Un couple Rimouskois évincé de sa maison par l’érosion

Maison à Pointe-au-Père qui devra être relocalisée en raison de l'érosion.

Les changements climatiques et l’érosion côtière auront eu raison d’un couple de Pointe-au-Père à Rimouski qui est contraint de relocaliser sa maison 650 mètres plus loin sur la rue du Fleuve, un projet qui lui coûtera 150 000 $.

Après avoir reçu une lettre du ministère de la Sécurité publique en novembre 2020 leur indiquant qu’il était trop risqué de demeurer à cet endroit, Myriam Bourgeois et Guy Cantin avaient l’option de démolir leur maison ou de la déplacer sur un autre terrain. Leurs voisins immédiats ont reçu la même communication. Ils ont opté pour la démolition.

Mais pour le couple, impossible de détruire la maison ancestrale construite en 1845 dans laquelle ils habitent depuis 25 ans, dans laquelle ils ont vu grandir leurs enfants, dans laquelle ils ont cumulé de nombreux souvenirs. « C’est le deuil de nos racines familiales intimes, de notre demeure en bord de mer », dit Myriam Bourgeois avec émotion.

Maison à Pointe-au-Père, érosion

Maude Parent, journaliste Noovo Info

Celle qui profite de couchers de soleil uniques tous les jours, qui fait son yoga devant la fenêtre donnant sur le fleuve, qui aperçoit l’arrivée et le départ des oiseaux migrateurs au gré des saisons et qui observe la glace se former l’hiver devra aujourd’hui regarder sa maison être démantelée, puis transportée sur un système de remorques.

Depuis les 10 dernières années, la plage et l’élyme des sables ont été complètement grugés par la mer. La propriétaire se dit victime de « climatoviction » et lance un message d'alarme à l'effet que des actions concrètes doivent être prises pour limiter les impacts des changements climatiques.

« Ça fait peur de voir arriver les grandes marées parce que le terrain n’est plus capable de supporter aucune tempête. Pour nous, le risque est imminent, on n’a pas le choix, il faut décoller de là. Les changements climatiques sont bien réels. »

Myriam Bourgeois

Des démarches complexes

Les municipalités voisines de Sainte-Luce et Sainte-Flavie sont également aux prises avec des problématiques semblables. Cependant, ces municipalités sont dotées d’un chargé de projet, une ressource dont le mandat est de soutenir les personnes qui doivent relocaliser leur résidence en raison de l’érosion côtière.

À Rimouski, ce type de ressource n’existe pas, ce qui complique les démarches pour les citoyens concernés. « La pire chose, c’est tout ce que l’on a eu à subir comme stress par rapport aux dédales administratifs et aux murs qu’on a rencontrés. Un moment donné, on s’est fait dire que ça nous prenait un plan d’arpenteur et d’architecte dans une semaine », commente Myriam Bourgeois.

Le maire de Rimouski, Marc Parent, souhaite aussi que le gouvernement accorde de l’aide financière aux municipalités pour soutenir les personnes qui vivent ces situations.

« Ce genre de problématique va arriver de plus en plus souvent. Le gouvernement du Québec doit donner des ressources financières aux municipalités pour venir en aide aux citoyens et pour les conséquences reliées à [l’érosion côtière]»

Marc Parent, maire de Rimouski

Gilles-Éric Lavoie des Entreprises Lavoie & Fils se spécialise dans le déplacement de maisons. Il constate que de plus en plus de demeures doivent être relocalisées en raison de l’érosion, notamment à Sainte-Luce, Sainte-Flavie et sur la Côte-Nord. Il déplore également la complexité des démarches et estime qu’elles devraient être assouplies pour inciter les gens à se déplacer plutôt qu’à démolir. « En démolissant, on remplit les sites d’enfouissement, alors que les déplacer c’est de la récupération. »

Fondation d'une maison à Pointe-au-Père qui devra être relocalisée

Maude Parent, journaliste Noovo Info

Son équipe doit soulever la résidence et en détacher une partie avant de l’installer sur un système de remorques pour la transporter vers un autre terrain cette nuit. Hydro-Québec, TELUS et Cogeco devront déplacer les câbles pour permettre le passage de la maison sur la route, une mesure qui à elle seule engendre des coûts de 35 000 $.