Le projet de GNL Québec ne verra pas le jour

Andrée Laforest et Benoit Charette

Le gouvernement Legault porte un coup final au projet GNL Québec en le refusant. C'est le ministre de l'Environnement, Benoit Charette qui en a fait l'annonce à Saguenay, où le promoteur prévoyait construire une usine de liquéfaction de gaz naturel.

Au printemps dernier, le rapport du BAPE a mis en évidence les dangers qu'il pouvait représenter pour la faune et la flore. À ce moment, le ministre Charette avait indiqué que le projet devait remplir trois conditions : l'acceptabilité sociale, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la transition énergétique. 

« Oui, on y a cru, sincèrement. Mais étant donné qu'on est responsable d'un point de vue environnemental et que les engagements pris n'ont pas été démontrés, on a été contraint d'y aller avec cette décision. » - Benoit Charette, ministre de l'Environnement

Le projet d'exportation de gaz naturel albertain prévoyait la construction d'un gazoduc de 780 km, une usine de liquéfaction et un système de transport maritime sur le Saguenay. Il était évalué à 14 milliards $, dont 9 milliards $ pour l'usine de liquéfaction.

 

Benoit Charette assure que le gouvernement n'abandonne pas la région et qu'il compte investir dans d'autres projets, comme la filiale d'aluminium vert Elysis de Rio Tinto.

Déçue pour le développement économique de la région, la mairesse de Saguenay, Josée Néron admet que les mauvaises nouvelles s'accumulaient dans les derniers mois pour le promoteur. Un projet de 9 milliards $ ne repassera surement pas pour Saguenay, admet Mme Néron.

« On passe à autre chose et on a plein de beaux projets dans nos cartons. Je pense qu'on peut faire du développement économique à travers une multitude de petits et moyens projets intéressants qui respecteront l'environnement. » - Josée Néron, mairesse de Saguenay

 

Le député du Parti Conservateur du Canada (PCC) dans Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel, déplore l'occasion manquée par la région d'accueillir un grand projet, mais il accepte la décision de Québec. 

« C’est difficile parce qu’il y avait beaucoup d’espoir des citoyennes et citoyens de la région pour se développer. C’est crève-coeur, mais il faut respecter la décision du gouvernement du Québec. [...] Je ne regrette aucunement ma prise de position et d’avoir représenté celle des milliers de Saguenéennes et Saguenéens qui étaient en faveur. »

Richard Martel, député dans Chicoutimi-Le Fjord

Les bélugas sourient

Le président du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud, se réjouit de la décision du gouvernement qui a un impact qui va bien au-delà de la région.

« Je me plais à imaginer les bélugas qui sourient sous la surface du Saint-Laurent. Autant nous que les bélugas avions plus à craindre de ce projet et de ses impacts dans le cadre des bouleversements climatiques que dans le cadre des impacts directs sur l'augmentation du trafic maritime et l'impact sur le béluga. » - Robert Michaud, président du GREMM

Le projet GNL Québec n'a pas eu le soutien des communautés autochtones de Mashteuiatsh, de Pessamit et d'Essipit qui ont annoncé la semaine dernière ne plus vouloir discuter avec les promoteurs. Plusieurs groupes environnementaux et citoyens s'y opposent également depuis le début.

 

De vives réactions dans l'autre camp

Comme le sujet a toujours été très polarisant, c'est sans surprise que les réactions des groupes qui lui étaient favorables n'ont pas tardé.

Pierre Charbonneau, le porte-parole du groupe Pour GNL Sag-Lac, est en colère. D'abord, il est faux selon lui de dire que l'acceptabilité sociale n'était pas au rendez-vous. Il se demande également si un projet industriel pourra voir le jour chez nous.

« Ça lance le signal que ça va toujours être les chialeux qui vont avoir le dessus. Ils ont juste à chialer et on arrête les projets. Alors on ferme la porte des régions. » - Pierre Charbonneau, citoyen qui appuie le projet et porte-parole du groupe Pour GNL Sag-Lac

C'est le même son de cloche à l'Institut économique de Montréal. Le directeur des opérations, Miguel Ouellette spécifie qu'il était impossible pour le promoteur de fournir la liste de clients avant que le projet ne soit approuvé. Pour l'économiste, il est clair que la communauté locale acceptait le projet.

« Énergie Saguenay aurait créé des milliers d'emplois dans une région en proie à un taux de chômage relativement élevé et dont le revenu moyen est inférieur à la moyenne de la province. Il n'y avait pas de meilleur endroit pour un projet de cette envergure. Dans un tel contexte, on est en droit de se demander si la réalisation de grands projets est même possible au Québec ? » 

Avec la collaboration de Samuel Montigny et Louis-Philippe Arseneau.

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