Futur hôpital régional: un site vert?

Hopital ISTOCK ADRIANHANCU

Des organismes environnementaux de la région demandent au gouvernement Legault de considérer l'empreinte écologique dans le choix de l'emplacement du futur hôpital régional.

Le Conseil régional de l'environnement et du développement durable de l'Outaouais souhaite notamment que les enjeux d'îlots de chaleur, d’étalement urbain et de mobilité soient pris en compte.

« Qu’il soit question de sa localisation, de sa conception, de sa construction ou encore de son intégration dans la communauté, une infrastructure de cette envergure aura des impacts majeurs dans le milieu : l’exemplarité de l'État nous paraît d’autant plus importante pour un projet de cette ampleur. [...] L’aménagement d’une telle infrastructure doit tenir compte des vulnérabilités du territoire et de sa configuration. Les enjeux d'îlots de chaleur et d’étalement urbain sont une problématique réelle pour notre région. Au moment où la Ville de Gatineau tente de prendre un virage vers la carboneutralité, nous espérons qu’une attention particulière a été portée à ces conditions de réussite. »

- Conseil régional de l'environnement et du développement durable de l'Outaouais

L'organisme demande aussi au gouvernement de reconsidérer le choix d'un stationnement en surface de 1500 places, qui encouragerait l'auto-solo.

« Si on souhaite briser le cycle de la dépendance à l’auto-solo et être cohérent avec un développement plus durable, il faut à tout prix éviter ce scénario et favoriser d’autres options. »

- Conseil régional de l'environnement et du développement durable de l'Outaouais

Le Conseil réclame un processus participatif et inclusif.

Voici, en intégral, la lettre qui a été acheminée, notamment, au ministre de la Santé, Christian Dubé :

Intentions du gouvernement concernant le site du nouvel hôpital de Gatineau.

Monsieur le Ministre,

Nous vous interpellons aujourd’hui dans le contexte du projet du gouvernement du Québec d’investir dans la construction d’un nouveau centre hospitalier d’envergure pour répondre aux besoins de la population de l’Outaouais. Nous souhaitons tout d’abord saluer la volonté de votre gouvernement d’investir dans le système de santé de la région. Cette décision témoigne de la volonté du Québec de déployer les moyens nécessaires pour rattraper le retard important des dernières années quant au financement public en santé, en éducation, en enseignement supérieur et en culture en Outaouais, tel que reconnu à l’Assemblée nationale en 2019 (Le Droit, 2019).

L’Outaouais a droit à un projet d’envergure en santé : l’annonce de la construction prochaine d’un Centre hospitalier affilié universitaire régional (CISSSO, 2021) est un bon pas dans la concrétisation de cette volonté exprimée. D’un autre côté, le manque de concertation entre le gouvernement et les différents acteurs du milieu fait craindre l’annonce d’un projet qui ne cadrera pas avec la vision de développement de notre ville et de notre région. Cette vision du développement auxquels on demande aux promoteurs privés d’adhérer pour leurs projets devrait aussi faire l’objet d’une adhésion des organismes publics qui développent des projets, incluant le gouvernement du Québec.

Qu’il soit question de sa localisation, de sa conception, de sa construction ou encore de son intégration dans la communauté, une infrastructure de cette envergure aura des impacts majeurs dans le milieu : l’exemplarité de l'État nous paraît d’autant plus importante pour un projet de cette ampleur. Au lendemain de la COP 26, l’urgence climatique n’est plus à prouver, et les moyens pour y faire face sont connus. Plus encore, l’adoption prochaine par le gouvernement du Québec d’une politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire milite en faveur d’une approche cohérente.

Nous devons saisir tous les moyens de contribuer à l’atteinte de nos cibles gouvernementales en matière de réduction de gaz à effet de serre et d’aménagement durable du territoire. Le choix du site affectera directement son empreinte carbone et au sol. L’aménagement d’une telle infrastructure doit tenir compte des vulnérabilités du territoire et de sa configuration. Les enjeux d'îlots de chaleur et d’étalement urbain sont une problématique réelle pour notre région. Au moment où la Ville de Gatineau tente de prendre un virage vers la carboneutralité, nous espérons qu’une attention particulière a été portée à ces conditions de réussite.

Au plan de la mobilité, la localisation de cette infrastructure d’envergure aura un impact majeur sur le choix du mode de transport des personnes qui y travailleront ou qui s’y rendront pour recevoir des soins. Le CISSS de l’Outaouais s’est récemment doté d’un plan de gestion des déplacements pour ses employé-es et il travaille à prendre les mesures nécessaires pour assurer un transfert vers des modes de transport plus durables (covoiturage, transport collectif, transport actif). Il faut donc s’assurer que la construction d’un nouveau centre hospitalier soit localisée à un endroit qui appuiera ces efforts, soit à proximité d’un axe de transport collectif structurant (c.-à-d. le Rapibus ou le futur tramway) et du réseau cyclable.

Une localisation loin des transports collectifs et actifs encouragerait inévitablement l’auto-solo et la congestion. Cette situation aurait des impacts environnementaux importants, mais aussi des impacts sociaux (accessibilité pour les populations vulnérables, temps de trajet), économiques (coûts de la congestion) et sur la santé des gens (sédentarité et faible activité physique dans les déplacements). Indépendamment de la localisation, le choix de construire un stationnement de 1500 places en surface aurait aussi un impact, en encourageant les gens à prendre leur voiture pour s’y déplacer et en prenant un espace important au détriment des autres modes de transport. Si on souhaite briser le cycle de la dépendance à l’auto-solo et être cohérent avec un développement plus durable, il faut à tout prix éviter ce scénario et favoriser d’autres options.

Nous souhaitons également nous assurer que des critères d’analyse seront retenus en lien avec la protection des milieux naturels. Par exemple, Conservation de la nature Canada, un organisme partenaire du CREDDO, a élaboré conjointement avec des experts des gouvernements du Québec et du Canada, des priorités de conservation pour la vallée de l’Outaouais afin de tenir compte de la remarquable biodiversité, des écosystèmes uniques et des nombreuses espèces rares que nous devrions collectivement protéger. Ainsi, le site choisi devrait se situer hors des zones prioritaires pour la conservation telles que les habitats d’espèces en situation précaire, les sites de haute biodiversité comme le parc de la Gatineau, les corridors écologiques du parc de la Gatineau (notamment Aylmer, Champlain-Voyageurs, Philémon-Leamy et du Ruisseau Chelsea) et les zones tampons autour d’aires protégées. En fait, la santé passe aussi par la protection des milieux naturels comme l’indique un nombre grandissant d’études sur les bienfaits des espaces verts. Monsieur le Ministre, nos partenaires ont besoin d’être rassurés en ce qui a trait aux intentions du gouvernement dans le dossier. La meilleure façon d’y arriver serait de rendre publics les critères d’analyse pour le processus d’élaboration du projet et d’engager un dialogue avec la communauté. Nous comprenons qu’il faut à tout prix éviter des délais dans ce projet urgent pour la région. Ceci dit, nous sommes confiants que si nous engageons le dialogue maintenant cela permettrait de respecter les échéanciers prévus et fera en sorte d’éviter des allers-retours après une décision du gouvernement.

Nous réaffirmons notre volonté de collaborer de façon constructive avec les responsables de votre ministère et d’appuyer le gouvernement dans sa vision à assurer des investissements durables et responsables dans la région. Nos organisations ont des expertises qui peuvent être utiles dans un processus comme celui-là, pour appuyer le gouvernement du Québec et ses mandataires de la meilleure façon qui soit.

En espérant vous lire sous peu et que vous accepterez cette main tendue. Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments distingués.

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