PROFILAGE: Les interpellations policières mieux encadrées par Québec

Police

Le ministère de la Sécurité publique encadre davantage les interpellations policières afin de s'assurer qu'elles ne soient « pas aléatoires, sans fondement, et qu'elles soient exemptes de motifs discriminatoires ». Des balises à cet effet ont été ajoutées dans le Guide des pratiques policières afin de contrer le profilage racial au sein de tous les corps policiers, mais c'est insuffisant, selon la Ligue des droits et libertés.

 

Québec a souligné hier, en dévoilant ces nouvelles balises par voie de communiqué, que ces interpellations demeurent «essentielles» pour le maintien de la sécurité publique. Il est toutefois spécifié qu'elles doivent « reposer sur des faits observables ou des informations qui fournissent au policier une raison pour intervenir auprès d'un citoyen ».

« L'intervention policière, qu'il s'agisse d'une interpellation ou d'une interception de véhicule aux fins de l'application du Code de la sécurité routière, doit se faire dans le respect du pluralisme et être exempte de toute forme de discrimination, » indique le MSP dans son communiqué.

Ces interpellations sont donc à propos dans le cadre de l'assistance d'une personne dans le besoin, de a prévention du crime ou des infractions et de l'identification d'une personne recherchée, notamment.

L'annonce est accueillie assez froidement par la Ligue des droits et libertés, qui lutte contre le profilage racial.

« L'avenue qui semble être privilégiée en ce moment par le ministère, et ça c'est sans consultation publique, c'est de tenter d'encadrer une pratique illégale et discriminatoire alors que ce qui est recommandé par la Commission des droits, c'est de l'interdire. »

- Lynda Khelil, porte-parole de la Ligue

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est allé plus loin dans sa propre politique sur les interpellations policières, dévoilée en juillet dernier pour remédier au profilage racial. Cet outil a été créé à la suite de la publication d’un rapport l'automne dernier démontrant des «biais systémiques» au sein du service. Les policiers devront notamment contextualiser le motif de leur intervention et recevront de la formation.

Peu de candidats des minorités

Ces nouvelles balises représentent un pas dans la bonne direction, mais il n'en demeure pas moins que les minorités ethnoculturelles sont encore sous-représentées au sein des corps policiers du Québec, malgré les efforts de plusieurs pour changer la donne.

Au Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu par exemple, seulement 6 % des policiers proviennent de ces minorités, soit une dizaine d'agents sur 155. Ils représentent toutefois neuf communautés différentes, dont autochtone, Haïtienne, Marocaine et Italienne, notamment.

C'est tout de même une fierté pour le directeur du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu, André Fortier, qui voudrait en recruter davantage. Par contre, malgré sa bonne volonté, celui qui a notamment travaillé à Montréal et à l'École nationale de police du Québec (ENPQ) à Nicolet reconnait qu'il reste beaucoup de travail à faire.

Il ajoute que certaines communautés n'ont pas d'intérêt pour la profession policière, alors que ce n'est pas un emploi valorisé dans leur pays.

« Le bassin [de candidats potentiels issus des minorités] est très petit. Il y a seulement 8,1 % exactement des finissants du programme de formation initiale en patrouille et gendarmerie qui proviennent des groupes ethnoculturels. C'est ce 8% là qu'on se partage à la grandeur du Québec. [...] Il y a énormément à faire en terme d'information, de sensibilisation, d'approche même auprès de ces communautés. »

- André Fortier, directeur du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu

Le directeur du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu, André Fortier.

Audrey Folliot, Bell Média. Le directeur du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu, André Fortier.