur les rives du canal Lachine, sur la berge des Coursiers, des manifestants érigeaient leurs propres tentes juste à côté pour protester contre le démantèlement des campements de personnes en situation d'itinérance par la Ville de Montréal.

La relation entre Parcs Canada et les manifestants, née sous forme de conflit, existe pourtant maintenant sous le signe de la coopération.

«Quand nous avons vu l'activité de Parcs Canada, nous avons vraiment trouvé ça ironique, parce que si tu paies pour une activité, là c'est correct de camper, donc c'est vraiment selon ta classe sociale», a expliqué l'organisatrice de l'événement «Initiation à la solidarité» et intervenante de proximité en itinérance, Annie Archambault.

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«Nous avons nous-même des personnes en situation d'itinérance sur le terrain de Parcs Canada, donc nous avons décidé de saisir l'occasion pour partager un espace au dialogue, un espace aussi d'éducation, de sensibilisation par rapport aux réalités vécues par les personnes en situation d'itinérance», a affirmé le chef d'équipe à l'expérience du visiteur pour Parcs Canada et responsable du programme d'initiation au plein air montréalais, Simon Saint-Germain, dans une entrevue conjointe avec Mme Archambault.

Finalement, «nous nous sommes alliés pour la journée: Parcs Canada nous prête son terrain, nous fourni de l'eau, nous avons une toilette», a indiqué celle-ci. De plus, une activité de sensibilisation aura lieu en soirée, autour d'un feu de camp.

Déjà, en début d'après-midi, une demi-douzaine de manifestants commençaient à ériger leurs tentes, mais d'autres sont attendus en soirée. Du côté de l'activité de plein air, on attend une quinzaine de tentes, soit une soixantaine de personnes.

Au début de juillet, Parcs Canada avait annulé une première activité en raison de critiques provenant du milieu communautaire.

M. Saint-Germain a toutefois fait valoir qu'«il faut faire deux poids, deux mesures» quand on compare l'initiation au plein air à la réalité des personnes en situation d'itinérance, comme «ce qu'on offre, c'est vraiment une occasion très ponctuelle [...] ce n'est pas une offre d'hébergement». Le 108 $ par tente que coûte la participation à l'événement couvre aussi des activités d'initiation

à la pêche, au kayak et au yoga, ainsi qu'un déjeuner.

L'activité a eu chaque été lieu depuis 2011, sauf durant les deux dernières années, à cause de la pandémie de COVID-19.

La Ville interpellée

Cela fait plusieurs fois que Montréal procède au démantèlement de campements de fortune, notamment pour contrer des risques d'incendie. Le 13 juillet, un tel campement avait été démantelé sur la rue Notre-Dame.

La semaine dernière, la municipalité avait publié une offre d'emploi pour un «agent de liaison en itinérance» dont le mandat «consiste à coordonner les actions à prendre lors d'éviction ou de démantèlement des abris temporaires, campement et tente sur le domaine public et privé», tout en redirigeant les campeurs vers des organismes de soutien. Cette annonce avait été critiquée par plusieurs intervenants du milieu communautaire.

Mme Archambault, a fait valoir que «le communautaire demande depuis longtemps un terrain vacant avec intervenants sur les lieux et que tout soit sécuritaire, et ça a toujours été refusé (...) mais le plus important, c'est l'accès au logement, l'accès aux logements sociaux, aux logements subventionnés».

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En attendant, elle a appelé à la tolérance envers les campeurs, comme «c'est très souvent des gens qui attendent tout simplement un logement».

Dans une réaction transmise par courriel, le relationniste de la Ville de Montréal Gonzalo Nunez affirme que l'administration municipale «a déployé des mesures sans précédent pour soutenir la population en situation d'itinérance».

Il ajoute que pour la Ville, «les campements ne sont pas une solution durable ni sécuritaire pour répondre aux enjeux de l'itinérance» parce qu'ils entraînent de trop grands risques, surtout en matière d'incendie.

D'après M. Nunez, la Ville offre du soutien technique aux organismes, mais l'enjeu de l'itinérance et de l'hébergement d'urgence relève du gouvernement du Québec. Montréal dit chercher des solutions «pérennes» en matière de logement et de services aux personnes en situation d'itinérance.