Maybe Watson nous explique les 11 chansons d’Enter The Dance

Watson

Écoute Rap Keb, juste du rap d'ici!

Membre fondateur d’Alaclair Ensemble, récompensé dimanche dernier au Gala de l'ADISQMaybe Watson s’aventure en solo pour une deuxième fois avec Enter The Dance, album qui fait suite à un opus homonyme paru il y a huit ans. Produites et composées par Fruits et Claude Bégin, les 11 nouvelles chansons du rappeur montréalais s’installent dans un monde particulier, où cohabitent les références à Pokemon, les confessions sentimentales et les rimes franglaises audacieuses. Tour d’horizon de chacune d’entre elles avec le principal intéressé.

 

Ta team : «L’album, c’est une télésérie qui se passe à New York, la ville-fantasme du rappeur. Back in the days, making it in New York, c’était important. Ma pochette fait penser à un mélange d’une pochette de Master P et de Nas. C’était donc normal que mon premier beat sonne très 90s comme ça. C’est de loin le texte le plus personnel que j’ai écrit. Il est tough à vivre. J’ai pas précisément voulu faire une toune émotive, mais l’amalgame de souvenirs que je décris dans la toune, ça amène un côté mélancolique très fort, amplifié par la rupture que j’ai vécue. J’suis pas non plus en train d’étaler ma vie, car c’est pas mon style. Je préfère évacuer ça de manière métaphorique. C’est pas vrai que je vais me mettre à pleurer dans un char loué!»

 

Downtown : «Après la toune deep, c’est la toune de dérape. La phrase clé de la toune c’est : «J’ai le goût de tout foutre dans la vent» Je veux aller roll downtown en écoutant de la musique très fort, sans penser à mes problèmes.»

 

Money Spend Me : «C’est une réflexion sur le contrôle de l'argent. Dans le rap, on tend souvent à montrer qu’on a le dessus sur l’argent, mais moi, c’est le contraire. L’argent me dépasse! J’en ai pis, juste après, j’en ai pus, ce qui est le propre de la carrière de la plupart des artistes. Quand t’as un succès super fort, y’a la possibilité que la chute te rentre dedans. Le beat fait très Kendrick Lamar avec un refrain à la 2Pac. Ça se bump bien dans un whip.»

 

ZO2s : «C’est une référence au soulier ZO2, celui qu'a popularisé Lonzo Ball (NDLR : joueur de basketball de la NBA). En gros, il est arrivé avec ça en disant que ça allait être LE soulier révolutionnaire qui allait prendre la place du Jordan. C’est un peu ce que je dis aussi : on est prêts pour la prochaine étape. La phrase clé, c’est vraiment : «On n’a pas peur du changement sauf des changements climatiques» On est prêts pour du nouveau shit, et cette nouvelle merde, c’est moi!»

 

Juulie (avec FouKi et Kevin Na$h) : »Ça part d’un après-midi ensoleillé durant lequel j’ai appelé FouKi. Je lui ai dit : «Yo, viens fumer des tooths chez Fruits pis on va aligner des versets!» Bref, il finit par arriver et se pointe avec Kevin Na$h, que je connaissais absolument pas. On a fini par viber tous ensemble, et ça a donné un gros, gros chilling. La toune est très estivale. Gros summer vibe.»

 

Koga’s Trap : «Koga’s Trap, c’est une carte dans l’univers Pokemon. Koga, c’est le leader des poisons, le boss final du jeu. Et, quand tu joues cette carte-là, ça rend tes adversaires confus et empoisonnés. C’est exactement ce que je voulais faire avec cette track-là : rendre tous mes compétiteurs du rap jeu confus, complètement dépassés et empoisonnés par mon dopeness. Y’a le mot «trap» dedans, mais c’est pas du tout une toune trap. C’est encore une autre façon de rendre mes adversaires confus! Me reste juste à enclencher l’étape de l’empoisonnement… Ça va se passer au Club Soda le 23 novembre

 

Santa Monica : »Quand Pokemon Go est sorti, Santa Monica est un peu devenu la Mecque du Pokemon. Beaucoup de Youtubeurs se sont relocalisés là-bas, car y’avait plein de Pokemon sur le bord de l’eau. La vraie Mecque de Pokemon, c’est encore à Chicago, car c’est là qu’il y a le GO Fest chaque année, mais Santa a vraiment pris une grosse place. La toune m’amène à parler d’un peu de tout et de rien par rapport à ça dans le but de montrer que mon style est très frais. Je parle notamment de «dust», une monnaie d’échange dans Pokemon qu’on peut traduire comme de la poussière d’étoile. Ce qui est intéressant à savoir, c’est que, quand ton application est fermée, ton cell enregistre quand même tes pas. Et, quand tu la rouvres, l’application prend en considérant la distance que t’as faite, et ça permet à tes oeufs d’éclore plus vite, ce qui finit par te donner plus de «dust». Bref, quand je dis «brasse-les», je fais référence à un bas, à une chaussette que je brasse avec mon cellulaire dedans quand j’écoute un film afin d'avoir plus de «dust». Après ça, je pull up dans le street, et les gars savent que j’ai le bas rempli.»

 

Pablo Meza (avec Joe Rocca et Kaytranada) : «Kaytranada, c’est tellement mon dude! Je peux rarement travailler avec lui, car il a une carrière mondiale, mais cette fois-là, ça adonnait qu’il était à Montréal, donc il a pull up chez Claude. C’est un moment magique dont je vais me rappeler toute ma vie. Moi, j’étais en train d’écrire des verses pendant que les deux gars travaillaient sur le beat avec Fruits et, juste à côté, y’avait Joe qui jouait aux cartes Magic. Je suis allé le voir, car Magic et Pokemon, ce sont deux jeux  de deck building qui se ressemblent beaucoup, donc l’occasion était parfaite pour faire un track ensemble. Je lui ai parlé de Pablo Meza, un grand joueur de cartes Pokemon qui venait de remporter un tournoi régional. À ce moment-là, je capotais sur lui. C’était une vraie obsession.»

 

Still Drake : «C’est un brag rap classique. Je déroule le tapis rouge. Moi, je suis Beyoncé et le public, lui, il est pogné dans le moshpit. C’est un peu pour marquer une séparation franche entre les fans et l’artiste. Un exercice assez ironique en fait, car je suis vraiment à l’opposé de cette pensée-là. Si tu viens me voir en spectacle, tu sais que tu peux venir me voir pis qu’on va chiller ensemble. Mais là, je voulais un peu incarner le contraire, jouer à ce que je suis pas du tout. Je me prends un faux swag, emprunté à Drake.»

 

Heidy (avec OstiOne) : «OstiOne, c’est un de mes meilleurs partenaires de freestyle. Pour vrai, tu veux pas nous battle. On va être ton pire cauchemar! On chill ensemble depuis 2006, quand on travaillait dans un magasin de graffiti et qu’on paquetait des commandes en droppant des verses. Je l’ai croisé récemment et je lui ai dit de se pointer pour enregistrer un track. On est parti sur l’idée de faire le portrait d’une fille imaginaire nommée Heidy, une boss lady très indépendante qui a le plein contrôle sur sa vie. Le genre de fille qui en a rien à foutre si tu réponds ou pas à ses textos. C’est une fille façonnée à 100%, une fille impossible qui bump du Gershwin dans une Civic montée.»

 

Life Goals (avec Claude Bégin) : «Le refrain de Claude résume une bonne partie de la chanson. Je voulais quelque chose de romantique, un genre de moment jet set qui se vit dans une bulle entre deux personnes. C’est probablement une scène entre Claude et Clodelle (NDLR: une mannequin, conjointe de Claude) qui se donnent un bec sur le tapis rouge. Y’a un peu de mélancolie vers la fin, comme pour faire un loop avec la première chanson. C’est un texte très sincère.