Opioïdes: les Canadiens plus pauvres près de 4 fois plus à risque de mourir que les plus riches

Les chercheurs ont examiné les taux de mortalité, les hospitalisations et les visites aux urgences qui étaient liés à la consommation d’opioïdes, et ont croisé les données du recensement pour avoir une idée du revenu médian des ménages associés aux quartiers des patients. (CTV News)

Une nouvelle étude étalée sur 17 ans portant sur les décès liés aux opioïdes à travers le Canada a révèle que les Canadiens à faible revenu sont presque quatre fois plus susceptibles de mourir en raison de consommation d’opioïdes que les Canadiens à revenu élevé.

Cet article est une traduction du contenu de CTV News

Des chercheurs de l’Université de Waterloo ont examiné les décès et les hospitalisations liés aux opioïdes au Canada de 2000 à 2017 à travers un prisme socioéconomique.

Ils ont constaté que non seulement les Canadiens à faible revenu étaient plus susceptibles de mourir de surdose d’opioïdes, mais que les Canadiens les plus pauvres visitaient également cinq fois plus les urgences dues en raison de leur consommation que les Canadiens les plus riches.

Selon les chercheurs, les résultats publiés en juin dans la revue Health Promotion and Chronic Disease Prevention in Canada soulignent l’écart marqué entre les risques auxquels sont exposés les riches et les pauvres lorsqu’il s’agit d’opioïdes, et indiquent où des changements politiques peuvent être apportés pour aider les personnes les plus vulnérables.

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«Les méfaits liés aux opioïdes sont à un niveau de crise au Canada», déclare Wasem Alsabbagh, professeur de pharmacie à Waterloo et auteur principal de l’étude, dans un communiqué de presse. «Les hospitalisations liées aux opioïdes au Canada ont augmenté de plus de 50% entre 2007 et 2017. En Ontario, les visites aux services d’urgence ont plus de doublé. Nous avons exploré les tendances entre le statut socioéconomique et les méfaits des opioïdes afin de mieux comprendre comment faire face à la crise des opioïdes».

Les chercheurs ont examiné les taux de mortalité, les hospitalisations et les visites aux urgences qui étaient liés à la consommation d’opioïdes, et ont croisé les données du recensement pour avoir une idée du revenu médian des ménages associés aux quartiers des patients.

Les estimations de revenus et de population provenaient des recensements de 2006 et 2016.

Au total, les chercheurs ont examiné plus de 19 500 décès, 82 000 hospitalisations et 71 000 visites aux urgences et les ont comparés à cinq tranches de revenus.

Sur l’exemple des risques liés aux opioïdes, les personnes appartenant à la tranche de revenus la plus faible présentaient le taux le plus élevé par million de personnes au Canada, ou par million en Ontario dans le cas des visites aux urgences.

Cela signifie que plus le revenu d’un quartier était faible, plus il y avait de décès, d’hospitalisations et de visites aux urgences liés aux opioïdes.

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Selon les experts, la société peut contribuer à atténuer ces risques en ciblant les politiques et les systèmes de soutien sur les zones à faible revenu, comme les sites d’injection sécuritaires.

À Timmins, en Ontario, un site d’injection sûr appelé Safe Health Site Timmins doit ouvrir ses portes lundi, et les médecins qui y travaillent ont déclaré ne pas être surpris par les résultats de l’étude.

«Les gens qui ont moins de revenus ont moins de possibilités en matière de santé et de bien-être», a déclaré à CTV News Nothern Ontario la Dr Liane Catton, médecin du Porcupine Health Unit de Timmins. «Ils ont tendance à faire face à de plus grandes inégalités en termes de santé et de soins de santé et cela inclut les services sociaux, le soutien [pour] la santé mentale et la toxicomanie».

Les services sociaux et les programmes publics doivent intervenir pour combler le vide pour ceux qui n’ont pas la possibilité d’accéder à certains soins de santé mentale ou service de toxicomanie, disent les experts.

«L’objectif de ce site est d’atteindre les personnes qui sont les plus difficiles à joindre, les plus marginalisées et les plus vulnérables», affirme la Dre Louisa Marion-Bellemare, responsable de la toxicomanie à l’hôpital de Timmins et du district, à CTV News Nothern Ontatio. «Et ceux qui ne savent pas vraiment comment chercher de l’aide ou un traitement pour leur dépendance.»

L’étude fait état de certains progrès. Si l’on considère le risque de décès par overdose d’opioïdes, l’écart spectaculaire entre les riches et les pauvres se réduit quelque peu — les chercheurs ont constaté que la différence de taux de mortalité entre les revenus les plus faibles et les plus élevés a diminué entre 2000 et 2017.  

Cependant, la disparité en ce qui concerne les visites aux services d’urgence et les hospitalisations au cours de cette période n’a pas diminué.

En 2017, les Canadiens des régions aux revenus les plus faibles étaient encore presque deux fois et demie plus susceptibles de mourir de cause liée aux opioïdes que ceux des régions aux revenus élevés.

«Pour beaucoup, le statut socioéconomique est le résultat d’expériences passées — famille, quartiers, éducation et autres évènements antérieurs de la vie, en plus de l’accès actuel aux ressources matérielles et sociales qui aident les individus à faire face aux défis», affirme Mme Alsabbagh. «Souvent, nous constatons que le faible statut socioéconomique se retrouve dans des zones géographiques concentrées où l’accès aux ressources est plus difficile. En outre, des facteurs psychosociaux, comme le fait de se sentir marginalisé ou de subir une discrimination et un isolement social, peuvent avoir un effet. En établissant le lien entre le faible statut socioéconomique et les méfaits des opioïdes, nous pouvons concevoir des politiques qui répondent de manière plus appropriée aux besoins de nos communautés.»