JUSTICE : Nathalie Normandeau et ses coaccusés sont libérés des accusations

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La deuxième fois est la bonne pour Nathalie Normandeau qui voit son procès être avorté, quatre ans et demi après son arrestation. Les policiers s'étaient présentés à sa porte pour lui passer les menottes le jour du dépôt du budget provincial au printemps 2016. 

Le juge André Perreault fait tomber l'ensemble des accusations de fraudes et de corruption qui visaient l'ex-ministre libérale et ses cinq coaccusés en raison des délais déraisonnables. Le magistrat a insisté sur le fait qu'ils doivent être considérés comme totalement innocents ajoutant au passage que le jugement du public est souvent plus dommageable que celui du tribunal.

Nathalie Normandeau, Marc-Yvan Côté, Bruno Lortie, Mario Martel, France Michaud et François Roussy avaient été arrêtés par l'UPAC le 17 mars 2016. Aucune date de procès n'était envisageable avant 2021 puisque la question des fuites médiatiques n'était pas encore réglée.

Le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Me Richard Rougeau, s'est dit extrêmement déçu par la décision du juge. Il analysera en détail le jugement de 80 pages avant de décider s'il porte la cause en appel. Il a 30 jours pour prendre une décision. Le jugement est frappé d'un interdit de publication. 

"On m'a volé 4 ans de ma vie" 

Nathalie Normandeau était très émotive à la sortie du tribunal. Elle estime qu'elle n'aurait jamais dû être arrêtée et accusée. Voici une retranscription de ce qu'elle a dit :

"Cette décision je l'accueille avec soulagement, bien que ce ne soit pas le dénouement que je souhaitais, que me méritais au départ. Vous vous rappellerez, j'ai demandé un procès à maintes reprises, procès qui m'a été refusé. La décision du juge met fin à 6 ans de procédures. Depuis mon témoignage à la Commission Charbonneau en 2014 et mon arrestation le 17 mars 2016, je me défends sur la place publique et devant les tribunaux pour des gestes que je n'ai jamais commis. 6 ans pour obtenir justice, c'est long, c'est très long, c'est inacceptable. 

Cette décision me permet de reprendre le contrôle de ma vie, du moins je l'espère, ma vie professionnelle et ma vie personnelle. C'est extrêmement difficile de vivre avec des accusations criminelles. Je vais vous le dire, bien honnêtement, je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi. Ma vie a été mise en suspend, ma famille et moi avons énormément souffert. On m'a volé 4 ans et demi de ma vie. Ces années perdues, je ne pourrai jamais les retrouver. 

Dès le jour de mon arrestation, mon avocat a affirmé que cette histoire avec la justice n'aurait jamais dû avoir de commencement. Ça aurait pris 4 ans et demi pour lui donner raison. Jamais je n'aurais dû être accusé. Jamais". 

Réactions à la décision

 

"Je demande aujourd'hui des explications, un examen de conscience, des services policiers, de l'UPAC et du DPCP." - Véronique Hivon, porte-parole du Parti québécois en matière de justice.

Avec la collaboration de Benoit Chevalier et Étienne Phénix, journalistes Bell Média Montréal.