Plus de violence d'élèves envers nos enseignants

Le bureau du Syndicat de l'enseignement de l'Ungava et de l'Abitibi-Témiscamingue (SEUAT) à Rouyn-Noranda.

Les enseignants du réseau scolaire québécois sont de plus en plus victimes d'actes de violence de la part de leurs élèves, et la situation n'est pas différente en Abitibi-Témiscamingue.

 

En trois ans, les demandes d'indemnisation des employés à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) ont augmenté de 25%. Pour tout le Québec, 519 employés ont fait des demandes en 2017, alors qu'on en comptait 417 en 2015.

Dans la région et dans le Nord-du-Québec, on note aussi une hausse, alors que 17 demandes ont été faites et acceptées en 2017 contre 12 en 2015. En 10 ans, on compte 100 demandes.

Répartition des lésions inscrites et acceptées attribuables à la violence en milieu de travail pour les enseignants et le personnel assimilé, de 2008 à 2017 pour l'Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec

Année d'inscription 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 Total
Nombre de cas 3 6 7 9 13 10 10 12 13 17 100

Source: Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail

Ces données ne comprennent pas tous les cas, alors que plusieurs enseignants choisissent de ne pas dénoncer pour diverses raisons, et c'est préoccupant.

« On voit une espèce de phénomène, une culture de banalisation de la violence, surtout lorsque ça provient d'un jeune élève, préscolaire, premier cycle. Il y a de la sous-dénonciation ou de la non-dénonciation. »

- Hélène Lambert, présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Ungava et de l'Abitibi-Témiscamingue

Pas partie de la job

Ayant enseigné pendant 23 ans, elle a elle-même vécu des cas de violence dans sa classe. La présidente espère déconstruire l'idée que ça fait « partie de la job de l'enseignant » de subir de la violence. Elle ajoute que les cas dénoncés auprès de l'employeur ne sont pas automatiquement consignés à la CNESST.

Hélène Lambert déplore surtout que certains enseignants qui veulent dénoncer et consigner leur cas ne soient pas épaulés et subissent de la pression de la part de la direction.

« Ils [les dirigeants] évoquent différentes raisons, à savoir que ce n'est pas un accident assez grave, l'enseignante n'a pas subi de lésion physique ou elle n'a pas été en arrêt de travail, donc ce n'est pas nécessaire de l'inscrire dans le registre, et c'est faux. Tout incident de violence, que ce soit de la violence verbale, physique, psychologique, doit être consigné dans le registre d'accident de notre employeur. »

- Hélène Lambert

Hélène Lambert, présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Ungava et de l'Abitibi-Témiscamingue (SEUAT)

Audrey Folliot, Bell Média. Hélène Lambert, présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Ungava et de l'Abitibi-Témiscamingue (SEUAT)

Une récente enquête de la Fédération des syndicats de l'enseignement révèle que 51 % des directions d'école n'agissent pas ou ne savent pas quoi faire dans le cas d'une dénonciation. Dans l'autre 49 % des cas, l'appui a fait une différence et encourage à dénoncer à nouveau.

Outre la dénonciation, il faut aussi offrir de l'aide supplémentaire aux enfants violents et du soutien aux enseignants, ajoute Hélène Lambert.

« L'enfant qui agit de cette façon-là, qui démontre de l'agressivité, c'est parce qu'il a besoin d'aide, donc il faut agir en amont et donner cette aide-là à cet enfant, et un soutien aussi à l'enseignant, parce que ça ne veut pas dire que parce qu'il [l'enfant] était en crise ou désorganisé une fois, que c'est la seule fois dans l'année où il va l'être. »

- Hélène Lambert

En moyenne, les actes de violence les plus couramment subis par les professeurs et les éducateurs spécialisés sont les coups de pieds et les volées de coups à 43%, suivi des bousculades, des pincements et des torsions à 22 %. En Abitibi-Témiscamingue et dans le Nord-du-Québec, ces actes sont encore plus férquents, alors que, selon les données obtenues auprès de la CNESST, entre 2008 et 2017, on parle de lésions à 58 % causées par les coups de pieds et les volées de coups et à 29 % par des bousculades, des pincements ou des torsions.

Ces gestes surviennent souvent lorsqu'une intervention est faite auprès d'un élève en crise. Selon les experts, l'intégration des élèves en difficulté dans les classes ordinaires a pu contribuer à cette nouvelle réalité. Les différents syndicats estiment que ces cas de violence ne sont que la pointe de l'iceberg.