(La Presse canadienne)

L'ancien magnat de la mode, Peter Nygard, a été reconnu coupable de quatre chefs d'accusation d'agression sexuelle portés contre lui. Il a toutefois été innocenté d'un cinquième chef en plus d'une accusation de séquestration.

Le jury est en arrivé à ce verdict au terme de cinq jours de délibérations. Le procès s'était déroulé pendant une période de six semaines.

S'adressant aux journalistes à l'extérieur du palais de justice, le procureur de la Couronne Neville Golwalla a remercié le jury, la police de Toronto et les plaignantes pour ce qu'il a qualifié de «résultat juste».

«Il s'agit d'un crime qui se produit généralement en privé et qui affecte profondément la dignité humaine. Se lever et raconter ces indignités dans un forum public comme une salle d'audience n'est jamais facile et demande beaucoup de courage», a-t-il déclaré à propos des plaignantes.

Âgé de 82 ans, Nygard avait plaidé non coupable de cinq chefs d'accusation d'agression sexuelle et à celle de séquestration. Les crimes se seraient produits depuis les années 1980 jusqu'au milieu des années 2000.

Son avocat, Brian Greenspan, a affirmé qu'il réexaminerait le verdict pour déterminer s'il justifiait un appel.

«Le jury s'est prononcé et nous devons maintenant examiner les décisions qui ont été rendues pour déterminer s'il y aura ou non d'autres procédures, a déclaré M. Greenspan. M. Nygard est fragile et a de nombreux problèmes de santé, cela fera partie de la position adoptée lorsque nous reviendrons dans quelques semaines concernant la peine.»

Cinq plaignantes, dont l'identité est protégée par une ordonnance de non-publication, ont témoigné au procès qu'elles avaient été invitées au siège social de Nygard à Toronto sous des prétextes allant de visites de courtoisie à des entretiens d'embauche. Ces rencontres se terminaient dans une chambre au dernier étage, où quatre d'entre elles soutiennent avoir été agressées sexuellement par l'accusé.

Plusieurs plaignantes ont raconté au jury des histoires similaires: elles avaient rencontré Nygard dans un avion, sur le tarmac d'un aéroport ou dans une discothèque, puis avaient reçu des invitations à se rendre au siège social. Les cinq femmes ont déclaré que leurs rencontres ou interactions avec Nygard s'étaient terminées par une activité sexuelle à laquelle elles n'avaient pas consenti.

 

M. Greenspan a indiqué que la question de la preuve de faits similaires — c'est-à-dire, la preuve d'une conduite antérieure peu recommandable d'une personne sans rapport avec les événements dont la Cour est saisie — a été admise par le juge de première instance Robert Goldstein et qu'elle permettra de déterminer si un appel est justifié, étant donné qu'elle dicte souvent l'issue d'affaires telles que celle-ci.

L'une des plaignantes a témoigné que Nygard ne la laissait pas quitter sa suite privée pendant un certain temps, ce qui a conduit à l'accusation de séquestration. D'autres ont également témoigné se sentir piégées dans la suite, décrivant les portes qui devaient être ouvertes avec un code sur un clavier ou en appuyant sur un bouton près du lit.

Une femme a témoigné qu'elle n'avait que 16 ans lorsqu'elle a accompagné un homme plus âgé qu'elle fréquentait à l'époque au siège social de Nygard, où elle a déclaré que Nygard l'a agressée sexuellement, puis qu'une autre femme lui a tendu une pilule contraceptive d'urgence en sortant.

Nygard a témoigné pour sa propre défense au procès et a nié les allégations des cinq femmes, affirmant qu'il ne se souvenait même pas d'avoir rencontré ou interagi avec quatre d'entre elles. Il a insisté sur le fait qu'il ne se livrerait jamais au type de comportement dont il était accusé, et a déclaré que personne n'aurait pu être enfermé dans sa suite privée, quelles que soient les circonstances.

À la fin du procès, la Couronne a fait valoir que Nygard avait été évasif et peu fiable dans son témoignage, et que les similitudes entre les récits des cinq femmes révélaient une tendance dans son comportement.

La défense a pour sa part soutenu que les plaignantes avaient élaboré un «faux récit» sur Nygard, et a suggéré que leurs allégations d'agression sexuelle étaient motivées par une action collective contre Nygard aux États-Unis.

À la suite du verdict, Kai Bickle-Nygard a déclaré aux journalistes qu'il essayait de «dénoncer» son père depuis 2019, une décision qui, selon lui, a coûté cher à sa personne, notamment à sa réputation et à son héritage.

L'examen de l'affaire montre que les voix sont systématiquement réduites au silence, a-t-il soutenu, mais prouve également qu'il existe une voie à suivre pour les victimes d'abus sexuels. Il a encouragé les autres à voir s'ils «peuvent trouver cette force» pour poursuivre sur cette voie.

«Il ne s'agit pas seulement de Peter Nygard. Il s'agit d'examiner le système, les lois et les règles pour voir où se situe ce problème afin que nous puissions le corriger pour d'autres à l'avenir», a-t-il dit.

«Nous avons affaire à ce monstre systématique qui a utilisé ses talents d'entrepreneur pour le mal afin de s'attaquer aux autres, et c'est une très bonne chose que justice ait été rendue ici. J'espère que tous ceux qui sont touchés par cela pousseront un soupir de soulagement.»

D'autres accusations en attente

Nygard fait toujours face à des accusations criminelles dans trois autres juridictions.

Il fait face à des accusations d'agression sexuelle et de séquestration dans des affaires distinctes au Québec et au Manitoba, liées à des allégations remontant aux années 1990, en plus d'être accusé aux États-Unis.

Nygard a été arrêté pour la première fois à Winnipeg en 2020 en vertu de la Loi sur l'extradition, après avoir été inculpé de neuf chefs d'accusation à New York, incluant des accusations de trafic sexuel et d'extorsion.

Le ministre fédéral de la Justice de l'époque avait déclaré que Nygard serait extradé vers les États-Unis une fois que les poursuites contre lui au Canada seraient résolues.

Aucune des accusations portées contre Nygard dans ces autres juridictions n'a été examinée devant les tribunaux.

Nygard a fondé une entreprise de mode à Winnipeg en 1967 qui est finalement devenue Nygard International. L'entreprise produisait des vêtements pour femmes sous plusieurs marques et possédait des installations au Canada et aux États-Unis.

Nygard a démissionné de ses fonctions de président de la société après que le FBI et la police ont perquisitionné ses bureaux à New York en février 2020. La société a depuis déposé son bilan et a été mise sous tutelle.