Bloom : le saisissant et brillant clip de Maky Lavender

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Notre artiste rap keb du mois de février nous raconte le concept et les détails de Bloom, son nouveau clip à la puissante charge émotive et sociale.

On connaissait Maky Lavender pour sa personnalité sympathique et ses rimes ludiques carburant à l’autodérision, mais avec Bloom, le rappeur de l’Ouest-de-l’île nous montre sa plus sombre facette, celle d’un jeune homme tourmenté qui entrevoit avec une vision trouble les dessous du show-business. «Bloom, c’est la réalité des choses. Dans ma vie, y’a du party et y’a du fun, mais le lendemain, y’a des pensées plus noires», résume le rappeur. «Je l’ai écrite il y a un an et demi, alors que j’amorçais la vingtaine. Cette transition-là m’a durement affecté émotionnellement. Je ne comprenais pas ce qui se passait, mais maintenant, je peux l’analyser.»

La composition signée par Lust sort du terrain hip-hop aux influences trap que Lavender a l’habitude d’arpenter. «Je vois plus ça comme du downtempo. En fait, j’ai aucune idée de c’est quoi comme style. C’est juste des feelings qu’on a traduits en sons. On n’a jamais visé un genre, mais bien une émotion.»

Réalisé par Alexandre Pelletier (Nate Husser, Charlotte Cardin), le clip qui accompagne la chanson reprend l’esthétique des talk-shows américains des années 1950, tout en misant sur des clins d’oeil au film d’horreur Get Out et à la cinématographie de Hitchcock (deux univers qui fascinent à la fois Lavender et Pelletier). Pendant un peu plus de quatre minutes, on y voit un rappeur de plus en plus désemparé se faire manipuler de part et d’autre afin d’entrer dans le moule uniforme d’une industrie de divertissement terriblement blanche. «Tout le monde veut changer mon habillement et ma personnalité. En fin de compte, je deviens quelqu’un de normal, construit sur mesure pour le producteur», explique Lavender.

Ce concept trottait dans la tête d’Alexandre Pelletier depuis un peu plus d’un an : «J’avais un trip blues assez intense, notamment sur Charley Patton et Sonny Terry. Je checkais des vidéos live de musiciens blues à l’émission Rainbow Quest et je les trouvais fascinants. Au même moment, je lisais la bio d’Alan Lomax, un anthropologue américain qui avait développé une chaire de recherche pour archiver et documenter les artistes blues ruraux. Je trouvais sa mission extrêmement noble, mais en même temps, il avait beaucoup de maladresses. Je sentais même qu’il allait parfois jusqu’à magouiller l’image de certains d’entre eux, tout particulièrement lorsqu’il les accompagnait pour des tournées. Il allait jusqu’à demander à des musiciens, qui avaient déjà fait de la prison il y a longtemps, de s’habiller en prisonniers pour que ce soit plus ‘’authentique’’. C’est un peu ce genre de manipulation qu’on a voulu explorer dans le clip.»

Quand il a entendu Bloom, Pelletier a rapidement su que son concept de clip allait bien coller à la trame narrative de la pièce. «La chanson parle d’aliénation, de santé mentale. Avec le clip, on a voulu établir le contraste micro/macro. On part de la souffrance de quelqu’un pour parler de la souffrance d’un peuple.»

Et, même si le clip semble ancré dans une période révolue, sa signification demeure encore d’actualité. «On peut voir ça comme un portrait exagéré des années 1950, mais c’est le genre d’histoire qui pourrait encore arriver aujourd’hui», analyse Maky Lavender. «La ségrégation dans le monde artistique, elle existe encore. Les trucs n’arrivent plus d’une façon aussi directe, mais dès que tu es un jeune Noir avec un background différent, on va essayer de te changer et, si tu veux finir par être une star, tu n’as pas vraiment d’autre choix que de laisser ces choses t’arriver.»


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