Pour se reposer, Charles Philibert-Thiboutot courra un demi-marathon


Charles Philibert-Thiboutot réagit après avoir remporté l'épreuve masculine de 1 500 mètres aux Championnats canadiens d'athlétisme à Ottawa. (LA PRESSE CANADIENNE/Fred Chartrand)

Charles Philibert-Thiboutot avait un peu de temps à tuer, alors il a décidé de servir de lièvre pour les coureurs du demi-marathon de Montréal, qui aura lieu ce week-end.

Vrai: ce n'est pas tout à fait comme ça que ça s'est passé. Mais il n'en demeure pas moins que pour la deuxième année d'affilée, le spécialiste du 1500 et du 5000 mètres agira comme ambassadeur du Marathon de Montréal.

«Mon rôle sera en quelque sorte d'encourager les gens à venir participer, a-t-il dit au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse Canadienne, mercredi. Je trouve ça important qu'une ville comme Montréal, une importante ville touristique en Amérique du Nord, ait son marathon. Je trouve ça important de contribuer à mousser cet événement, dont les organisateurs souhaitent qu'il devienne un incontournable dans les prochaines années.»

C'est parce que la compétition arrive pile au coeur des deux semaines de l'année où il ne court pas que Philibert-Thiboutot devra «se contenter» de servir de lièvre. Il imposera tout de même un rythme accessible d'une heure 40 minutes pour les 21,1 km à franchir.

«Ça reste une occasion incroyable de connecter avec la communauté de course à pied, a-t-il noté. (...) On a choisi 1h40. Je ne cours jamais aussi lentement à l'entraînement, ce qui est parfait pour ma saison morte. C'est aussi un temps parfait pour la masse critique.»

Et ça ne nuira pas à sa préparation en vue des Jeux olympiques de Paris, l'été prochain. Le coureur de 32 ans a franchi une première étape cette saison en réussissant le standard olympique en courant sous les 3:33,500.

Il garde toutefois un goût aigre-doux de cette dernière saison, alors qu'il n'a pas été en mesure de courir sous les 3:29, un objectif qu'il croit toujours atteignable.

«Pour faire 3:29, il faut que tout se passe de manière parfaite. Il n'y a aucune marge d'erreur pour courir ce temps. J'ai la capacité physique de le faire, mais je n'ai pas eu ces conditions dans la dernière saison», a-t-il d'abord expliqué.

«J'ai eu une pneumonie cet hiver qui m'a volé cinq semaines d'entraînement. Puis, cet été, avec l'objectif de me qualifier pour les Mondiaux et de sécuriser un temps pour les JO, j'ai couru pendant six semaines d'affilée entre mai et juin, sur deux continents. J'ai eu des courses sur la côte est et la côte ouest américaine, entrecoupées de courses en Europe. À un certain moment, j'ai eu deux fois un décalage horaire de neuf heures entre deux compétitions. J'ai dépensé beaucoup de cartouches, et il y avait une fatigue que j'ai gardée pour le reste de l'été», a-t-il poursuivi.

«Les gars contre qui je cours, qui font 3:30, 3:29, avaient une base en Europe et ont pu passer trois, quatre semaines à l'entraînement, a rappelé Philibert-Thiboutot. S'ils avaient à faire une course, ils avaient maximum trois heures à parcourir et restaient dans le même fuseau horaire. C'est différent de faire une dizaine de courses dans l'été. Il y a des aspects dans la gestion de la saison qu'on va optimiser l'an prochain, puisque le standard olympique est en poche.»

Le médaillé de bronze sur 1500 m aux Jeux panaméricains de Toronto en 2015 a atteint les demi-finales aux Jeux de Rio de Janeiro l'année suivante, mais a ensuite raté sa qualification olympique pour Tokyo, ennuyé par une blessure au tendon d'Achille. Les Jeux de Paris seront assurément ses derniers.

«Je ne sais pas si ma dernière saison aura lieu en 2024, 2025 ou 2026, mais je ne pense pas avoir un autre cycle olympique en moi», a-t-il admis.

Si son après-carrière se dessine, il n'ose pas trop y penser, question de garder sa tête à la bonne place.

«Je cours contre des gars qui ont entre 23 et 26 ans, a-t-il expliqué. Si je ne suis pas entièrement concentré sur ce que j'ai à faire, je vais perdre la fougue nécessaire. Il peut y avoir un effet sournois à dire que c'est ta dernière saison, que tu as fini, que tu es rendu à faire autre chose. Si je veux garder mon ascendant sur des coureurs comme eux, je dois être aussi enragé qu'eux, d'une certaine façon.

«Je sais que je devrai passer à autre chose éventuellement, mais pour l'instant, c'est l'entraînement ma priorité», a conclu le Québécois.