Les inspirations d’Original Gros Bonnet : de Daniel Bélanger et Kendrick Lamar à Playboi Carti

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Pour entendre Original Gros Bonnet, notre artiste Rap Keb du mois de septembre, écoute Rap Keb!

 

Le septuor Original Gros Bonnet (O.G.B.) nous offre un habile et impressionnant alliage de jazz, de rap et de soul sur Tous les jours printemps. Afin de souligner la parution de ce deuxième album, le rappeur François Marceau, le saxophoniste et flûtiste Arnaud Castonguay ainsi que le réalisateur et arrangeur Samuel Brais-Germain nous témoignent de leurs influences musicales, de leur enfance à aujourd’hui.

 

La musique qui jouait à la maison quand vous étiez très jeunes?

 

Samuel : Chez mes parents, y’avait beaucoup de musique québécoise : du Jean Leloup, du Daniel Bélanger, du Beau Dommage, du Ariane Moffatt... À côté de ça, y’avait aussi des trucs plus 80s, mais la bonne partie des années 1980 là! Genre les débuts de U2, du Simple Minds, du Peter Gabriel...

 

François : Chez nous aussi pas mal de québ comme Bélanger, Moffatt. Mes parents écoutaient aussi beaucoup de musique britannique comme Coldplay, Keane, U2... Du John Mayer, du Jack Johnson aussi. Et I’m Yours de Jason Mraz a probablement dû jouer 2-3 fois! (rires) À la base, ils écoutaient beaucoup de jazz et d’opéra également.

 

Arnaud : Du Harmonium, du Beau Dommage, du Michel Rivard, mais aussi de la chanson française comme du Brassens, du Brel. Mais ce qui m’a le plus marqué de cette époque, c’est le jazz. On écoutait l’émission jazz de Radio-Canada à tous les soupers.

 

Votre idole d’enfance?

François : Honnêtement, c’est Jack Johnson. Quand j’étais kid, je voulais jouer de la guit et chanter des tounes comme lui. J’aimais l’idée d’être sur scène, mais je prenais pas tant le temps de dig deep dans la musique. Je voulais juste vivre au soleil et être bronzé! (rires)

Samuel : J’ai beaucoup tripé sur Jean Leloup, surtout quand je le voyais en entrevue avec son attitude complètement déphasée. Il avait tellement l’air de s’en foutre et d’être lui-même. Ça me plaisait beaucoup. Sinon, je tripais aussi sur Jimi Hendrix. Ce qu’il faisait m’ouvrait à d’autres dimensions.

Arnaud : Plus jeune, je voulais devenir une rockstar. Je jouais avec ma voisine, et on se disait qu’on allait se partir un band hard rock à la AC/DC. Après ça, j’ai eu ma phase Doors et, vers la fin du primaire, j’ai découvert Miles Davis. Pour moi, c’était le gars le plus cool au monde. Il avait de l’attitude, il envoyait chier tout le monde et il jouait super bien.

 

Premier album acheté?

 

Samuel : Dutty Rock de Sean Paul. Je comprenais pas les paroles, mais j’adorais sa voix.

 

François : Mon frère et moi, on s’était achetés American Idiot de Green Day. On écoutait le top 5 de MusiquePlus et on tripait sur Boulevard of Broken Dreams, Wake Me Up When September Ends...

 

Arnaud : J’ai le même historique que Frank : j’avais un grand frère et on écoutait American Idiot. Je lui empruntais aussi ses disques de Simple Plan, Sum 41... Par la suite, j’ai acheté des compilations jazz, mais pendant un moment, je faisais juste voler les albums à mon frère. (rires)

 

 

Ce qui t’a éveillé au rap?

 

François : Get Rich or Die Tryin’ de 50 Cent et un peu Eminem avant ça. Ensuite, j’ai pogné  de quoi sur Can’t Tell Me Nothin’ de Kanye West. Elle était sur une compilation de style «Summer Hits 2009», et je la jouais sur repeat. Mais ma vraie passe rap a commencé quand Kendrick Lamar a sorti To Pimp a Butterfly en 2015. Cet album m’a fait comprendre que le hip-hop, c’était la façon parfaite de réunir tout ce qui m’intéressait. Ça m’a amené jusqu’au jazz rap des années 1990 puis, éventuellement, jusqu’au trap moderne.

 

Arnaud : Moi, c’est arrivé quand même tard, le rap. Avant l’âge de 16-17 ans, j’étais même un bon hater! J’écoutais juste du jazz. C’était la meilleure musique au monde, et je me voyais déjà jouer dans des club de jazz. Je lisais aussi beaucoup de revues spécialisées, et c’est dans l’une d’entre elles que j’ai lu un article sur l’importance de l’album Low End Theory d’A Tribe Called Quest. Ça m’a éveillé sur tout le courant jazz rap américain et, donc, sur la discographie de Tribe, De La Soul, Pharcyde... Après, y’a eu To Pimp a Butterfly qui est sorti, et j’ai compris qu’il y avait de quoi à faire avec le jazz et le rap.

 

Samuel : Mon entrée vers le rap s’est faite par des chansons instrumentales de Flying Lotus vers 2011-2012. Ça me rappelait le son psychédélique de Jimi Hendrix. Juste après, y’a eu J Dilla pour qui j’ai entretenu une fascination presque religieuse. Une fois que j’ai digéré le côté instrumental, je suis tombé moi aussi dans A Tribe Called Quest et Kendrick Lamar.

 

Un show mémorable à l’adolescence?

 

François : Les shows qui m’ont marqué, c’est plus dans les dernières années. Je pense notamment à celui de Herbie Hancock au Festival international de jazz de Montréal qui m’a fait vivre une expérience transcendante. Ce gars-là est au top de son art depuis des décennies, donc de le voir jouer en personne, c’était exceptionnel.

Arnaud : Au peak de ma phase extrême de jazz, je suis allé voir Sonny Rollins. Il devait avoir pas loin de 80 ans. C’est pas vraiment le meilleur show que j’ai vu, mais je le mentionne car j’ai eu la chance de le rencontrer juste après. J’avais commencé à jouer du sax, et mes parents m’ont poussé à aller lui parler en sortant de la salle. Il m’a dit quelque chose qui m’a motivé pendant des années : «Keep practicing»

Samuel : Au cégep, je suis allé voir Kamasi Washington avec les gars d’O.G.B. À ce jour, ça reste le meilleur show que j’ai vu.

 

Clip le plus marquant à vie?

 

Samuel : Until the Quiet Comes de Flying Lotus. C’est un espèce de court métrage avec un narratif vraiment puissant et une grande qualité d’image.

 

François : Drop de Pharcyde. Tout est filmé à l’envers, et c’est fuckin’ nice.

 

Arnaud : J’allais dire Drop aussi, mais j’ajouterais aussi Unlock, le tout récent court métrage de Denzel Curry. Le vibe psychédélique des images va super bien avec celui de la musique. C’est super hypnotisant.

 

Ta chanson préférée?

 

François : Nights de Frank Ocean, autant pour la mélodie, l’émotion dans sa voix que la façon dont elle s’intègre dans l’album Blond. En lisant sur le sujet, j’ai appris que le beat switch de la toune arrive exactement à 30 minutes de l’album. C’est la chanson charnière du projet selon Frank.

 

Arnaud : For Free de Kendrick Lamar. Ça m’a jeté à terre! Je voyais déjà qu’on pouvait fusionner jazz et rap, mais pas à ce point-là. C’est la chanson qui m’a accompagné dans mes réveils vers le cégep.

 

Samuel : Heaven de Flying Lotus. C’est aussi la toune qui m’accompagnait durant mon cégep. J’étais tout seul de ma gang à triper là-dessus.

 

Le classique des classiques?

 

François : Doggystyle de Snoop Doggy Dogg. L’album me transporte directement à l’époque du g-funk. Quand je pense au mot «classique», c’est ça qui me vient en tête.

 

Arnaud : Sun Ship de John Coltrane. À l’époque, Coltrane avait le même quartet depuis plusieurs années, et on ressent vraiment leur complicité sur cet album. On dirait que c’est une seule personne qui joue tous les instruments. C’est super intense.

 

Samuel : Homogenic de Björk. C’est l’album le plus magique que j’ai entendu de ma vie.

 

La musique qui t’obsède ces jours-ci?

 

Arnaud : J’écoute beaucoup du Varnish la Piscine, un chanteur rappeur suisse avec un sens de la mélodie vraiment impressionnant. Je sais pas s’il a fait des études en musique, mais il a une oreille de fou.

 

Samuel : Surtout du Playboi Carti. Ce qu’il fait avec sa voix, je peux le comparer à quelqu’un qui souffle dans une trompette ou un sax. Il a une grande musicalité dans son rythme.

 

François : Playboi Carti et l’album Limbo d’Animé. Et aussi, je suis retombé dans mes classiques soul : Otis Redding, Sam Cooke... Y’a rien de mieux pour bien commencer un matin.

 

En dehors de la musique, qui considères-tu comme une personne inspirante?

 

Arnaud : J’ai écouté The Last Dance dernièrement, et ça m’a vraiment ouvert sur le basket. Je suis allé écouté beaucoup d’entrevues de Michael Jordan, de Kobe Bryant, et je trouve ça inspirant de voir à quel point ces gens-là ont une discipline personnelle incroyable. Ce sont de vrais surhommes.

 

François : En ce moment, ce sont les joueurs de la NBA qui sont en train de bousculer leur fin de saison. Je trouve ça insane que des athlètes de cette envergure, qui pourraient tout simplement encaisser leur paycheck, choisissent de se concentrer sur la justice sociale et raciale. J’espère qu’un jour, si je suis dans une position influente, j’aurai aussi ce courage.

 

Tous les jours printemps - disponible depuis le 28 août

 

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