Racisme: l'Université d'Ottawa «se trompe de cible»

Université d'Ottawa (Facebook)

Près de 600 professeurs de cégep et d'université signent, dans plusieurs médias dont Le Devoir, une lettre en appui à la professeure de l'Université d'Ottawa suspendue après avoir utilisé un mot à caractère raciste en classe.

Ils affirment que la direction de l'établissement se trompe de cible en la punissant, rappelant le contexte de l'incident et l'intention de la professeure.

Les signataires exigent que le recteur et le doyen de la faculté corrigent publiquement ce qu'ils qualifient d'attaque à la liberté académique.

Ils invitent les institutions d'enseignement à se doter d’une politique claire afin de protéger l’intégrité des connaissances et de ses passeurs.

L'enseignante, qui a repris le travail vendredi, affirme en entrevue dans LaPresse craindre pour sa sécurité après la publication sur Twitter de son numéro de téléphone et adresse personnelle.

Le recteur brise le silence

Le recteur de l'Université d'Ottawa, Jacques Frémont, a brisé le silence hier et a publié un message, dans lequel il revient sur les incidents.

Il rappelle que l'établissement a vécu depuis plus d'un an et demi des incidents à caractère raciste et que l'université, comme bien d'autres, prend conscience des diverses manifestations du racisme systémique.

« Ce qui peut sembler banal pour un membre de la communauté majoritaire peut être perçu par plusieurs membres de la minorité comme étant profondément offensant. Les membres des groupes dominants n’ont tout simplement pas la légitimité pour décider ce qui constitue une micro-agression. C’est dans ce contexte qu’est survenu l’incident de la Faculté des arts où plusieurs ont tenté de réduire la question à une simple question de liberté d’expression et/ou de liberté académique. La question est beaucoup plus vaste puisque plusieurs membres de notre communauté considèrent que leur droit à la dignité a été atteint. Deux principes sont donc en cause et doivent être réconciliés. [...] Qu’on ne soit pas surpris que plusieurs de ses étudiants n’aient tout simplement pas envie, surtout dans la lancée du mouvement Black Lives Matter (BLM), d’avoir encore une fois à se justifier pour que leur droit à la dignité soit respecté. Lors de l’incident, l’enseignante avait tout à fait le choix, dans ses propos, d’utiliser ou non le mot commençant par-n; elle a choisi de le faire avec les conséquences que l’on sait. »

- Jacques Frémont, recteur de l'Université d'Ottawa