«C’est faux, je n’ai jamais fait ça»: Harold Lebel nie toute agression


Harold LeBel à son arrivée au palais de justice de Rimouski le 9 novembre 2022. (Jacques Boissinot | La Presse canadienne)

Lors de son témoignage, lundi matin, l’ex-député de Rimouski Harold LeBel a nié l’accusation d’agression sexuelle qui pèse contre lui.

Le procès de l'ex-député péquiste s'est poursuivi lundi au palais de justice de Rimouski avec le témoignage de l'accusé. 

«C’est faux, je n’ai jamais fait ça», a lancé M. Lebel. Il a cependant admis qu’il a embrassé la présumée victime. «Ça, c’est arrivé», a-t-il raconté devant le jury.

En réponse aux questions de son avocat, Me Maxime Roy, M. Lebel a rapporté qu’il aurait embrassé la plaignante pendant une vingtaine de secondes à la table de la cuisine, mais aurait rapidement réalisé qu’il s’agissait d’une erreur. La présumée victime se serait ensuite dirigée vers la salle de bain.

Contrairement au témoignage de la plaignante, M. Lebel argumente qu'il n'a pas insisté, ni tenté de détacher son soutien-gorge. Après quelques minutes, il raconte s'être déplacé vers la salle de bien pour vérifier si elle se portait bien.

Laurence Royer a suivi le dossier. Voyez son reportage présenté au bulletin Noovo Le Fil 17 animé par Marie-Christine Bergeron.

 

La semaine dernière, le jury avait appris que la plaignante et l’accusé avaient bu quelques verres. Selon, le témoignage de M. Lebel, ils auraient consommé «quatre ou cinq [verres] de gin-tonic» vers 23h30, le 20 octobre.

Ils ont séjourné dans le condo de l'accusé pendant deux nuits avec une troisième personne dont l'identité ne peut pas être divulguée.

«La plaignante et son amie avaient le choix de dormir à mon condo ou à l’hôtel. Elles ont choisi de dormir à mon condo pour poursuivre nos discussions ensemble», a soutenu M. Lebel.

La nuit du 20 octobre

M. Lebel a poursuivi son témoignage en racontant que la troisième personne se serait couchée dans le lit de l’accusé, dans la nuit du 20 octobre. Plus tard, la présumée victime se serait couchée dans une chambre adjacente.

«J’avais une décision à prendre. Je fais quoi?», a s'est questionné M. Lebel.

Il a dit avoir décidé de se coucher avec la plaignante. Il se serait étendu à côté d’elle en étant «tout habillé». M. Lebel a réitéré qu’il n’a pas touché la présumée victime dans le lit.

«À refaire, avec tout ce qui se passe aujourd’hui, j’aurais dû demander à la plaignante d’aller se coucher avec l’autre personne dans ma chambre. À ce moment-là, je n’ai pas pensé à faire ça», a-t-il soutenu.


Harold LeBel à son arrivée au palais de justice de Rimouski le 14 novembre 2022. Crédit photo: Jacques Boissinot | La Presse canadienne

Le lendemain, l’accusé raconte s’être réveillé «avec le nez dans [les] cheveux» de la plaignante et de s’être déplacé rapidement, car il «n’était pas à l’aise». Il dit ne pas avoir eu le temps de rediscuter de ces évènements avec la plaignante. Les deux personnes ont quitté le condo de M. Lebel tôt dans la matinée.

Plus tard, l’accusé a envoyé ce texto à la plaignante: «Merci de m’avoir laissé te coller, je ne suis pas à l’aise ce matin». En après-midi, lors du contre-interrogatoire, la Couronne a soutenu qu’il s’agissait d’une «drôle de manière de dire les choses, si c’était un geste involontaire».

«C’était une façon pour moi de s’assurer qu’elle ne l’interprète pas autrement que ce que c’était. Que ce n’était pas grave, volontaire et qu’on passe à autre chose», a répondu M. Lebel. Dans un échange de courriels datant de février 2020, qui a été déposé comme preuve, la plaignante lui avait raconté la longue nuit qu’elle dit avoir vécu.

«Je n’en revenais pas de lire ça. Je suis tombé en bas de ma chaise. Je n’ai jamais fait ça», a argumenté l’accusé.

Il lui avait répondu qu'il ne se souvenait de rien d'autre que de «m'être réveillé à côté de toi en me demandant ce que je faisais là. Voilà une soirée d'alcool que je voudrais n'avoir jamais connue», avait-il écrit en lui demandant pardon.

Avant de revenir conclure son interrogatoire sur ces événements, Me Roy avait fait un retour sur la vie et l'implication en politique de son client jusqu'à son élection pour la première fois après trois échecs, élection que M. LeBel a qualifiée de «l'un des plus beaux jours de ma vie».

Ensuite, il a dit avoir été très déçu de ne pas avoir pu se représenter aux dernières élections, en octobre 2022, alors que les accusations d'agression sexuelle pesaient contre lui. Il estimait que ces accusations auraient pesé sur sa campagne et l'aurait obligé à se défendre constamment: «J'aurais nui à mon équipe, j'aurais nui aux électeurs de Rimouski. Je ne pouvais pas faire ça», a-t-il déclaré.

La Couronne devait entamer son contre-interrogatoire en après-midi. Tout indique que le jury de 10 femmes et quatre hommes sera amené à délibérer cette semaine, quand les parties auront fait leurs plaidoiries et que le juge aura émis ses directives.

Des incohérences lors du contre-interrogatoire

En après-midi, c’était le tour de la Couronne de contre-interroger M. Lebel. D’entrée de jeu, Me Jérôme Simard a tenté de remettre en question la mémoire de l’accusé. La Couronne a fait ressortir des incohérences entre son interrogatoire donné aux policiers lors de son arrestation et sa reconstruction des faits dans la salle d’audience.

Il avait dit aux policiers qu’il avait fait un «black out», la soirée du 20 octobre. Devant le jury, il précise plutôt s’être endormi.

M. Lebel raconte qu’il avait vécu du «stress» et des «envies suicidaires», le jour de son arrestation.

«J’ai fait ce que j’ai pu ce matin-là, dans l’état où j’étais avec le stress», a-t-il exprimé.

Revenant sur le baiser, Me Simard a demandé au témoin qui avait pris les devants: «On s'est embrassés en même temps», a-t-il répondu. «L'alcool a joué, la fatigue a joué, le climat, la discussion a joué. C'est l'ensemble de tout ça», a laissé tomber M. LeBel.

La Couronne doit clore son contre-interrogatoire mardi. Tout indique que le jury de 10 femmes et quatre hommes sera amené à délibérer cette semaine, quand les parties auront fait leurs plaidoiries et que le juge aura donné ses directives.

Historique du procès

Jusqu'à maintenant, le procès a permis d'entendre le témoignage de la plaignante, dont l'identité est protégé par une ordonnance de non-publication, ainsi qu'un policier, soit le technicien en identité judiciaire qui a documenté la scène du crime présumé le matin du 15 décembre 2020.

Harold LeBel a été arrêté le 15 décembre 2020 par des policiers de la Sûreté du Québec de la Division des enquêtes sur les crimes majeurs en lien avec une accusation d'agression sexuelle.

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Le procès, qui devrait durer trois semaines, se déroule devant juge et jury. Harold LeBel est représenté par Me Maxime Roy du cabinet Roy & Charbonneau Avocats alors que Me Manon Gaudreault agit au nom de la Couronne.

Militant souverainiste de longue date, Harold LeBel a été élu sous la bannière péquiste en 2014 et réélu en 2018. Il siégeait depuis décembre 2020 à titre de député indépendant.

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Avec des informations de Laurence Royer, Noovo Info, et de la Presse canadienne