Incursion dans le monde chaotique des paramédics

Ambulance

Misogynie, intimidation, injures et agressions physiques, voilà en quoi consiste une bonne partie des quarts de travail d'un paramédic. L'essentiel de son métier est avant tout de sauver des vies, rappelons-le.

Dessercom, une entreprise ambulancière et de transport médical sur tout le territoire du Québec, lance sa campagne « Tolérance zéro » afin de prévenir et mettre fin à tous les gestes de violence de la population envers les intervenants médicaux.

Deux paramédics ont souhaité partager leur témoignage afin de mettre en lumière des situations qu'ils vivent de plus en plus fréquemment.

 

ARIANE LEDUC-MARTEL, PARAMÉDIC DEPUIS 12 ANS ET SUPERVISEURE POUR DESSERCOM - GRANBY

 

Ariane est paramédic-superviseure depuis 2 ans pour Dessercom à Granby. Elle travaille généralement de jour, et peut prendre entre 3 et 5 appels par quart, tout dépendant de leur nature.

Sur une base régulière, ses collègues et elle-même se font dicter comment faire leur travail. La famille sur les lieux tentera de leur donner des ordres, sans laisser parler le patient. « Ça déconnecte un peu avec le patient et tu focalises seulement sur la famille. Tu oublies un peu l'essentiel », mentionne-t-elle.

Le stress joue également beaucoup sur l'état de gens. Chaque seconde paraît comme une heure, et les proches s'impatientent rapidement contre les ambulanciers. « On n'arrive pas et on rentre la minute qui suit. Des fois, ça va prendre deux ou trois minutes avant qu'on rentre. Eux, ils sortent dehors et nous crient après. C'est sûr que c'est le stress, mais il y a des façons de parler. »

En ce qui concerne l'intimidation, les agressions ou le harcèlement, elle n'y échappe pas non plus. Ariane soutient qu'il y a une certaine clientèle avec qui la violence est davantage « acceptée ». Les patients qui nécessitent des soins psychiatriques n'ont plus nécessairement de contact avec la réalité. « Eux, souvent, ils vont chercher à se battre, ils vont te traiter de tous les noms. Ils ne sont plus là et leur jugement est vraiment atteint. »

Ceci dit, une telle maltraitance ne devrait pas venir de gens qui n’ont pas de problèmes de santé mentale. « Moi, tu m'appelles pour recevoir mes soins. »

Quoique le nombre de femmes dans le métier soit en hausse, les commentaires misogynes le sont aussi.

« Il y aura toujours une fois par mois le monsieur qui t'attaque verbalement par rapport au fait que tu es une femme. »

Ariane se souvient d'un appel qu'elle et sa collègue ont reçu pour porter secours à un homme sous l'influence de la drogue. « Il a tenté de cracher à plusieurs reprises sur ma partner et a fait des menaces. Le policier nous a demandé si elle voulait porter plainte et on a dit oui. Le soir même, il était en cour. »

Ariane Leduc-Martel affirme qu’elle adore son travail, et ce, malgré tout. « Ça fait 12 ans et j'aime toujours ça, comme à mon premier jour. »

 

MAXIME LECOURS, PARAMÉDIC DEPUIS 2013 - COOPÉRATIVE DES TECHNICIENS AMBULANCIERS DU QUÉBEC (CTAQ)

 

Maxime est employé par la CATQ à Québec depuis 2 ans. Il travaille principalement les soirs, les nuits et les fins de semaine. Sur 5 interventions, 2 à 3 seront en lien avec un individu en intoxication ou en crise suicidaire. « On a toujours 1 ou 2 appels dans une semaine qui va brasser un peu, où on va devoir utiliser la force. On ne veut pas en venir là, mais les gens ne collaborent pas toujours et deviennent violents envers nous. »

Dans les dernières années, il constate une augmentation d'interventions qui se terminent avec des gestes à caractère violent, tant verbaux que physiques.

Cet été, Maxime et une collègue ont étés appelés à assister des policiers puisqu'un homme avait été blessé lors d'une intervention. « À notre arrivée, le patient est devenu totalement misogyne envers ma collègue de travail. Il a tenu des propos à caractère sexuel très dénigrants. À la limite, on était rendu dans le harcèlement sexuel. » L’individu a également menacé de violer la collègue de Maxime.  

Le paramédic de Québec se souvient également d'une jeune fille en crise suicidaire qui ne semblait pas présenter de risques de violence à première vue. Cette dernière était finalement en la possession d'une arme blanche de 12 pouces.

« Ce sont malheureusement des situations qui sont de plus en plus fréquentes et pour lesquelles nous ne sommes pas équipés pour intervenir. Puisque ce sont des appels logés au 911, on est dans l'obligation d'intervenir. »

 

QUELLE SUITE POUR CES INTERVENANTS ?

L'intégration de nouveaux outils et de techniques d'intervention évoluées permettrait sans doute une meilleure gestion de la clientèle en crise, et les deux ambulanciers en sont d'accord. « Souvent, les violences verbales ou physiques on ne fait pas suite ou on ne fait pas trop souvent attention à ces situations-là », admet Maxime.

Le mouvement de dénonciations de violence envers les paramédics ne remonte pas à si loin. « Peut-être qu'avant, c'était plus excusé, mais ça ne doit pas avoir sa place et ça ne doit pas avoir son excuse. On a décidé de mettre notre pied par terre et de dire que ça suffit », conclut Ariane.