L'exposition des enfants à l'arsenic dans le quartier Notre-Dame inquiète

Les installations de la Fonderie Horne, dans le quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda, en mai 2019.

Des enfants du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda seraient surexposés à l'arsenic, selon les données préliminaires d'une étude de biosurveillance menée par la Direction de la santé publique (DSP) de l'Abitibi-Témiscamingue. Cette étude a été menée à l'automne 2018 auprès des enfants de 9 mois à moins de six ans.

 

Les résultats avaient été promis au printemps 2019, mais la DSP tarde à les dévoiler publiquement, ce qui inquiète des parents. Une vingtaine d'entre eux se sont donc réunis pour former le Comité Arrêt des Rejets et Émissions Toxiques (ARET).

La moyenne préliminaire des données laisse croire que l'exposition à l'arsenic est au moins quatre fois plus élevée que la moyenne de la population témoin.

La co-porte-parole du Comité et maman d'enfants qui ont pris part à l'étude, Mireille Vincelette, s'inquiète pour la santé de ses enfants.

« On trouvait ça un petit peu spécial qu'on devait chercher nos résultats. On sait qu'il y a des parents qui n'ont pas encore reçu leurs résultats. On sait que l'arsenic est un cancérigène connu. Une exposition chronique est très dramatique. Je m'inquiète pour la santé de mes enfants, la santé des enfants du quartier, des résidents et même de la ville. »

- Mireille Vincelette, co-porte-parole

Des membres du Comité Arrêt des Rejets et Émissions Toxiques (ARET).

Audrey Folliot, Bell Média. le Comité Arrêt des Rejets et Émissions Toxiques (ARET) (Clémentine Cornille, Mireille Vincelette, Valérie Fournier et Pascal Gélinas).

Le Comité voudrait une étude épidémiologique sur l'ensemble des citoyens de la Ville de Rouyn-Noranda, afin de mesurer en continu l'impact des émanations toxiques industrielles.

La présence d'arsenic est attribuée aux activités de la Fonderie Horne. Un avis gouvernemental émis en 2004 indiquait que la concentration d'arsenic dans l'air dépassait les normes établies et recommandait à l'entreprise de tout mettre en oeuvre pour abaisser son seuil à 3 ng/m3, le seuil sécuritaire, ce qui n'est pas le cas actuellement.

Des solutions attendues

Pascal Gélinas est membre du Comité ARET et vit dans le quartier depuis plusieurs années. Ses enfants ont pris part à l'étude.

Le comité et lui ont hâte de savoir ce qui sera fait pour améliorer la situation, autant au niveau ministériel que de la Santé publique. Certains terrains sont aussi contaminés, notamment celui de Pascal Gélinas.

On lui a offert de décontaminer son terrain, mais rien encore pour le taux d'arsenic dans le sang de ses enfants.

« Avec des concentrations comme ça, on peut en déduire que dans 20, 30 ou 40 ans, ces individus-là ont de plus grandes propensions à développer des maladies cancérigènes. On parle de santé, on parle de vies humaines, et jusqu'à maintenant, on ne sent pas que c'est si alarmant que ça. Le discours est un discours qu'on est un bon citoyen corporatif, on fait des études, mais ça ne règle pas le taux d'arsenic dans le sang de mes enfants. »

- Pascal Gélinas, membre du Comité ARET

Le Comité ARET dénonce aussi les tentatives de muselage la part d'instances gouvernementales, qui leur demandait d'attendre les résultats avant de faire une sortie publique.

Rencontre publique le 14 mai

De son côté, la Direction de la santé publique (DSP) de l'Abitibi-Témiscamingue indique qu'elle dévoilera tous les résultats aux personnes concernées et répondra aux questions le 14 mai prochain, à 18h30, au Centre des congrès.

Ça devait d'abord être fait le 5 juin, mais ç'a été devancé. Un comité consultatif a aussi été formé et rencontré dans les derniers mois.

L'organisation s'est défendue d'avoir voulu retarder la diffusion des informations pour satisfaire des intérêts économiques.

Le coordonnateur de l'étude de biosurveillance à la DSP, Daniel Proulx, assure que la DSP est préoccupée par les résultats, mais que l'arsenic n'a pas d'effet immédiat, ce qui leur donnait plus de temps pour informer la population.

« Des fois, on a des données qui sont individuelles, et des fois, on a des données qui sont populationnelles. D'une donnée populationnelle, on ne peut pas déduire quelque chose pour un individu. On le sait que c'est compliqué à expliquer, et c'est pour ça qu'on ne s'est pas embarqué automatiquement à essayer de transmettre ça à tout le monde et d'être pris dans de la mécompréhension. »

- Daniel Proulx, coordonnateur de l'étude

La directrice de santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue, Dre Lise Landry, et le coordonnateur de l'étude de biosurveillance, Daniel Proulx.

Audrey Folliot, Bell Média. La directrice de santé publique de l'Abitibi-Témiscamingue, Dre Lise Landry, et le coordonnateur de l'étude de biosurveillance, Daniel Proulx.

La DSP a indiqué avoir voulu attendre d'avoir des solutions concrètes à présenter avec toutes les parties prenantes avant de présenter les résultats. Les porte-parole ont indiqué qu'une étude plus large était envisagée, tel que demandé. L'organisation a aussi indiqué être heureuse de la mobilisation.

Par ailleurs, le Comité d’éthique de santé publique (CESP) de L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a émis un avis sur l'étude de biosurveillance en 2018, disant craindre la stigmatisation de la population étudiée à la suite de la publication des résultats et l'anxiété que cela peut leur causer, en plus des impacts financiers sur la Fonderie.

La Fonderie Horne apporte des précisions

De son côté, la Fonderie Horne a refusé notre demande d'entrevue d'ici au 14 mai, par respect pour les citoyens et acteurs impliqués dans le dossier.

Toutefois, l'entreprise s'est dite sensible aux préoccupations et a tenu à apporter des précisions par courriel. La Fonderie indique ses émissions atmosphériques sont en baisse constante grâce à divers projets d'amélioration et que depuis 2004, les émissions d'arsenic ont diminué de 81 %, celles de plomb de 61 % et les émissions fugitives de dioxyde de soufre de 92 %.

De plus,  la Fonderie indique par courriel que « ses émissions d'arsenic sont conformes aux cibles fixées dans leur attestation d'assainissement par le ministère de l'Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MELCC), qui sont basées notamment sur un avis de la Direction de santé publique de 2013. »

L'entreprise reconnait toutefois que tout n'est pas parfait et assure investir près du tiers de son budget annuel dans l'environnement.