ALIMENTATION : La pandémie incite les Québécois à changer leurs habitudes

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La crainte de la COVID-19 a poussé de nombreux Québécois souffrant d'obésité et/ou de maladies chroniques à prendre leur santé en main, constatent plusieurs experts en nutrition interviewés par Noovo Info. Une diététiste ayant pignon sur rue à Montréal et Sherbrooke a même vu son achalandage doubler depuis la première vague. 
 
La nutritionniste Geneviève Arbour de la Clinique Nutritive a dû engager deux nouveaux professionnels pour répondre à la demande. Sa liste d'attente a explosé de 8 à 12 semaines pour une première consultation. C'est du jamais vu en 10 ans !
 

« Ça a frappé l'imaginaire (la pandémie). Ces gens qui autrefois se disaient ce n'est pas grave,  je devrais améliorer mes habitudes alimentaires, mais au moins avec ma médication ça va aller, ont eu un élan de motivation supplémentaire. Ils ont voulu se prendre en main parce qu'il y avait un danger imminent pour leur santé. » - Geneviève Arbour, nutritionniste
 

La nutritionniste Élisabeth Cerqueira a aussi été témoin de cet engouement à la fin du premier confinement. Elle est la cofondatrice des 70 cliniques NutriSimple à travers le Québec. La professionnelle a remarqué une hausse des consultations de 15% à 20% en clinique depuis le printemps dernier.  
 
« La prise de conscience est plus élevée. Les gens sont à la maison. Ils s'autoévaluent plus. Ils mangent plus. Certains boivent plus, mais de manière générale les gens ont plus le temps de prendre soin de leur santé. » 

La spécialiste ajoute qu'il ne faut pas s'inquiéter d'un léger gain de poids (5 à 10 lb) avec la pandémie. Élisabeth Cerqueira croit que la plupart des adultes retrouveront de saines habitudes de vie après la crise sanitaire. 

25% des Québécois souffrent d'obésité d'après les chiffres de Statistique Canada en 2018.

DES ADOS EN DÉTRESSE

Les adolescents qui ont perdu tous leurs repères avec le confinement et l'école à la maison consultent également en masse pour des troubles alimentaires, selon Mme Arbour. Ce sont surtout les jeunes de 13 ans à 17 ans qui ont besoin d'aide, constate la nutritionniste :

« L'isolement a provoqué des symptômes dépressifs et augmenté les symptômes anxieux. Il y a beaucoup d'appels à l'aide, d'idées noires et des pensées suicidaires chez ces jeunes qui vivent aussi des problèmes en lien avec la nourriture. »

La pédiatre Julie St-Pierre qui dirige la Clinique d'obésité 180 à Montréal a vu le nombre de consultations exploser de 800% en un an avec la COVID-19. La clinique a reçu 65 patients en janvier, cette année, alors qu'on en comptait moins d'une dizaine avant la crise mondiale au début de 2020. Elle doit souvent éduquer des familles entières sur les principes de base en alimentation pour retrouver un mode de vie sain.

« On a eu le réflexe de surprotéger nos enfants. On n'a rien planifié alors qu'on était confronté à du télétravail qu'on n'avait jamais fait. On a un perdu un peu le contrôle dans notre maison avec les habitudes de vie de nos enfants, » indique la Dre St-Pierre.

De 10% à 15% des enfants québécois souffraient d'obésité avant la pandémie selon la pédiatre. Ce nombre pourrait grimper à 20% d'après les plus récents chiffres publiés aux États-Unis.

La nutritionniste Geneviève Arbour explique les signes à surveiller chez les jeunes qui pourraient avoir un trouble alimentaire.

 

Vous avez besoin d'aide pour des troubles alimentaires ? Contactez ANEB - LIGNE D'ÉCOUTE 1 800 630-0907 - 514 630-0907

UN RÉSEAU PUBLIC À REBÂTIR

L'Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec (ODNQ) s'inquiète de l'impact de la pénurie de main-d'œuvre sur la qualité de vie des patients qui passeront sous le bistouri après la pandémie. 

Entre 2005 et 2018, 600 postes à temps plein de diététistes-nutritionnistes dans le réseau public de la santé ont disparu notamment en raison des mauvaises conditions de travail. C'est l'équivalent d'un emploi sur 4 selon la présidente de l'ODNQ, Paule Bernier, qui demande au gouvernement Legault des embauches massives de personnel.

« On ne veut pas avoir de cailloux dans le soulier lorsqu'on va reprendre les chirurgies et les traitements contre le cancer. Il faut absolument que ces patients soient suivis par des nutritionnistes, mais les postes ont été coupés. »

De 55% à 65% des nutritionnistes dans le secteur public sont mobilisés en centre hospitalier avec la crise sanitaire. Bon nombre d'entre eux ont la délicate tâche de nourrir les patients aux soins intensifs par intraveineuse pour qu'ils se remettent sur pied. 

L'ODNQ rappelle que la plupart des régimes privés d'assurance maladie ne couvrent pas l'accès à un diététiste ce qui compromet l'accès aux soins surtout dans les milieux à faible revenu.