Trois femmes sur 10 agressées sexuellement dans un collège militaire

Le Collège militaire royal de Saint-Jean en mars 2020.

Près de trois femmes sur 10 ont été victimes d'agressions sexuelles pendant leurs études aux collèges militaires canadiens de Saint-Jean-sur-Richelieu et Kingston. C'est ce que révèle une enquête de Statistiques Canada réalisée l'an dernier. Le document de 40 pages a été rendu public hier.

 

L'enquête nous apprend que six fois plus de femmes ont été agressées sexuellement que d'hommes (28 % versus 4,4 %), qui sont pourtant majoritaires sur les campus. Les femmes ont également rapporté plus de comportements discriminatoires de la part de leurs confrères. La plupart du temps, ces gestes se déroulaient sur les campus et étaient commis par d'autres étudiants.

De plus, deux étudiants des collèges sur cinq ont indiqué avoir été témoins ou avoir fait l’objet de comportements sexualisés non désirés dans un contexte d’études postsecondaires dans l'année précédant l'étude. Les types de comportements les plus courants sont « les blagues à caractère sexuel, les discussions inappropriées au sujet de la vie sexuelle et les commentaires à caractère sexuel inappropriés au sujet de l’apparence ou du corps d’une personne. »

Le rapport révèle aussi que les femmes étaient plus susceptibles d'être personnellement ciblées par ces comportements et plus susceptibles de les trouver offensants que les hommes.

Dans tous les cas, les étudiants qui ont été victimes de ces comportements ou des agressions étaient au courant des ressources d'aide en place dans les collèges, mais peu y ont fait appel.

512 élèves-officiers ont pris part à l'enquête, qui avait été commandée par la Défense nationale. Les Forces armées canadiennes avaient promis, il y a cinq ans, d'éliminer les inconduites sexuelles dans leurs rangs après qu'un rapport accablant ait révélé que la culture de l'armée était hostile aux femmes et aux minorités sexuelles.

Des actions déjà déployées à Saint-Jean

Les Forces armées indiquent dans une déclaration écrite que les inconduites sexuelles ne sont pas tolérées et reconnaissent qu'il reste du travail à faire.

En entrevue, le Colonel Nicolas Pilon, commandant au Collège militaire royal de Saint-Jean, assure que le rapport est pris très au sérieux. Le Collège entend sous peu travailler à un nouveau programme avec le Centre d'intervention en inconduite sexuelle, dans une approche plus dynamique qui vulgarisera mieux ce qu'est l'inconduite sexuelle.

Il dispose aussi de support psychologique et de deux « padres » à qui les militaires peuvent se confier, en toute confidentialité. Toutefois, les jeunes officiers sont réticents à utiliser les ressources au sein du Collège pour une raison qui reste à éclaircir. Peur de réprésailles? Méconnaissance des ressources? Le Colonel l'ignore pour le moment.

« La moyenne d'âge des gens au Collège est de 17-18 ans. Dès les premières semaines, nous les éduquons sur les comportements inappropriés et parlons des responsabilités en matière de comportement. Nous avons déjà pris des actions et continuerons. En plus du programme du Centre d'intervention en inconduite sexuelle, il y a un Comité d'accomplissement de la femme au Collège qui veut entendre l'expérience des étudiantes pour savoir comment il faut intervenir.  Nous avons des pairs aidants, des services médicaux. Dans le rapport, on apprend aussi que les jeunes sont réticents à se servir des ressources internes. C'est l'un de mes engagements comme commandant: je vais demander au Comité d'accomplissement de la femme pourquoi les jeunes sont réticents à le faire et qu'est-ce qu'on peut faire de plus comme institution pour que ce soit connu. »

- Colonel Nicolas Pilon, commandant Collège militaire royal de Saint-Jean

 

- Avec la collaboration de Jean-François Desaulniers, journaliste Bell Media Montérégie