GNL Québec à Saguenay : Le BAPE a d'importantes réserves

Pipeline ISTOCK KODDA

Le BAPE émet plusieurs réserves quant au projet d'usine de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay de GNL Québec. Le très attendu rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement a été rendu public cet avant-midi. Tous les aspects y sont abordés : l'impact économique, l'impact environnemental et l'acceptabilité sociale.

Parmi ses recommandations, le BAPE suggère au gouvernement de considérer les risques associés au trafic maritime sur les mammifères marins, dont le béluga, dans le Saguenay et l'estuaire du Saint-Laurent avant de prendre une décision.

Le rapport de plus de 500 pages fait également état du débat très polarisant sur le sujet et clos cette section en mentionnant qu'il est impossible de se prononcer sur l'acceptabilité sociale. :

« Ainsi, considérant ce débat fortement polarisé dans le milieu d’accueil, mais aussi dans l’ensemble du Québec, la commission n’a pas été en mesure de se prononcer sur l’acceptabilité sociale à l’égard du projet, même si globalement, selon l’analyse qu’elle en a faite, la somme des risques afférents au projet dépasse celle de ses avantages. » - extrait du rapport

D'un point de vue économique, la commission souligne l'investissement majeur pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et ses retombées importantes pendant la construction. Elle précise cependant que pendant l'exploitation, les retombées les plus importantes seraient dans l'industrie du gaz naturel de l'Ouest canadien.

Soulignant l'effort de GNL Québec de présenter son projet comme exemplaire par rapport à ses concurrents d'un point de vue environnemental, le BAPE a des réserves sur le rôle de l'industrie gazière dans la transition énergétique.

Finalement, le BAPE a des doutes sur la demande mondiale du gaz naturel anticipée par GNL Québec et souligne qu'elle semble moins grande qu'en 2014, lors de l'annonce initiale du projet. :

La commission constate que l’utilisation de l’électricité réduirait l’empreinte des activités de liquéfaction de GNLQ, mais les émissions de GES associées à l’approvisionnement en gaz naturel en amont et la substitution incertaine à des énergies plus polluantes en aval ne permettent pas à la commission de confirmer le bilan positif du projet mis de l’avant par l’initiateur. - extrait du rapport

Une multitude de réactions

Les réactions n'ont pas tardé à venir après la publication du rapport, à commencer par le ministre de l'Environnement Benoit Charette. Il a indiqué que le projet ne remplit présentement pas les conditions émises par le gouvernement : l'acceptabilité sociale, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la transition énergétique. 

« La balle est dans camp du promoteur et c'est à lui, soit de renouveler son argumentaire, soit d'amener de nouveaux éléments de réponses, mais actuellement, son projet ne se qualifie pas. » - Benoit Charette, ministre de l'Environnement

Toujours sur la scène politique, le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault a qualifié le rapport de dévastateur, tandis que chez Québec Solidaire, le co-porte-parole de l'Abitibi-Témiscamingue et de l'Ungava, Guy Leclerc juge que les commissaires ont été timides. : 


« Ce rapport souligne clairement que les inconvénients de ce projet dépassent largement les avantages. Personnellement, je considère que le rapport est conservateur. On comprend un peu leur timidité, mais le BAPE aurait carrément dû rejeter ce projet. Si GNL Québec se soucie vraiment de l'environnement et veut bonifier son projet, je leur recommande de s'en aller dans le développement de l'énergie solaire et de l'énergie éolienne. » - Guy Leclerc, co-porte-parole de Québec Solidaire

 L'entreprise mentionne ne pas être surprise des avis du BAPE et elle sait qu'elle a des devoirs à faire pour répondre aux questions soulevées.

À la Coalition Fjord, Adrien Guibert-Barthez souligne qu'il est écrit noir sur blanc que l'usine de liquéfaction du gaz naturel pourrait émettre jusqu'à 45 millions de tonnes de gaz à effet de serre chaque année, ce qui représente 10 millions de voitures. Il ajoute que le gouvernement doit mettre un terme à tout ceci.

« Le gouvernement ne semble plus croire au projet, on ne comprend donc pas pourquoi il ne prend pas de décision le plus rapidement possible. » - Adrien Guibert-Barthez, Coalition Fjord

Un nombre record de mémoires déposés

Plus de 2 500 mémoires ont été déposés lors des audiences du BAPE à l'automne dernier, un record pour l'organisme gouvernemental. Le dépôt du rapport a d'ailleurs été repoussé le temps d'analyser tous ces documents.

Rappelons que GNL Québec projette de construire un complexe industriel de liquéfaction de gaz naturel sur le site de Port Saguenay afin d'exporter 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par année. Énergie Saguenay évalue que son usine émettrait 421 000 tonnes de gaz à effet de serre annuellement.

Tous les partis d'opposition à Québec n'appuient pas le projet et de nombreux groupes environnementaux s'y opposent depuis des mois.

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Avec la collaboration de Carolyne Labrie.

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