Les inspirations de LaF : de Manu Chao et Shania Twain à J.Cole et Smino

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Formé de trois rappeurs et d’autant de producteurs, le groupe LaF se démarque par son bagage musical énorme et très varié, qui donne une épatante richesse à sa musique. Lancé vendredi dernier, son album Citadelle en est la preuve la plus probante. Nous nous sommes entretenus avec quatre des membres du sextuor pour en connaître davantage sur les artistes qui ont façonné leur vie respective.

 

La musique qui jouait à la maison quand vous étiez très jeunes?

Bkay : Mon père était beaucoup dans la world music : de la musique africaine comme Salif Keita et Tiken Jah Fakoly, et aussi du Manu Chao. Ma mère, c’était de la musique québécoise : Leloup, Bélanger, Les Colocs... Le premier disque que je me suis fait donner, c’était Amour oral de Loco Locass.

Mantisse : Moi, y’avait pas trop de québécois chez nous. Un peu de classiques comme Charlebois et Offenbach, mais sinon, pas vraiment. J’ai commencé à écouter du Leloup par moi-même en secondaire 4 ou 5. Chez ma mère, y’avait beaucoup de Manu Chao aussi, un peu de synthpop également comme Duran Duran. Mon père, c’tait du punk, notamment Transplants et Rancid.

Jah Maaz : Surtout des classiques du rock pour ma part, comme Pink Floyd. Un peu de disco et de chansonniers comme Jacques Brel et Aznavour. Plus tard, il y a eu Daft Punk.

BLVDR : Mon premier contact avec la musique, c’était les jams que mes parents faisaient. On écoutait énormément de reggae, que ce soit Peter Tosh ou Bob Marley. Beaucoup de musique française aussi, genre des trucs doux de bord de mer comme Henri Salvador. Un peu de musique tranquille, chillout, comme Thievery Corporation et toutes les compilations lounge classique comme Café del Mar ou Buddha-Bar.

 

Votre idole d’enfance?

Jah Maaz : De 9 à 11 ans, j’étais un grand fan de Tryo. Toute la famille de mon meilleur ami de l’époque était super hippie et n’écoutait que ça. J’aimais beaucoup.

Mantisse : Ça a longtemps été James Hetfield de Metallica. J’me voyais devenir une rockstar comme lui. C’est pour ça que j’ai les cheveux longs. En fait, je compte faire comme lui et me les couper une fois que mes affaires ne marcheront plus. (rires)

Bkay : Question très difficile... Ma première idole, c’était pas un musicien, c’était plutôt Saku Koivu. C’est la première personne que j’ai vraiment admirée. Ensuite, je dirais sûrement Les Cowboys fringants.

BLVDR : Moi, c’est cheesy, mais j’aimais vraiment Usher. Il dansait fuckin’ bien, sa voix était angélique, il avait des super moves, et toutes les femmes l’aimaient! Pour vrai, je l’adorais. J’avais ses DVDs de show en double avec plein de photos de lui dedans. Je les regardais constamment.

 

Premier album acheté?

BLVDR : Je pense que c’est Get Rich or Die Tryin’ de 50 Cent. J’tripais tellement sur les instrus. J’écoutais ça sur le gros système de son de l’ami de mon père et je dansais. Après, y’a eu Come On Over de Shania Twain.

Bkay : Je pense que la première fois que j’ai acheté de la musique, c’était sur iTunes. Et je crois que c’était Smack That d’Akon en sixième année primaire. En physique, y’a aussi eu Elephunk de Black Eyed Peas.

Mantisse : Elephunk moi aussi, sinon Death Magnetic de Metallica ou Les chemins de verre de Karkwa. Tous mes autres albums d’avant, c’était le chum de ma mère qui me les avait achetés.

Jah Maaz : Illmatic de Nas. Y’avait une boutique de graffiti à Notre-Dame-de-Grâce, que je fréquentais régulièrement. Et juste à côté, y’avait avec un disquaire, où j’étais jamais vraiment allé. Un jour, je suis rentré, car je trouvais ça bizarre d’écouter plein de rap, mais de jamais avoir acheté un seul CD. J’ai choisi ça.

 

Ce qui vous a éveillés au rap?

BLVDR : 50 Cent, assurément.

Bkay : Moi, Loco Locass en 2005. Je connais les chansons par cœur. J’ai le souvenir d’un voyage en Ontario avec mon père durant lequel je chantais tout le temps Libérez-nous des libéraux. Mon père était crampé! Il trouvais ça drôle de voir son kid chanter des affaires comme «sucer debout, c’est ça se tenir drette!». Le premier rap que j’ai écrit d’ailleurs, c’était Conservez pas les conservateurs dans un cour de musique.

Mantisse : Je dirais IAM. J’aimais leur côté revendicateur. Juste après ça, y’a eu Gang Starr et Wu-Tang.

Jah Maaz : Après Tryo, j’ai découvert deux chansons : Je porte plainte de Tunisiano et Solaar Pleure de MC Solaar. J’aimais la façon qu’ils avaient de raconter des histoires. Ensuite, à 14 ans, j’essayais de faire du skate et, dans les vidéos que j’écoutais, il y avait toujours du Wu-Tang qui jouait. J’ai downloadé une grosse mixtape de tous leurs hits sur Limewire.

 

Un show mémorable de votre adolescence?

BLVDR : Ça va avoir l’air super BS, mais ce serait un show de Shania Twain à Toronto. Pour de vrai, je la trouvais tellement sexy. J’étais loin dans les gradins, mais j’avais amené mes jumelles. Je capotais. Pas trop longtemps après, je me suis rendu compte que, finalement, sa musique, c’était assez moyen.... (rires) Ensuite, je me rappelle d’un show de Mes Aïeux à Trois-Rivières avec mon père. C’était fuckin’ bon.

Bkay : Les Cowboys Fringants. Ma mère travaillait pour le Société canadienne de la sclérose en plaques, et elle avait un stand à c’te show-là, donc elle m’a amené avec elle. Y’a aussi M.O.P. live dans un délai assez rapproché. Je me rappelle que les gars étaient rentrés sur Cold as Ice en calant du Jack Daniels. J’étais stocked!

Mantisse : Moi, c’est le lancement des Chemins de verre de Karkwa à La Tulipe. J’vais m’en rappeler toute ma vie. C’était le premier show que je voyais seul.

Jah Maaz : J’ai vu plein de spectacles quand j’étais jeune, mais curieusement, ils ne m’ont pas vraiment marqué. C’est vraiment lorsque j’ai commencé à donner des concerts que j’ai vu des trucs plus intéressants. Mais, rapidement comme ça, rien ne me vient en tête.

 

Clip le plus marquant à vie?

Bkay : Black Eyed Peas, Pump It. Je tripais sur Fergie!

 

Mantisse : Protect Ya Neck de Wu-Tang, sinon Sing Sang Sung de Air, un très beau clip animé à la Yellow Submarine.


Jah Maaz : MC Solaar avec Solaar Pleure encore une fois. Il se cachait dans le musée du Louvre en pleine nuit. L’image m’était restée en tête. Après, je dirais Pas le temps pour les regrets de Lunatic, car ça me rappelle mon enfance à Paris. Plus récemment, il y aurait Money Man de A$AP Mob. C’est un court métrage de 10 minutes avec un gros concept. Y’a une drogue en forme de papillon qui se promène et, dès que les gens en consomment, leurs yeux deviennent brillants.

 

BLVDR : Open Eye Signal de Jon Hopkins. On voit un petit kid en skate avec ses écouteurs et un coucher de soleil. C’est vraiment apaisant.

 

Le classique des classiques?

BLVDR : Chambre avec vue de Henri Salvador et Baduizm de Erykah Badu.

Bkay : Dimanche à Bamako d’Amadou et Mariam. Mes parents l’écoutaient tellement quand j’étais kid et, par la suite, je l’ai redécouvert par moi-même.

Mantisse : Le volume du vent de Karkwa, Ride the Lightning de Metallica et Grey Britain de Gallows.

Jah Maaz : Opéra Puccino d’Oxmo. Ça a longtemps été autre chose, mais chaque fois que je reviens à cet album, je me rends compte de sa force. C’est impossible d’écouter une chanson sans écouter tout le reste.

 

La musique qui vous obsède ces jours-ci?

Bkay : Revenge of the Dreamers III, un album collaboratif réalisé par J.Cole avec EARTHGANG, Smino et bien d’autres.. D’abord, c’est le documentaire à propos de sa conception qui m’a fait trippé. Ensuite, c’est surtout le storytelling de l’album et le dopeness des emcees. Y’a un esprit de compétition entre tous les rappeurs qui débouche sur des gros hits. Leur vibe musical est très proche de ce qu’on fait.

Mantisse : Ne parle pas aux étranges de Marie Claudel. C’est du folk qui me touche beaucoup. Y’a aussi un groupe hongrois nommé Altin Gün. C’est du rock psychédélique avec des influences pakistanaises super weird.

Jah Maaz : J’ai vraiment écouté beaucoup de SiR, de Goldlink et de Smino. Ce sont mes trois artistes du moment.

BLVDR : The Return de Sampha The Great. Je suis rentré là-dedans récemment et j’ai adoré. C’est un blend de new et old school avec hip-hop avec des influences jazzy très fortes.

 

En dehors de la musique, qui considérez-vous comme une personne inspirante?

Mantisse : Vite de même, Greta Thunberg. Elle est inspirante et intéressante. L’image qu’elle projette clash avec celle des autres personnes sur la sphère publique, et ça fait du bien.

Jah Maaz : Horphée, un graffeur parisien qui travaille également en animation et en sculpture. Son style est complètement trippy, psychédélique.

BLVDR : Andy Goldsworthy, un land artist qui s’est acheté une terre pour faire de l’art. C’est fou ce qu’il fait.

Bkay : Catherine Dorion. Elle a une façon de faire de la politique qui admirable. Elle est décomplexée et, quand je l’écoute, je n’ai pas le feeling de me faire bullshiter. Je suis très down avec ses opinions.

 

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