La police intervient à la pâtisserie Vite des péchés

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La Sécurité publique de Saguenay est intervenue jeudi après-midi à la pâtisserie Vite des péchés qui a rouvert sa salle à manger pas plus tard que ce matin.

Des images montrant des clients assis aux tables du commerce de Jonquière ont incité les policiers à s'y déplacer vers 13h45. En arrivant sur place, ils ont constaté que quelques personnes consommaient effectivement de la nourriture sur les lieux. Les clients ont quitté la pâtisserie à la demande des autorités.

Les agents vont remplir un rapport d'infraction général pour la commerçante et pour les quelques clients qui étaient assis aux tables. Si le procureur de la Couronne reconnaît l'infraction commise, des contraventions pourraient être remises tant à la commerçante qu'aux clients.

Le premier ministre réagit

En conférence de presse jeudi après-midi, le premier ministre du Québec s'est prononcé sur la décision de Stéphanie Hariot d'enfreindre les consignes. François Legault a fait appel à la solidarité des Québécois.

« Je pense que la grande, grande, grande majorité des Québécois est prête à faire encore des efforts pour sauver des vies et pour aider le personnel de la santé. Moi, j'ai confiance que la grande majorité ne va pas laisser faire cette petite minorité qui conteste les consignes. » - François Legault

Une propriétaire déterminée

Malgré l'obligation gouvernementale de fermer les restaurants et les conséquences qui y sont associées, la propriétaire de la pâtisserie maintient l'ouverture de sa salle à manger coûte que coûte.

« C'est fini. Moi, je laisse ma pâtisserie ouverte. J'ai pris ma décision. C'est réfléchi. Je vais assumer jusqu'au bout, mais c'est pas vrai que le gouvernement va me faire couler le magasin. » - Stéphanie Hariot

La pâtissière est prête à assumer les conséquences de son geste et espère que la réouverture de sa salle à manger sera perçu comme un appel pour faire changer les choses au Québec.

« L’attitude paternaliste du bon papa Legault, je l’ai longtemps soutenue. Très longtemps. Mais avant qu’il vienne diriger encore une fois l’horaire de mes ouvertures et se comporter en papa, qu’il se comporte en excellent petit-fils et qu’il regarde ce qu’il fait à ses ainés. » - Stéphanie Hariot

La propriétaire du commerce situé sur la rue Saint-Dominique est excédée par la situation actuelle. Elle craint sérieusement pour la survie de son commerce qui comporte une dizaine de places assises.

Écoutez l'entrevue réalisée avec Mme Hariot  : 

La pâtissière affirme avoir appliqué les mesures sanitaires à la lettre depuis près de deux ans, mais prend cette décision pour préserver sa santé mentale.

Mme Hariot estime qu'il y a beaucoup d'injustice dans les décisions du gouvernement du Québec, bien qu'elle comprenne l'urgence d'agir pour sauver notre réseau de santé.

« Ce qui a fait déclencher en moi une sombre révolte c’est lorsqu’ils ont décidé, pour nous, de fermer les magasins le dimanche, sauf les pharmacies et les dépanneurs, pour faire se reposer le personnel. Je suis seule à travailler le dimanche, mais j’ai fermé pour me conformer. Pendant ce temps, les grandes chaines de ce monde étaient toutes là à se remplir les poches parce qu’elles étaient ouvertes. »

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Une vague de soutien

La propriétaire de la pâtisserie reçoit une grande vague d'encouragements depuis la réouverture de sa salle à manger. Des gens des quatre coins du Québec la contactent pour la féliciter de son courage.

« Ils m'appellent pour me dire : “ T'es hot  » - clame Stéphanie Hariot.

À l'échelle régionale, plusieurs clients ont démontré leur solidarité envers la pâtissière en passant acheter un café ou un croissant pour emporter. D'autres ont plutôt manifesté leur appui en s'assoyant symboliquement seuls à une table.

« Je suis venu encourager le commerce pour son courage. Je pense que venir ici n'augmente pas la propagation du virus. »

« On est ici aujourd'hui pour supporter les commerçants. On est sur la rue Saint-Dominique, il y a plein de restaurants et de bars fermés devant nous, c'est pas normal. »

D'autres clients se sont cependant montrés plus hésitants devant la décision de Stéphanie Harriot.

« Je fais confiance à la Santé publique. C'est évident qu'elle ne peut pas accepter ce que madame veut faire. Elle ne peut pas y aller par exception comme ça, sinon ça devient ingérable. »

Certains restaurateurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean soutiennent également Stéphanie Hariot et reconnaissent son courage. C'est le cas du Vladimir Antonov, copropriétaire de la microbrasserie l'Hopera, à Jonquière, qui affirme que plusieurs restaurateurs de la région se questionnent aussi sur les mesures en place.

« Je pense que [Stéphanie Hariot] s'est embarquée dans quelque chose que tout le monde pense en ce moment et, surtout, que tout le monde aimerait faire. Ce n'est pas un acte de défiance du gouvernement, c'est plus un ras-le-bol qu'on a tous. Effectivement, on trouve que les mesures sanitaires commencent à ne plus vraiment avoir de sens. » - Vladimir Antonov

Sans s'être arrêtés sur une décision, les copropriétaires de l'Hopera soupèsent l'option de suivre le mouvement de différents restaurateurs du Québec de défier les règles le 30 janvier prochain.

La Santé publique refuse de commenter le dossier, mais soutient qu'elle n'encourage personne à contrevenir à la loi.

Avec la collaboration d'Étienne Phénix, journaliste Noovo Info - Montréal